|
........................... Sous la lumière de Râ … Chapitre 3 : Crise … La nuit allait bientôt tomber même si quelques rayons du soleil s’attardaient encore dans la cour du harem. Ils donnaient aux palmes vertes un doux éclat doré qui nimbait l’atmosphère d’une ambiance chaude et agréable. Quelques femmes étaient encore allongées voluptueusement sur les terrasses mais leurs conversations s’étaient tues, peut-être par respect pour l’instant un peu magique de cette soirée. Beaucoup étaient déjà rentrées, pressées de retrouver leurs fards et leurs onguents pour la soirée. Pharaon daignerait peut-être les visiter ce soir… Personne ne remarqua les deux enfants qui s’amusaient encore dans les jardins du harem. Pourtant leurs rires enjoués avaient de quoi attirer l’attention : une des chattes du harem avait fait des petits quelques jours auparavant et laissait complaisamment Hori et Aménophis jouer avec eux. Les petits étaient déjà forts et curieux du monde qui les entourait. Ils ne fuyaient pas les mains des deux enfants et prenaient déjà un malin plaisir à se battre entre eux. Leurs acrobaties maladroites faisaient rire les enfants qui en étaient venus à leur chercher des noms et les discussions allaient bon train. - Celui-là, on pourrait l’appeler Seth, il ne cesse de s’en prendre à son frère ! - Ah non Hori, ce serait insulter les dieux que de donner leurs noms à des chatons ! Et puis Seth a une tête de chacal, pour un chat ce n’est pas terrible… - Bon alors… Guerrier, qu’est-ce que tu en penses ? Aménophis approuva d’un hochement de tête avait d’ajouter : - Et celle-ci, je veux l’appeler Blanche ! - Mais… Tu es sûr que c’est une femelle ? - Oui, elle est beaucoup plus douce que les autres, et plus câline. - Si tu le dis alors… Hori rit doucement, mais son rire s’étrangla rapidement dans sa gorge. Il ne se sentait pas très bien depuis le matin et plus le temps passait, plus l’étau sur ses poumons se renforçait. Aménophis avait remarqué sa pâleur mais comme Hori lui souriait toujours, il n’avait pas insisté. Le bruit incongru lui fit tout de même lever les yeux : la poitrine d’Hori se levait à un rythme désordonné et son visage était contracté, comme s’il avait du mal à respirer. Son inquiétude renforcée, il posa doucement sa main sur son épaule. - Hori ? Ca va ? L’enfant eut soudain l’impression sordide que son ami était tout simplement en train de s’étouffer : il avait porté la main à sa gorge et la serrait comme si l’air vital lui manquait. - Hori ? Chacune des respirations du gamin émettait un son rauque et sifflant qui ne plût pas du tout à son ami. Apparemment dans l’incapacité de parler, Hori avait l’air de souffrir… Aménophis comprit qu’il se passait quelque chose et il se releva précipitamment, avant de s’exclamer : - Ne t’inquiéte pas, je vais chercher quelqu’un ! Il courut aussi vite que ses petites jambes le lui permettaient. Il passa devant les nombreuses portes des chambres du harem, cherchant celle où il espérait trouver de l’aide. Lorsqu’il entra précipitamment dans la petite chambre, Ita et Nobéseb discutaient calmement devant quelques pâtisseries. Elles écarquillèrent les yeux devant l’air affolé du jeune héritier et Ita comprit aussitôt qu’il devait s’agir de son fils. Lui et Aménophis étaient très souvent ensemble et il n’était pas normal que l’enfant vienne jusqu’ici sans son ami. Et l’air inquiet de l’héritier lui confirma ses doutes. - Venez vite, c’est Hori ! Il a du mal à respirer ! Je ne comprends pas ce qui se passe… Sa mère par contre n’eut aucune difficulté à comprendre et elle s’empara d’un paquet d’herbes séchées et une petite lampe avant de se relever : - Montre-moi où il est. Vite. Ils ne furent pas longs à revenir dans les jardins. Hori était couché sur l’herbe et son petit corps était traversé de spasmes douloureux. Sa mère tomba aussitôt à genoux à ses côtés et le prit dans ses bras, essayant de lui transmettre toute sa propre force. - Ca va aller Hori, je suis là maintenant… Elle s’assit en tailleur, son fils couché sur ses jambes et de ses mains adroites, elle émietta les plantes au-dessus de la lampe, les faisant ainsi brûler. Une odeur forte s’en dégagea aussitôt et Ita amena la lampe juste en-dessous des narines d’Hori, de manière à ce qu’il respire la petite fumée légère qui s’en échappait. Aménophis était tombé à genoux devant la scène et les regardait d’un oeil inquiet, suivant chacun des gestes d’Ita qui était censé sauver la vie de son ami. La mère garda précieusement son unique fils dans ses bras, laissant la lampe sous son nez : l’odeur était suffisamment forte pour libérer ses bronches et ouvrir le passage de l’air. Ce n’était pas la première crise qu’il faisait, mais jusque là, personne n’y avait assisté. Le pauvre Aménophis devait se demander ce qui se passait… Ses bras bercèrent instinctivement l’enfant qu’elle protégeait et le produit mit plusieurs minutes angoissantes à agir. Hori ne bougeait plus et tentait de respirer, étrangement apaisé par l’étreinte de sa mère. Et quand enfin sa poitrine se souleva pour aspirer l’air vital dont il avait besoin, Aménophis tomba à terre en soupirant de soulagement. Ses yeux admiratifs se levèrent sur la libyenne et il lui sourit : - Vous êtes un grand médecin ! Ita rit doucement, gardant son fils contre elle qui commençait à reprendre quelques couleurs et elle répondit calmement : - Non Aménophis, je connais juste les plantes qui soignent mais mon art ne va pas plus loin. Hori se remettait lentement de ses émotions et sa mère posa sur lui un regard attendri : - Il a besoin de repos… Il viendra jouer demain avec toi. - Bien. Elle lui sourit et se releva. Son fils passa ses bras autour de son cou et elle le serra contre elle tout en retournant vers les murs du harem le mettre à l’abri dans son lit. Même la plus humble des épouses du Pharaon avait droit à un lit, au lieu des simples paillasses que le peuple utilisait et Ita coucha son fils sur le sien. Sa main s’égara dans les mèches foncées de l’enfant. Il s’endormait déjà, vaincu par sa fatigue et les émotions. - Repose-toi mon fils, je veille sur toi. Il reçut un petit baiser sur le front en guise de bonne nuit et sombra rapidement dans un sommeil profond. Ita s’assit à ses côtés et continua de laisser sa main jouer avec ses cheveux, tout en soupirant. Si Aménophis n’était pas venu la chercher ce soir, Hori n’aurait peut-être pas survécu… Imaginer perdre le seul être qui comptait pour elle lui brisait le cœur. Elle ne vivait que pour Hori, et qu’à travers lui. Il était tout ce pour quoi elle acceptait encore de se lever le matin. Ita était une femme sage, et elle tentait de rester forte face aux autres, d’afficher un visage serein et calme. Mais elle avait parfois du mal à accepter qu’elle finirait sa vie entre ces murs, loin de chez elle, de ses souvenirs et de ses espoirs. Pour elle, la vie était finie. Mais elle devait la continuer pour Hori. Les paroles de la vielle Nobéseb lui revinrent en mémoire et elle frémit. Non, elle s’opposerait à ce que cela se produise, elle ferait tout pour garder Hori prés d’elle. Personne n’avait le droit de le lui enlever, et surtout pas les coutumes de ce pays qui l’avait arraché aux siens…. … שﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂשﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂשﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂשﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂﭪשּׂ … Ce ne fut que quelques jours plus tard que ses peurs se confirmèrent. Lorsque Hori rentra le soir, son visage exprimait une certaine incertitude et une hésitation qui alerta aussitôt Ita. Elle s’approcha de l’enfant et l’invita à s’asseoir prés d’elle. - Quelque chose ne va pas Hori ? Elle avait toujours été proche avec son fils et entre eux existait un lien immuable qui semblait se renforcer avec le temps. Le garçonnet s’assit en soupirant et eut une petite moue dubitative. - Aménophis va partir… Il va quitter le harem. - Je sais, répondit tranquillement sa mère. Hori releva un regard surpris avant de demander : - Tu sais où il va ? - Oui… A l’école militaire, c’est bien cela ? Les épaules de l’enfant se voûtèrent : sa mère avait vu juste. Comment faisait-elle pour toujours tout savoir ? - Il m’a dit que c’était fabuleux, que grâce à cela il deviendrait un grand guerrier et qu’il pourrait succéder à son père… Qu’il apprendrait à manier une épée et à conduire un char… Il… Il semblait si joyeux… - Il t’as demandé de venir avec lui, je me trompe ? - Oui… Il a dit que tous les garçons du harem y vont et que donc, moi aussi je dois y aller. - Et tu as envie d’y aller… ? La question était à double tranchant : Ita ne pourrait pas s’opposer au désir de son fils, elle le savait. Si c’était là sa voie, elle ne pourrait la refuser mais… Elle avait tellement peur qu’il parte. Elle se doutait de l’entraînement qu’il subirait : certes il apprendrait à lire et écrire comme nul autre, à déchiffrer tous les papyrus et il aurait une éducation de choix mais… Il subirait également un entraînement militaire poussé qui ferait de lui un guerrier égyptien, fidèle à sa nation et oublieux de ses origines… Elle le perdrait s’il allait là-bas. - Je ne sais pas, avoua le gamin, penaud. Je ne veux pas te quitter Maman. - Tu l’as dit à Aménophis ? - Oh non, il croirait que je suis une poule mouillée ! Ita eut un petit rire et attira doucement l’enfant contre elle. Hori ne se fit pas prier et il se pelotonna contre elle, cherchant des réponses à ses interrogations. Cela l’avait travaillé toute la journée : il n’avait absolument aucune idée de ce qu’il devait faire. La joie d’Aménophis n’était pas parvenue à le toucher, malgré tout ce que son jeune ami lui avait raconté sur l’école militaire. Il n’avait pas l’impression que cela l’enchanterait autant que l’héritier. - Tu sais Hori, moi je suis heureuse avec toi. Mais si tu veux vraiment y aller, je ne m’y opposerais pas, cependant… Est-ce que c’est vraiment ce que tu veux ? L’enfant n’hésita pas longtemps : son cœur connaissait déjà la réponse. - Non maman, ce n’est pas ce que je veux. Je resterai avec toi… … … A suivre….
|