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........................... Sous la lumière de Râ … Chapitre 5 : Souffle… … Seshi n’était pas le seul à être revenu au harem. L’appel de leurs origines semblait être parfois plus fort que celui de la gloire et de l’ambition, et beaucoup de jeunes gens qui étaient partis à l’école revinrent fréquemment voir leurs mères et leurs amis, se reposer un peu des efforts constants qu’on leur demandait. Leurs mères étaient ravies de les revoir, heureuses surtout que leur souvenir ne se soit pas éteint dans le cœur de leurs enfants. Le harem résonnait souvent de leurs cris de joie et de leurs rires, ce qui contribuait à rendre l’endroit encore plus accueillant et plus vivant. Certes les garçons ne restaient pas longtemps mais ces petites visites fréquentes mettaient du baume au cœur de leurs mères. De plus, Hori remarqua de plus en plus que certaines jeunes filles prenaient un soin particulier à se faire belles, soulignant leurs yeux d’une ligne de khôl, parfumant leurs longues chevelures et se parant des bijoux de leurs mères qui les laissaient faire gentiment. Il fallait croire que certains des jeunes gens avaient touché leurs cœurs et Hori s’amusa beaucoup de ce jeu lancinant de séduction. Le harem se parait de jolies fleurs, toutes plus belles les unes que les autres, et il faisait bon y vivre. Il était resté avec Seshi durant sa visite, discutant de tout et de rien avec lui, écoutant avec fascination les récits de leur entraînement à l’école militaire, prenant des nouvelles de ceux qu’il connaissait, et plus particulièrement d’Aménophis. Bizarrement le jeune homme était resté évasif sur le sort du jeune héritier. Mais le peu qu’il lui avait dit avait amplement suffit à Hori : son ami était heureux et suivait à la lettre les enseignements de ses précepteurs personnels. Il deviendrait un grand roi, le jeune homme en était sûr. A écouter Seshi, il semblait déjà être devenu un grand guerrier. Leur père devait être fier de lui… Au fil des conversations, Seshi était devenu un ami fidèle et agréable. Voilà longtemps qu’Hori n’avait pas partagé une telle amitié et ils devinrent rapidement les meilleurs amis du monde, Seshi promettant au jeune libyen de revenir dés que possible. Et il tint sa promesse… Chaque fois qu’il avait le moindre repos, il revenait au harem, et si sa première visite était destinée à sa mère, la seconde était invariablement pour Hori. C’était quelqu’un de bien, dans tous les sens du terme. Il respectait la décision d’Hori d’être resté au harem et il écoutait avec fascination le propre enseignement que lui livrait Ita. Car à défaut d’être allé à l’école, Hori avait eu un professeur particulier en la personne de sa mère. Elle lui enseignait la culture de son peuple, leurs traditions et leurs coutumes. Elle avait également décidé d’initier son fils aux secrets des plantes et de la médecine libyenne, domaine où Hori semblait avoir un certain don… Et, tout en lui dispensant ses enseignements, elle avait fait naître en lui un certain goût pour tout ce qui touchait à la magie. Ce que ses sœurs, sa mère et sa grand-mère lui avaient appris dans sa tribu, Ita l’enseigna à son enfant, lui révélant les pouvoirs de certaines plantes, les effets qu’elles avaient sur le kâ et leur capacité à aider l’âme à entrer en résonance avec les dieux. Hori s’était perfectionné dans cet apprentissage, avide de connaissance, et peu à peu, il avait même dépassé sa mère. A 17 ans, il n’était plus un enfant, mais déjà un jeune homme aux nombreuses qualités. Seshi avait bénéficié lui aussi de ses étranges pouvoirs : Hori lui avait souvent fait boire diverses potions capables de l’apaiser, de détendre ses muscles, ou de lui offrir au contraire une énergie nouvelle qui lui donnait la formidable impression d’être incroyablement vivant ! Evidemment ils taisaient cela aux autres, préférant garder ce secret entre eux, et Ita n’avait admis que Seshi et Anouna à être mis au secret. La jeune fille de son côté était devenue magnifique, bien qu’elle n’ait encore que 13 ans. Mais la finesse de ses traits et la délicatesse de sa silhouette laissaient déjà entrevoir la jeune femme qui dormait en elle et qui ne tarderait pas à s’éveiller. Hori était fier de celle qui était devenue sa petite sœur dans son cœur, et il était particulièrement amusé par les sourires en coin que la jeune fille lançait déjà à Seshi… Le jeune homme, troublé, détournait parfois le regard, les joues rougissantes et Hori faisait mine de ne rien voir. Mais il sentait parfaitement l’inclinaison que ces deux cœurs avaient l’un pour l’autre et il était ravi de cela. Seshi était comme un frère pour lui désormais, et il savait qu’il rendrait sa sœur heureuse le moment venu. Pour l’instant cette dernière était encore jeune et il n’était pas encore question de cela. Mais le temps passait parfois tellement vite… Et Seshi n’était pas le seul malheureusement à s’en être rendu compte. Anouna attirait les regards des jeunes hommes, et l’un d’entre eux se montrait peut-être un peu trop empressé à son égard. Bien qu’elle appréciait Seshi, comme toute jeune fille, Anouna n’était pas insensible aux flatteries des garçons et aux doux regards qu’elle croisait parfois, si bien qu’elle s’était laissé amadouer plus qu’elle ne l’aurait dû par Ipi, fils d’un des généraux les plus importants de l’armée du Pharaon. Il était beau garçon, beau parleur et savait parfaitement embobiner les jeunes filles rendues un peu trop naïves par leur vie au harem. Il avait cette prétention et cet orgueil qui avaient le don d’énerver Hori mais qui attiraient les jeunes filles comme les abeilles autour du miel. Cela agaçait grandement les autres garçons et Ipi n’avait pas vraiment beaucoup d’amis : sans doute passait-il trop de temps à se vanter pour avoir ensuite quelques heures à consacrer à ses amis… Hori avait conseillé plusieurs fois à sa sœur de se méfier du jeune homme, dont les intentions n’étaient pas vraiment claires envers elle, mais Anouna ne l’avait écouté que d’une oreille distraite, bien trop flattée par l’attention dont il faisait preuve envers elle pour écouter des conseils restrictifs. Et quand le jeune homme invita Anouna à une dernière promenade dans les jardins du harem, bien après l’heure où toute jeune fille devait déjà être couchée, Hori eut un sombre pressentiment et il ne pu s’empêcher de suivre le couple de loin, cachant sa présence du mieux qu’il le pouvait. Il n’aimait pas savoir sa sœur avec cet homme dont l’aura était si sombre par moment… Il se dégageait de lui quelque chose qui n’inspirait aucune confiance à Hori, bien au contraire. La nuit tombait déjà et les derniers rayons du soleil enflammaient l’horizon, nimbant la végétation d’une couleur oscillant entre noir et pourpre, lui donnant un caractère mystérieux et magique. L’atmosphère de ce coucher de soleil était remplie d’énergie mais Hori n’eut pas vraiment le temps de l’apprécier, beaucoup trop absorbé dans l’observation du jeune couple qui s’enfonçait de plus en plus loin dans les jardins. Anouna savait-elle seulement ce qu’elle faisait ? Certes les femmes étaient totalement libres en Egypte de coucher avec l’homme qu’elles voulaient, bien avant le mariage même, mais une première fois était quelque chose de sacré quelque part, et Hori doutait que Ipi soit l’homme idéal pour ce genre de moment… Il y avait quelque chose de brutal en lui, quelque chose de violent, et Hori sentit un sentiment surprotecteur l’envahir pour Anouna. Il n’aimait définitivement pas ce rendez-vous mais il se contenta de les observer de loin, attentif au moindre problème qui pourrait survenir. De son côté, Anouna commençait à comprendre certaines des paroles de son frère… Ipi était loin d’être une compagnie aussi agréable qu’elle l’avait cru. Le jeune homme ne parlait que de lui, semblait parfois même ignorer qu’elle était là, avant de se montrer soudainement pressant avec elle, comme s’il avait peur qu’elle ne lui échappe. Elle se rendait compte qu’elle s’était lourdement trompée sur son compte : Ipi était loin de l’image de l’homme idéal qu’elle s’était faite dans son esprit. Et puis… Plus les minutes passaient et plus son esprit commençait à le comparer à Seshi… Ses gestes, sa façon de parler, ses regards. Seshi était tellement calme et doux avec elle, alors qu’Ipi se préoccupait à peine de sa présence par moment qu’elle en était complètement déstabilisée. Commençant à s’ennuyer et trouvant le temps long auprés du jeune homme, d’autant plus qu’une petite voix au fond d’elle lui criait qu’il était plus que temps qu’elle rentre, sans quoi sa mère adoptive Ita allait finir par s’inquiéter, la jeune fille sourit délicatement à Ipi et frôla son bras pour attirer son attention. - Ipi, il va falloir que je rentre… Le jeune homme lui rendit un sourire encore plus mielleux et attrapa son poignet pour l’attirer contre lui. Gênée elle se laissa cependant faire et il répondit : - Pas tout de suite… Elle ne pu que lui offrir un sourire crispé et tenta de reprendre sa main, faisant quelques pas en arrière. Cependant le jeune homme la tenait avec force et il continua, sûr de lui : - On ne va pas se quitter comme cela tout de même. Ce serait dommage. - Si Ipi… Je veux rentrer. Le jeune homme s’imposait soudain avec tellement de force que la jeune fille sentit son cœur s’affoler et elle écarquilla les yeux quand il se pencha pour rapprocher ses lèvres des siennes et murmurer : - Laisse-toi faire et tout ira bien. - Non ! La peur la gagna toute entière et elle se mit à trembler, comprenant trop tard les réelles motivations d’Ipi. Mais ce dernier ne lui vola aucun baiser de force… Son frère surgit soudain et repoussa violemment Ipi, l’éloignant d’Anouna et se mettant entre elle et lui. Son regard foudroya le jeune militaire du regard et il gronda : - Elle t’a dit non Ipi ! Laisse-la tranquille ! - Qu’est-ce que tu fais là toi ? s’énerva Ipi, visiblement furieux d’être ainsi dérangé. - Laisse-la tranquille ! Ipi ut un sourire mauvais et il rinana, un peu trop sûr de lui : - Elles disent tout le temps non au début… Anouna écarquilla les yeux, stupéfaite de voir le beau courtisan se transformer en monstre sous ses yeux ! Il cachait bien son véritable visage ! Comment avait-elle pu être aussi stupide ? Elle aurait dû écouter son grand frère… - Pousse-toi Hori ! grogna Ipi. Son insistance finit par énerver le jeune libyen qui s’écria, hors de lui ! - Va-t’en Ipi ! Espèce d’ordure ! Va-t’en et ne la touche plus jamais ! - Qui es-tu pour me donner des ordres Hori ? Tu n’es rien ici, le fils d’une étrangère, d’une sorcière… Alors dégage, ce ne sont pas tes affaires. Le ton monta et les tensions s’échauffèrent. Ipi ne semblait pas vouloir partir et Hori évidemment refuserait d’abandonner sa sœur à ce monstre, si bien que naturellement d’un caractère violent, Ipi finit par donner les premiers coups, essayant de frapper le jeune homme au visage. Hori esquiva facilement au début, avant de se tourner vers Anouna et de lui crier de s’en aller, de rentrer chez Ita. La jeune fille était totalement effrayée et surtout inquiète de la tournure des choses, elle s’enfuit sans demander son reste, avec l’idée d’aller chercher Seshi, le seul à pouvoir aider Hori dans cette situation-là. Mais cette inattention de la part d’Hori lui coûta cher et il reçut un violent coup au visage qui l’envoya au sol, alors qu’Ipi triomphait, hautain et dédaigneux. - Sale chien de libyen ! Il ne s’arrêta pas là, profitant que le jeune homme était à terre, et Hori reçut plusieurs coups de pieds dans l’estomac. Même s’il essayait de se protéger avec ses bras, l’un d’eux l’atteignit plus violement et il sentit sa respiration se couper brutalement. Son corps se recroquevilla sur lui-même et il porta une main à sa gorge, tentant sans succès de reprendre son souffle, d’aspirer cet air vital qui commençait à lui faire défaut. Ipi remarqua son malaise et victorieux, plein de cette lâcheté répugnante, il s’exclama qu’il n’avait là que ce qu’il méritait et il s’éloigna après avoir donné un dernier coup, promettant milles souffrances au jeune libyen si jamais il se remettait en travers de son chemin. Hori se retrouva seul sur les dalles de la petite allée du jardin, une main crispée sur sa poitrine et l’autre serrant sa gorge comme si cela pouvait l’aider. Il faisait une crise… Une crise beaucoup plus violente que d’habitude. Son cœur battait tellement vite alors que l’air refusait toujours de pénétrer ses poumons. Il allait étouffer… Il ferma les yeux quand la douleur devint insupportable et pria tous les dieux qu’il connaissait de lui venir en aide, d’une manière ou d’une autre. Il ne pouvait pas finir comme ça… Ita… Anouna… Seshi… Et comme par miracle, il sentit soudain deux bras solides l’entourer et le soulever, avant que sa tête ne repose contre une large poitrine. Il ne sentait plus son corps mais il sentit nettement cette main chaude masser sa poitrine avec force et énergie. Epuisé, Hori se laissa faire, se blottissant un peu plus contre son sauveur, laissant sa tête reposer contre sa poitrine. Le bruit de son cœur, calme, réconfortant, lui parvenait et il tenta de régler son propre affolement sur ce rythme lent et régulier. Il n’y eut aucun mot mais l’inconnu continua de le masser, le berçant doucement entre ses bras. Il émanait de lui une telle force, une telle aura qu’elle enveloppa bientôt Hori et le jeune libyen s’en imprégna tout entier. La magie de l’individu le soigna mieux que nulle autre et lentement, il sentit ses poumons s’ouvrir et son souffle revenir. Sa respiration reprit doucement et l’inconnu continua de le masser, avec plus de douceur cette fois-ci, se rendant compte qu’Hori revenait lentement à lui. Harassé par cette nouvelle crise, Hori n’ouvrit même pas les yeux et il se laissa aller contre l’inconnu, se repaissant de sa force et de son énergie. Jamais encore une seule personne, même Ita, n’avait réussi à le calmer ainsi. Il avait l’impression que sa propre aura entrait en résonance avec celle de l’étranger et qu’elle s’abreuvait de sa force, puisait chez lui tout ce qui lui manquait. Il s’apaisa lentement et laissa le silence les envelopper, réconfortant. Il s’était rarement senti aussi bien et pas un seul instant, il ne se demanda qui pouvait bien le serrer ainsi contre lui. Tout ce qui comptait, c’est qu’il était là. Et son âme semblait s’en réjouir intensément. Des bruits de pas résonnèrent bientôt dans les allées et à leurs voix inquiètes, Hori reconnut sa sœur et Seshi. Ils s’arrêtèrent net tous les deux et à leurs souffles rapides se mêla soudain à leurs voix étonnées : - Majesté… - Il a besoin de repos. Où est sa chambre ? Cette voix… Il la connaissait. Elle avait mûri et avait changé de ton. Autrefois, elle était beaucoup plus fluette et aigue. Mais maintenant, c’était la voix d’un homme… Hori se sentit soudain être relevé, soulevé dans ces bras protecteurs et son cœur s’affolant, il ouvrit les yeux pour apercevoir l’homme qui le tenait dans ses bras… Aménophis…. … …
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