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                             Sous la lumière de Râ

Chapitre 2 : Une enfance au Harem royal

La jeune femme cria de toutes ses forces et l’enfant sortit enfin. Recueilli dans les mains protectrices de la vieille Nobéseb, le petit garçon fut aussitôt soulevé dans les airs et une tape lui fut donné sur les fesses. Le cri qu’il poussa enthousiasma la vieille femme qui félicita la jeune mère :

- Ton enfant est magnifique Ita ! Un beau mâle un peu malingre mais vigoureux !

La jeune libyenne sourit difficilement en reprenant son souffle et on enveloppa le bébé dans un tissu très doux avant de le donner à sa mère qui tendait déjà les bras. Aussitôt qu’elle l’eut sur son sein, la jeune femme eut un sourire désarmant et son regard se remplit de fierté pour ce petit être à qui elle venait de donner la vie.

Le bébé était un peu petit et peut-être un peu trop maigre, mais quand ses yeux se posèrent sur la jeune femme, elle sut qu’il n’existait pas de plus beau bébé au monde.

Les sages-femmes vinrent aussitôt l’allonger sur son lit dont les draps avaient été changés, puisqu’elle venait d’accoucher accroupie, comme cela se faisait en Egypte, et elles lavèrent la mère et l’enfant ensemble, avec un soin évident et délicat.

Nobéseb sourit en voyant le bonheur dans lequel la jeune mère nageait, et elle admira l’enfant. Depuis qu’Ita était entré au harem royal, elles s’étaient vite liées d’amitié, réunies par ce secret sur la conception du bébé de la libyenne, et elles étaient devenues inséparables. Ita avait redonné une seconde jeunesse à la vieille femme, qui de son côté la protégeait de l’ambiance particulière du harem, qui ne faisait bien souvent aucun cadeau aux jeunes femmes. Personne n’osait s’opposer à Nobéseb, si bien qu’Ita avait passé quelques mois très agréables.

- Quel nom vas-tu lui    donner ? Il faut un nom fort et puissant…

- Je pensais à… Hadjira…

Nobéseb secoua la tête, visiblement contrariée :

- Mon enfant, c’est le fils de Pharaon ! Tu ne peux pas lui donner un nom étranger. Que penses-tu d’Hori ? C’était le nom de mon grand-père, et c’était un homme respecté des siens.

Ita répéta le nom, un peu songeuse, avant d’acquiescer en souriant.

- Tu as raison, Hori lui ira très bien.

La vieille gloussa, heureuse de laisser son empreinte sur cette jeune vie, avant de s’éclipser pour laisser Ita se reposer en paix. La jeune femme se retrouva seule dans sa chambre, avec son bébé dans les bras.

Voilà longtemps qu’elle attendait ce moment unique où elle pourrait enfin serrer son enfant contre son sein et comme ce dernier réclamait déjà son lait, elle le laissa boire à son sein en souriant, heureuse comme jamais. Le ciel n’aurait pu lui donner plus beau cadeau.

- Mon petit Hori… Ton nom secret sera Hadjira, et sous ce nom te sera délivrée la magie des anciens. Rappelle-t-en mon cher enfant…

Le petit se mit à téter avec ardeur et elle lui sourit, son cœur se remplissant déjà d’amour pour ce petit être qui devenait son univers à elle toute seule.

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La naissance d’Hori fut à peine remarqué dans le harem royal : tout au plus quelques femmes lancèrent des méchancetés sur le garçonnet, affirmant qu’il était infirme. Rumeurs qui furent vite démenties quand Ita se promena avec son enfant dans les bras, aux côtés de Nobéseb. La vieille femme était vraiment fière qu’il porte le nom de son aïeul et elle ne cessait de vanter la beauté de l’enfant, si comparable à celle de son grand-père, ce qui amusait énormément Ita.

Aucun nuage ne vint troubler le bonheur d’Ita : les commérages cessèrent bien vite. Après tout, l’enfant d’une Libyenne n’était pas un sujet passionnant, alors que le successeur de Pharaon était né il y avait quelques mois et qu’il grandissait très bien. On parlait déjà d’un futur pharaon vigoureux et puissant, et on félicitait la reine Ahmès-Néfertari lorsqu’elle passait au harem, son enfant dans les bras d’une nourrice à ses côtés.

Ita l’aperçut de temps en temps mais en sa qualité d’étrangère, c’est à peine si elle pu lever les yeux sur l’Epouse Royale. Mais cela ne la toucha pas plus que cela : son fils avait besoin d’elle et c’était tout ce qui comptait à ses yeux.

Ce fut à son deuxième mois qu’elle eut peur, lorsqu’elle entendit son nourrisson gémir dans son sommeil une nuit. Elle se releva précipitamment et constatant que son enfant avait du mal à respirer, elle fit aussitôt appeler un médecin qui décela une maladie des bronches, un mal qu’il connaissait mais qu’il ne pouvait pas affronter.

Furieuse, la libyenne l’avait chassé de sa chambre avant de faire appel à des herboristes à qui elle demanda plusieurs plantes particulières, qu’elle fit respirer à l’enfant dont la respiration devenait de plus en plus laborieuse. Elle le veilla toute la nuit, s’enfermant dans sa chambre et refusant de voir quiconque mais au matin, le garçonnet était toujours vivant et il respirait même plus facilement que durant la nuit.

Ita avait eu le temps durant sa jeunesse d’apprendre le pouvoir des plantes et leur secret et elle avait réussi à soigner son enfant sans l’aide du médecin, ce qui surprit Nobéseb, pourtant habitué aux savoir-faire étrangers. Le petit Hori en garderait malheureusement des séquelles, car sa maladie n’était pas de celle qu’on chasse aussi facilement qu’un simple rhume ou un virus, mais tant qu’il resterait aux côtés de sa mère, il ne courait aucun danger. Cela renforça encore le lien qui unissait l’enfant à sa mère, et celle-ci s’isola de plus en plus du reste du harem, veillant jalousement sur son bébé, n’acceptant guère que la présence de Nobéseb à ses côtés. La vieille femme savait qu’elle risquait gros en s’isolant ainsi et en refusant de se faire des amies dans le harem : la vie n’y était pas facile et mieux valait-il y avoir quelques liens pour y survivre décemment. Une femme seule encourait toujours le risque de se retrouver le bouc émissaire des autres en cas de problème. Et la vieille Nobéseb savait pertinemment qu’elle ne serait pas là éternellement pour aider sa jeune amie libyenne.

Du côté du Pharaon Ahmosis, il avait appris la bonne nouvelle le jour même : un serviteur était venu le lui souffler à l’oreille alors qu’il recevait des ambassadeurs étrangers, et le souverain avait à peine hausser un sourcil avant de reprendre un visage impassible. Dans son cœur, il savait que cet enfant n’était pas le sien et il ne pourrait jamais l’accepter totalement. Si ses magiciens n’avaient pas insisté, sans doute aurait-il fait tué l’enfant dans le ventre même de sa mère. Mais même un Pharaon ne pouvait aller contre la volonté des dieux sans risquer leur courroux.

Et il était parfaitement bien placé pour savoir que les dieux d’Egypte étaient particulièrement susceptibles… N’en était-il pas un lui-même ?

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Le garçonnet de quelques années jouait en plein milieu de la cour, juste à côté du bassin où quelques nageuses s’ébattaient tranquillement en riant, admirant les osselets tous nouveaux que sa mère lui avait offert pour son anniversaire.

Il se souvenait encore du sourire de la vieille Nobéseb quand elle était venu le féliciter pour cette nouvelle année : elle avait perdu quelques dents au cours des années mais son visage gardait ce sérieux de toujours qui impressionnait toujours l’enfant. Il l’aimait bien cette vieille femme, elle avait quelque chose que les autres n’avaient pas. Peut-être cette sagesse tellement ancienne pour son propre regard neuf sur la vie… Elle lui racontait souvent les expéditions de ses ancêtres, lui décrivait l’époque bénie des dieux où les Egyptiens régnaient sur les deux terres, avant que les Hyksôs n’arrivent et viennent détruire leur magnifique civilisation. Elle lui racontait les temples cachés dans le fond de la Nubie, là où personne ne les trouverait jamais. Sous ses yeux émerveillés d’enfant, elle décrivait la beauté du désert, ce même désert dont sa mère lui parlait tant.

Il avait du mal à croire qu’il existe bien un monde derrière les murs du harem, en-dehors de ce petit paradis où résonnaient les rires des femmes et leurs chants joyeux. Ce fameux désert… Hori s’était promis qu’un jour, il y irait. Il découvrirait ses richesses et capterait la puissance du soleil à son zénith. Il serait aussi fort et courageux que cet homme dont Ita ne cessait de lui parler… Hadjira… Le nom lui rappelait quelque chose qu’il avait du mal à se remémorer.

Dans son esprit innocent, Hadjira était devenu le maître du désert, le guerrier intrépide capable de tout, qui faisait plier ses ennemis et dont les foules scandaient le nom. Le cavalier solitaire qui hantait les dunes la nuit…

Hadjira, alors même qu’il ignorait qu’il s’agissait de son véritable père, était devenu son héros. Hori s’était promis de suivre les traces de cette figure légendaire que sa mère s’était amusée à imaginer pour tromper son ennui et sa nostalgie.

Tout à ses rêves de grandeur et d’avenir, il ne remarqua pas la course d’un garçonnet de son âge, qui se dirigeait tout droit vers le bassin où les quelques nageuses commençaient à sortir.

Tout au plus vit-il une forme passer à toute vitesse devant lui, et sauter souplement dans l’eau, aspergeant tout autour de lui, arrachant des cris indignés et amusés aux jeunes femmes. 

Cependant, dés qu’elles reconnurent l’enfant, leurs miaulements de chat échaudé s’arrêtèrent vite et elles se turent sagement, couvant le petit des yeux avec un certain respect.

Le garçonnet, heureux et fier de son saut, revint rapidement sur le bord à la nage et il se hissa sur le rebord avant de relever les yeux. Il croisa alors un regard surpris et aussi sombre que la roche, d’un noir éblouissant. Un court instant de silence flotta entre eux, avant que l’enfant ne daigne enfin s’asseoir sur le bord, quittant définitivement l’eau, et il observa curieusement son petit camarade.

- Tu es l’enfant de la Libyenne Ita, c’est ça ?

- Je suis Hori !

Le garçonnet eut un petit sourire amusé. Ce gamin semblait avoir pas mal de fierté, mais il aimait ça. Il l’avait déjà aperçu quelquefois, jouant tout seul dans un coin, et il n’avait jamais osé trop l’approcher. Peut-être parce qu’il dégageait une aura sensible qui l’impressionnait un peu, sans qu’il osa l’avouer à voix haute.

Hori était censé être son frère, mais ils se connaissaient si peu, et ils ne se ressemblaient absolument pas. Lui avait une peau si pâle, protégée du soleil, alors que le petit Hori possédait une peau d’un teint mat doré, pareil au miel. Ses yeux en amande, si profond, si noirs, étaient très éloignés de ses deux pupilles claires… Il ne pouvait pas le considérer comme son frère. Aux yeux de tous, Hori restait et resterait le fils d’une étrangère. Et non celui du Pharaon.

Pourtant… Malgré toutes ces différences et les obstacles que les adultes semblaient naturellement placer entre eux, le garçonnet avait envie de connaître le jeune Hori.   

Il lui adressa un beau sourire et reprit :

- Moi c’est Aménophis !

- Je sais comment tu t’appelles, rétorqua doucement Hori, un peu calmé par le sourire de son compagnon.

Et devant la petite moue soudain ennuyée d’Aménophis, il rajouta avec un brin de malice :

- Ton percepteur le crie assez fort le matin !

Le sourire magnifique du garçonnet revint aussitôt et il éclata de rire.

- Ah toi aussi tu l’entends ! Il réveille tout le harem à chaque fois ! L’autre jour, même l’eunuque a protesté !

Aussitôt détendu, Aménophis vint à quatre pattes se mettre devant Hori, et il observa ses osselets avec un petit œil envieux.

- Dis, tu me laisses jouer ?

- D’accord. Mais après, tu m’apprends comment plonger comme tu l’as fait…

L’héritier sourit de nouveau, ravi. L’amitié entre deux enfants naissait tellement facilement…

Pourquoi fallait-il qu’ils grandissent un jour ?   

A suivre