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                       Entraide forcée

 

Chapitre 11 : Nouvelle attaque…

Ils voyagèrent une bonne partie de la matinée et de l’après-midi, pour finalement atterrir dans un petit bourg très modeste, mais où ils purent se ravitailler suffisamment pour le voyage de retour. Leurs provisions étaient pratiquement arrivés à terme et ils n’auraient pas pu avancer plus loin comme cela.

Gabriel n’eut qu’à donner quelques piécettes, qui furent échangées contre des victuailles et de la boisson, en quantités suffisantes pour voyager quelques jours. D’autant plus que le jeune aveugle n’était pas d’un appétit phénoménal et Jamie, l’estomac noué par la peur, n’avait pas l’esprit à manger. Cela leur serait amplement suffisant.

Cependant, tout à leurs achats, Jamie ne perdit pas son sens pratique et il ne cessait de surveiller leurs arrières, vérifiant que personne ne lui suivait ou ne les avait reconnu. Il lui paraissait évident que les hommes qui les avaient attaqués cette nuit ne les laisseraient pas s’en sortir aussi facilement, et reprendraient leur offensive dés que possible.

C’est surtout à cause de cela que l’écossais avait voulu faire demi-tour : leurs poursuivants ne cesseraient d’avancer pour les rattraper, alors qu’eux seraient tranquillement sur le chemin du retour, très loin de tout danger.

Chaque bruit ou regard suspect le mettait mal à l’aise, et il resta sur sa défensive tout au long de leurs achats, accélérant même les échanges pour sortir au plus vite du bourg. En ville, ils étaient beaucoup trop repérables. La forêt leur offrait au moins l’avantage des buissons et de la végétation dense.

Ses sens en alerte lui permirent très vite de remarquer un mouvement suspect derrière eux : un homme les suivait le plus discrètement possible, s’arrêtant de temps en temps sur les divers étalages dans la rue comme s’il était intéressé. Jamie ne fut nullement dupe de son petit manège et il poussa soudain Gabriel dans une échoppe, affolant son jeune compagnon.

- Jamie ?

- On nous suit… Ne lâche pas ma main !

Tenant solidement Gabriel, il partit à l’arrière de la boutique, croisant au passage le vendeur qui les regarda bizarrement.

- S’il vous plaît, avez-vous une autre sortie que l’entrée principale ?

Surpris et perplexe, l’homme leur indiqua une petite porte dans le fond, leur signalant qu’elle donnait directement dans une petite ruelle reliée à l’artère principale. Jamie le remercia et fila directement vers elle, entraînant Gabriel à sa suite. Bon sang, si ces hommes venaient jusque là, ils auraient beaucoup de mal à avoir la paix !! Lui qui avait espéré qu’ils ne les chercheraient pas jusque dans un trou paumé comme celui-ci, venait de comprendre son erreur.

Furieux, il tira un peu violemment Gabriel à sa suite, malmenant sans s’en rendre compte le pauvre aveugle qui suivait comme il pouvait. Mais au détour d’une rue, Jamie ne fit pas assez attention et Gabriel se prit le mur sur tout le côté droit de son corps : l’écossais frôlait les murs sans même se rendre compte que son compagnon n’était pas capable des mêmes prouesses…

Ce fut le cri de douleur de Gabriel qui le calma aussitôt et il s’arrêta net pour s’excuser platement.

- Pardonne-moi Gabriel… J’aurai dû faire attention…

- Va moins vite s’il te plaît, j’ai du mal à te suivre…

- Non, on ne peut pas. Cet homme n’est sûrement pas seul, il faut que nous quittions la ville assez rapidement. Je suis désolé Gabriel mais tu vas devoir supporter ce rythme soutenu encore quelques minutes…

Soupirant, le jeune homme accepta quand même d’un signe de tête et rassuré, l’écossais continua sa route, faisant tout de même un peu plus attention cette fois-ci.  

Il retourna rapidement aux chevaux et fit monter une nouvelle fois Gabriel devant lui avant de s’élancer rapidement sur le chemin inverse, leur sac de victuailles accroché à la selle. L’aveugle, un peu malmené, s’accrocha comme il pu au pommeau de la selle : il comprenait l’affolement de Jamie et se retint de tout commentaire. Son bras était un peu endolori à cause du choc mais il n’osa pas formuler de plainte. Son compagnon était déjà suffisamment inquiet comme cela…

Inquiétude qui alla en augmentant quand, se retournant dans un angle du chemin pour vérifier si on les suivait, Jamie vit avec horreur plusieurs hommes se précipiter vers leurs montures et les détacher pour s’élancer à leur suite. Son bras s’agrippa à la taille de Gabriel et il fit partir leurs deux montures au pas de course, soulevant un petit nuage de poussière derrière eux.

- Jamie… couina Gabriel, surpris par le changement soudain.

- Ils sont derrière nous. Accroche-toi Gabriel !

Ses mains se serrèrent sur le bras de Jamie et ils poursuivirent leur route à toute vitesse, pressé par ces hommes qui les suivaient. L’écossais n’en menait pas large : en plein jour il aurait moins de difficulté à se battre, et il s’était rendu compte des performances de Gabriel au combat, mais vu le nombre de leurs poursuivants, ils allaient quand même avoir beaucoup de mal cette fois-ci. Leur seule chance reposait dans le fait qu’ils arrivent à les distancer, et une nouvelle fois, la chance était contre eux : leurs deux montures ne s’étaient guère reposer ces derniers jours et elles n’étaient plus tellement fraîches. Sans parler de leur chargement qui les fatiguait un peu plus…

Les hommes qui les suivaient avaient sans doute des montures beaucoup plus jeunes et solides. Autrement dit, il ne leur faudrait que quelques kilomètres pour les rattraper.

Enrageant, Jamie poussa leurs montures à leur maximum, jusqu’au moment où il entendit le bruit de l’eau courante. Une rivière !! Il y avait une rivière ! Parfait.

Il n’avait pas pris le même chemin que lorsqu’ils étaient arrivés, et n’avait donc pas remarqué qu’il y avait un cours d’eau dans les environs, mais cela leur offrait une occasion en or. Ils pourraient quitter le chemin et suivre le cours d’eau dans un sens comme dans l’autre, en poussant les montures à marcher dans l’eau. Sans aucune trace, leurs poursuivants seraient obligés de se séparer et cela laisserait une chance aux deux hommes. Une chance très mince, mais une chance tout de même, qu’ils ne pouvaient pas se permettre de laisser passer.

L’écossais poussa les montures au maximum jusqu’à ce que la rivière soit enfin en vue.

Et qu’il soit amèrement déçu…

Non seulement il ne pourrait jamais faire marcher les chevaux dans l’eau, beaucoup trop profonde et tumultueuse, mais en plus il ne pourrait même pas longer le cours d’eau : la roche s’arrêtait net et tombait à pic vers l’eau, créant une sorte de petite falaise au fond de laquelle coulait la rivière. Le chemin continuait sur un pont et repartait de l’autre côté, n’offrant nulle possibilité d’aller autre part.

Jamie poussa un juron et Gabriel se tendit instinctivement entre ses bras : lui aussi avait entendu le bruit de l’eau et sa vieille peur était revenue aussitôt, le crispant d’angoisse.

- Qu’est-ce qui se passe Jamie ?

Deux possibilité s’offraient à eux : soit ils continuaient, au risque d’épuiser les chevaux, sachant que de toute façon, ils seraient rattrapés tôt ou tard, soit ils s’arrêtaient et les affrontaient courageusement. Gabriel était un adversaire redoutable et Jamie saurait faire face sans problème, maintenant qu’ils étaient de jour. Il ne fallait pas se faire d’illusion : avec les chevaux, ils n’arriveraient jamais à se cacher. Et abandonner les montures n’était absolument pas une solution envisageable.

Le choix fut rapide. Jamie stoppa les chevaux et fit descendre Gabriel avant de lui dire de prendre son épée. Le pauvre aveugle n’en menait pas large, traumatisé par le bruit de l’eau toute proche, assez angoissante pour lui.  

- Ecoute Gabriel, il va falloir qu’on se batte. Encore une fois. Je suis désolé mais je n’ai pas trouvé d’autre solution, de toute façon ils nous auraient rattrapé plus loin. Tu… Tu te sens prêt ?

L’aveugle semblait passablement affolé, mais pas pour la raison que pensait Jamie : il n’y avait que l’eau qui occupait son esprit, cette eau si proche qui représentait bien plus de danger pour le jeune aveugle que le futur combat qui s’annonçait. Gabriel savait se battre, mais il ne savait pas nager.

L’écossais se trompa et il prit son visage en coupe pour tenter de le raisonner :

- Tout va bien se passer Gabriel. Je t’ai vu cette nuit, tu sais te battre comme personne. Les meilleures lames ne t’arrivent pas à la cheville !

- Mer… Merci.

- Je ne les laisserais pas te faire du mal, je te le jure !

Gabriel acquiesça, un peu rassuré. Il n’eut pas le temps de se pencher davantage sur la question que le groupe d’hommes qui les suivait déboula soudain devant eux et ils freinèrent brutalement leurs chevaux et sautèrent à terre, armes à la main.

- Ils sont là…, gronda Jamie.

Pas besoin d’autres paroles, Gabriel avait parfaitement compris. Les hommes se contentèrent de regarder leurs deux proies, enfin à portée d’épée et ils s’avancèrent vers elles, se jetant pratiquement avec leurs armes à la main sur des cibles qu’ils pensaient faciles.

Mal leur en prit ! Jamie et Gabriel étaient prêts à les recevoir et le combat fut encore plus violent que la veille, d’autant que l’écossais, en pleine possession de ses moyens, se battait comme un beau diable, embrochant et coupant à tout va. Sa lame ne brilla pas longtemps au soleil, le sang la tâcha bien vite et les imprudents agresseurs commencèrent doucement à se méfier du démon écossais, prenant plus de précautions.

Par contre, du côté de Gabriel, la situation était un peu différente. Le bruit de l’eau, si proche, désemparait totalement le jeune aveugle qui avait bien du mal à se battre, au profit de ses agresseurs qui ne cessaient de prendre de l’avantage sur lui. Pourtant, Gabriel faisait son possible pour se concentrer, pour ne pas se laisser faire, et il se débrouillait plutôt bien, mais beaucoup moins bien que la veille en définitive. Les autres s’en donnaient à cœur joie et le repoussaient toujours un peu plus loin. Gabriel ne cessait de reculer, un pas, puis deux, puis une grande foulée pour éviter une lame…

Si bien qu’au fur et à mesure, il fut bientôt acculé contre le bord de la falaise, qu’il ne voyait même pas ! Et dont il ignorait la présence. Tout ce qu’il savait, c’était que le bruit de l’eau était décidément de plus en plus proche et lui faisait totalement perdre ses moyens.   

Ce fut quand son pied s’approcha un peu trop prés du vide que Jamie tourna son regard vers lui, s’inquiétant des combats qu’il menait. Et quand il se rendit compte que Gabriel était à deux doigts de tomber dans le vide, il se mit à hurler :

-GABRIEL ATTENTION !!!

Ce fut le cri de trop… Il déstabilisa complètement le jeune aveugle qui n’osa absolument plus bouger ni même lever son épée, troublé et désorienté. Ses yeux s’affolaient dans le vide alors que le bruit de l’eau était si proche… Si menaçant…

Un de ses agresseurs en profita pour sortir un petit poignard de sous sa veste et, profitant du trouble de Gabriel, il s’approcha suffisamment prés de lui pour le lui planter violemment dans l’épaule, tout prés du coeur.

Les pupilles aveugles s’écarquillèrent sous le choc et la douleur, et Gabriel fit un dernier pas en recul. Il ne poussa pas un seul cri et son corps tomba mollement en arrière, plongeant tout droit vers l’eau.

- GABRIEL NOOOOON !! hurla de toutes ses forces Jamie, complètement terrorisé.

 Son cœur battant la chamade, il repoussa violemment un de ses assaillant et se précipita vers l’endroit où était tombé son compagnon. Sans prévenir, il se jeta tête la première vers l’eau tourbillonnante, abandonnant leurs agresseurs sur la berge….

    ….

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Jamie n’avait pas hésité un seul instant : il avait plongé à la suite de Gabriel dés que ce dernier avait disparu à sa vue, le cœur battant la chamade et serré dans un étau horrible. Il avait bien vu la lame s’enfoncer dans l’épaule du jeune homme, et il espérait de tout cœur ne pas arriver trop tard. Il ne voulait même pas y penser !!!

L’eau était glacée et l’écossais en eut le souffle coupé, mais il remonta rapidement à la surface, s’activant pour ne pas laisser le froid l’engourdir. Il fallait dire qu’ils étaient en automne et les températures n’étaient plus aussi élevées…

Le courant était très puissant et il emmena rapidement le jeune homme, l’entraînant malgré lui. Mais l’écossais ne comptait pas lui résister et il se laissa doucement porter alors qu’il cherchait des yeux Gabriel. Il cru qu’il allait manquer un battement de cœur lorsqu’il vit une forme un peu plus loin qui se débattait dans l’eau.

Gabriel ne savait pas nager !!! Il s’en rappelait seulement maintenant !

Nageant comme un fou en direction du jeune aveugle, il réussit à l’atteindre avant que Gabriel ne plonge définitivement, et attrapant sa main, il le hissa à son niveau, au-dessus de l’eau afin que ce dernier puisse au moins respirer.

- Tiens bon Gabriel, je suis là, je ne te lâche pas…

Il n’eut aucune réponse de la part du jeune homme, hormis un bruit rauque de respiration difficile, et il tint solidement le jeune aveugle contre lui en tentant de nager vers la rive. Le courant les avait emporté rapidement et très loin de leur lieu de combat, si bien que l’écossais ne reconnaissait absolument pas l’endroit, mais ce n’était pas si grave. Le plus important était pour l’instant d’échapper à leurs poursuivants et de s’occuper de Gabriel qui commençait à gémir douloureusement. Son bras cognait contre un objet solide et il ne craignit pendant un instant que le poignard ne soit resté planté dans ses chairs, auquel cas le jeune homme devait souffrir le martyre à chaque mouvement que l’eau exerçait sur l’arme.

Prenant sur lui et se démenant de toutes ses forces, l’écossais lutta un long moment contre le courant, essayant de nager à l’intérieur pour gagner la rive, mais il avait l’impression que tous ses efforts ne conduisaient à rien. Pourtant pas un seul moment il ne baissa les bras. Il continua jusqu’au bout, jusqu’à ce que les rives s’élargissent et que le courant s’apaise enfin à cause de la plus grande surface, et puisant dans ses dernières ressources, Jamie nagea enfin librement jusqu’à une rive proche, où il s’échoua avec Gabriel dans ses bras.

Il ne prit que quelques secondes pour reprendre son souffle, et bascula son compagnon sur le dos : le pauvre gémit mais garda les yeux fermés, visiblement encore sonné par son bain forcé. Jamie écarquilla les yeux en voyant l’arme plantée dans son épaule mais il garda malgré tout son sang-froid et un calme étonnant malgré la situation.

- Bon sang… Ne t’inquiéte pas Gabriel, je m’occupe de toi…

Il retira aussitôt son dessus trempé : tant pis, cela ferait l’affaire, de toute façon ils n’avaient plus que cela ! Il se pencha par-dessus Gabriel : le temps pressait, il fallait faire vite ! D’un coup sec, il retira le poignard, arrachant un cri de douleur à l’aveugle qui n’était pas totalement inconscient, et il banda aussitôt l’épaule comme il le pu avec sa chemise détrempée. Avec un peu de chance, cela calmerait l’hémorragie… Mais il fallait à tout prix qu’il trouve rapidement un lieu où s’abriter et où soigner correctement Gabriel car le pauvre ne tiendrait jamais longtemps comme cela. Il était sérieusement blessé et risquait de perdre énormément de sang dans les heures à venir. S’il tenait jusque là…

Jamie avait déjà vu des blessures de ce genre et il n’aimait pas ça du tout. De nombreux camarades étaient morts pour moins que cela.

Il sentit son cœur s’affoler mais il se força une nouvelle fois à rester calme, prenant sur lui. Sa main partit dans les longs cheveux mouillés de son compagnon et les retira délicatement de son visage, les caressant au passage.

- Tiens le coup Gabriel… Je suis là d’accord, tu sais que tu peux compter sur moi. Je ne t’abandonnerai pas.

Il sentait la pression monter en lui et il n’aimait absolument pas ça. Mais voir Gabriel dans cet état le mettait tellement mal à l’aise ! Il angoissait rien qu’à l’idée que son état s’aggrave.

- Jamie… balbutia l’aveugle, visiblement sonné.

-  Oui je suis là Gabriel, je suis là. Je vais trouver un village, on va te soigner et tout ira très bien d’accord. Mais il faut que tu tiennes…

Il fallait absolument bouger et sans attendre ! Jamie se releva et aida son compagnon à en faire de même. Gabriel peina, se relevant avec énormément de difficultés. Non seulement il était blessé mais lui qui ne savait pas nager venait d’avoir la plus grande peur de sa vie ! Il tituba légèrement une fois debout mais parvint à garder l’équilibre, alors que l’écossais le soutenait activement. Sans lui, Gabriel serait déjà tombé, mais il tint bon et fit un premier pas.

Pas qui fut rapidement suivi par d’autres, à un rythme plutôt lent. L’aveugle soufflait péniblement et avait du mal à avancer : il perdait beaucoup de sang, sa blessure étant profonde et le fait que l’arme soit restée à l’intérieur avait davantage abîmé les chairs qu’en temps normal.

Jamie le soutenait du mieux qu’il pouvait, l’encourageant par des petits mots rassurants, le portant à moitié quand il le sentait faiblir un peu trop. Ils s’éloignèrent des rives trop dangereuses au cas où leurs agresseurs les recherchent encore. Le courant les avait vraiment emporté très loin mais on ne savait jamais.

Jamie comprit toute l’importance d’avoir des montures solides alors qu’il sentait Gabriel faiblir de minutes en minutes. Ce fut quand ce dernier se mit à trembler qu’il pensa à lever sa main jusqu’à son front : lorsqu’il sentit qu’il était brûlant, il pâlit brusquement et murmura :

- Ah non, tu ne me fais pas ça Gabriel. Il faut tenir. Je t’en supplie, ce n’est pas le moment de flancher. On va trouver un endroit où on va te soigner, mais il faut tenir…

L’angoisse l’empêchait de réfléchir correctement et il sentait son cœur se comprimer comme dans un étau au fur et à mesure que les minutes passaient et que l’état de son compagnon se dégradait.

Gabriel ne pouvait pas lui faire ça ! Pas maintenant alors qu’il avait enfin mis le doigt sur ce qu’il ressentait pour lui ! Au moment où il l’avait vu tomber dans l’eau, blessé, Jamie avait parfaitement su ce que son cœur lui criait pour le jeune aveugle. Il l’avait enfin entendu clairement, et il n’était pas question que tout soit gâché maintenant.

Bon sang, dire que c’était la première fois qu’il ressentait ça de toute sa vie !!! Cette peur, cette angoisse sans nom alors qu’il sentait son compagnon lâcher et s’écrouler dans ses bras. Tout cela faisait partie de ce sentiment qu’il n’avait osé s’avouer jusque là…

Gabriel finit par céder et Jamie le rattrapa in extremis pour le prendre dans ses bras, passant un bras sous ses genoux et l’autre sous ses bras. Et il continua d’avancer, tout en encourageant Gabriel.

- Je t’en supplie, tiens le coup. Pour moi Gabriel ! T’as pas le droit de me faire ça t’entends !!!

Mais le pauvre aveugle n’entendait déjà plus rien : il s’était évanoui, épuisé et à bout de force, le corps perclus de douleur.

Jamie continua courageusement et jamais il ne fut plus heureux qu’au moment où il vit enfin les premières chaumières d’un hameau perdu en pleine forêt…

 A Suivre….