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........................... Entraide forcée
Chapitre 9 : David….. Le lendemain, le petit-déjeuner se fit dans le silence : ni Gabriel ni Jamie n’avait bien dormi, et ils avaient tous les deux des mines soucieuses au réveil qui leur coupait l’envie de se parler. L’écossais avait eut un mal fou à ne pas laisser son regard vagabonder sur la silhouette alanguie de Gabriel sous les draps, désespérément sexy, et il s’était maudit de ne pas avoir assouvi ses pulsions avec la prostitué de la veille. Cela lui aurait épargné certaines rougeurs sur les joues ainsi qu’un bafouillement certain dès que l’aveugle commença à s’habiller devant lui en plein milieu de la chambre. Il était sorti rapidement, prétextant qu’il devait commander le petit-déjeuner et Gabriel l’avait écouté partir en soupirant. Il sentait que son compagnon était mal à l’aise et il ne comprenait pas pourquoi… De son côté, il ne cessait de repenser à la veille et à ces mains qui avaient glissé sur son corps… Il aurait tellement aimé que ce fut Jamie. Ses mains à lui étaient tellement rassurantes, tellement douces. Il n’aurait jamais eu peur. Et en même temps, tous ces sentiments étranges le rendaient tout chose et l’aveugle ne savait plus quoi penser. Il n’avait pas vraiment la même perception du monde que les autres, mais il se doutait qu’un homme qui se sentait attiré par un autre homme était mal vu et il se demandait s’il était normal. David ne lui avait jamais rien dit à ce sujet… L’aubergiste les servit tout en jetant un regard d’incompréhension sur le couple si silencieux et au bout de quelques minutes d’un silence presque insupportable, Jamie finit par murmurer - Excuse-moi. Pour hier soir. Gabriel hocha la tête et ne répliqua rien. Quant à Jamie, il ne savait même pas pourquoi il s’excusait. Etait-ce pour l’avoir laissé seul ou bien… Parce qu’il avait été avec cette prostituée ? Ils continuèrent de manger en silence, savourant les œufs au plat et le jambon que leur avait servi l’aubergiste. La salle commençait à s’animer et certains clients entraient déjà malgré l’heure matinale. Il n’y avait sûrement pas d’heure pour un verre entre amis… Mais cette ambiance détendue et amicale gagna bientôt les deux jeunes hommes assis et Jamie se passa la main dans ses cheveux courts avant de demander : - Nous devrions peut-être nous occuper de retrouver ton frère aujourd’hui… Il a dû passer dans cette ville et dormir dans une auberge. J’ai déjà demander ici mais ils ne l’ont pas vu. Rappelle-moi son nom s’il te plaît… ? - David de Lorgnat… Il paraît qu’il me ressemble… - Bon, avec ça, on devrait facilement retrouver quelqu’un qui l’a vu. Fini de manger et on y va ! Mieux valait remplacer ces éternelles questions et pensées tourmentées par un but précis et concret, sans quoi ils deviendraient fous tous les deux. …. OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo …. La matinée passa rapidement et fut riche en résultats. Ils eurent la chance, après quelques auberges, de tomber sur un tenancier à la mémoire vive qui, après avoir observé Gabriel, se rappela effectivement avoir accueilli un noble chez lui qui lui ressemblait étrangement. Il ne se rappelait plus exactement de son nom mais il y avait une particule dedans et le son de Lorgnat lui rappelait quelque chose. Ravi, Gabriel retrouva son sourire et sa bonne humeur : son frère était passé par là, il en était sûr ! Il le sentait intérieurement, David avait séjourné ici avant de se rendre à Dubogny. Ils demandèrent la direction que le jeune homme avait prise et le tenancier leur indiqua qu’il avait demandé la route de Dubogny, ce qui leur confirma ce qu’ils pensaient. David était bien passé par là. S’ils suivaient la route qu’il avait pris pas à pas, sans doute finiraient-ils par le retrouver au bout du chemin, ce n’était pas si compliqué. Gabriel sortit heureux comme un pape de l’auberge, tenant le bras de Jamie avec une nouvelle énergie. - Il est venu ici, c’est merveilleux ! L’écossais sourit en voyant l’air radieux de son compagnon : voilà longtemps qu’il n’avait pu voir le sourire de Gabriel et il devait avouer que cela lui manquait terriblement. La mine sombre de son ami depuis la veille l’avait inquiété et il s’était senti mal à l’aise de le voir ainsi, en pensant que c’était de sa faute. Mais il était heureux maintenant d’avoir trouvé la trace de ce fameux frère qui semblait être tellement important aux yeux de Gabriel : au fond de lui, Jamie était de plus en plus impatient de le connaître… Et en même temps… Il craignait ce moment car cela signifierait qu’il devrait quitter le jeune aveugle. - Nous ne devons pas perdre une minute, s’il a quitté cette ville, nous devons nous aussi le faire ! s’exclama Gabriel, visiblement très enthousiaste. - Allons chercher nos affaires à l’auberge, acquiesça rapidement Jamie. Ils quittèrent le bâtiment sans remarquer une silhouette suspecte qui, comprenant quel était leur but, s’était empressée de sortir à leur suite… …. OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo …. Les deux hommes étaient allé chercher leurs maigres bagages et leurs montures pour reprendre la route. Gabriel savait déjà que les bons lits de l’auberge allaient lui manquer mais son désir de retrouver David dépassait sa simple envie de confort. Depuis qu’il avait enfin retrouvé la trace de son frère, il était tout excité à l’idée de le revoir, et très impatient. Tellement impatient qu’il en oublia un peu Jamie qui restait un peu en retrait, bien silencieux depuis qu’ils avaient quitté l’auberge. Il s’était mis devant avec son cheval et conduisait Cascade, la monture de Gabriel, parmi la foule dense des rues. Pas un seul mot n’était sorti de sa bouche : il ne faisait pas vraiment la tête mais il était pensif. Cette aventure avec Gabriel l’avait mené trop loin… Pourquoi n’avait-il pas envie de quitter Gabriel, alors qu’on lui avait pourtant imposé ce voyage ? Lui qui aimait tellement sa liberté, voilà qu’il se soumettait à deux yeux vides d’expression, à un jeune homme qui ne semblait voir et vivre que pour son frère. Pourquoi n’avait-il pas réussi à coucher avec cette prostituée ? Pourquoi le visage de Gabriel l’avait-il obsédé au point qu’il ne puisse plus rien faire ? Jamie se sentait perdu et tiraillé entre deux envies : fuir loin de cette histoire qui le poussait dans ses retranchements ou bien rester et attendre de voir ce qui finirait par arriver… - Jamie ? La voix de Gabriel le sortit de ses pensées et il se tourna vers lui. - Oui ? - Qu’est-ce qui se passe ? Tu as l’air ailleurs… Tu es malade ? Jamie eut un petit pouffement et secoua la tête : - Non, non, tout va bien. Je réfléchissais juste. Gabriel n’eut pas l’air convaincu et ses mains se resserrèrent sur les rênes : il sentait depuis la veille qu’il se passait quelque chose et il aurait aimé aider Jamie à vaincre ses démons, ou du moins à lui apporter son soutien, mais l’écossais restait distant, comme s’il redoutait son contact. Comprenant que ça n’allait pas, Gabriel se tint sage tout au long du chemin. Cascade piaffait, impatient de quitter la foule urbaine qui le rendait nerveux, et le jeune homme le comprenait : lui qui était habitué au silence de son manoir et des forêts qu’ils avaient traversé jusque là, ce n’était pas facile de se retrouver plongé dans un bruit pareil. S’il avait adoré cela au début, les informations trop nombreuses finissaient par l’enivrer et il mourait d’envie maintenant d’en sortir. Son souhait fut rapidement exaucé et ils retrouvèrent bientôt le calme de la nature, loin de la ville. Gabriel pu enfin respirer et retrouver certains de ses repères, alors que le silence soudain permit à Jamie de faire le point. Il allait rester… Rester et voir où cela le mènerait. Et puis… Il aurait l’impression d’être le dernier des salauds s’il abandonnait ainsi Gabriel. Le jeune homme avait besoin de lui. Sa décision prise, il retrouva un peu de sa bonne humeur et le voyage se passa sans incident notable. Ils avaient emmené des provisions qu’ils mangèrent en chemin, et lorsque la nuit se fit sentir, la fraîcheur s’élevant du sol, ils s’arrêtèrent et établirent leur petit campement habituel. Gabriel s’activa avec énergie : d’une part il était très heureux d’avoir enfin quelques nouvelles de son frère, aussi maigres soient-elles, et ensuite, il tenait à faire de son mieux pour aider Jamie. Ce dernier ne semblait pas aller très bien et Gabriel tenait à prendre soin de lui. Non pas par pure charité ou parce que l’écossais était son guide mais parce qu’il en avait envie. Il ne supportait pas de savoir que quelque chose n’allait pas pour son ami. Il prépara un repas délicieux avec les quelques ingrédients qu’ils disposaient et quand Jamie, après s’être occupé des chevaux, le rejoignit, Gabriel s’approcha suffisamment de lui pour lui donner sa part de nourriture en mains propres, espérant de tout cœur que cela lui plairait. L’écossais y goûta et après quelques cuillérées, il s’exclama : - Mais c’est délicieux ! Gabriel tu cuisines comme un chef ! L’aveugle rougit doucement et répondit timidement : - J’ai… J’ai appris avec mon frère. Il tenait à ce que je sache au moins cela. L’allusion à David renfrogna un peu l’écossais qui se sentit stupide : bon sang, comment pouvait-il être jaloux du propre frère de Gabriel ??!! - Parle-moi de lui… Vous semblez très proches… Un beau sourire orna les lèvres du jeune aveugle qui se mit à parler avec joie de son cher David, racontant la façon dont ce dernier avait toujours pris soin de lui, babillant sur quelques anecdotes sans importance mais plutôt amusantes, parlant de son frère comme s’il s’agissait de l’homme le plus fantastique de la terre, et Jamie ne pu s’empêcher de se maudire de lui avoir demandé cela. Maintenant il se sentait ridicule à côté d’un tel frère ! Comment pourrait-il ne serait-ce qu’arriver à sa cheville pour tenter d’être remarqué par Gabriel.. ? Mais ce dernier, avec un geste vif, s’empara soudain de son bras et il le serra doucement en murmurant : - David est quelqu’un de très bien… Un peu comme vous. Il serait sûrement heureux de savoir que je voyage avec vous… Autant que je le suis moi-même. Ces paroles, un peu enfantines, un peu cruelles, firent bondir le cœur de l’écossais et toute gêne et toute honte disparurent aussitôt de son cœur. Il avait du mal à en croire ses oreilles, mais quand Gabriel, après un petit soupir, appuya sa tête sur son épaule et se laissa aller contre lui, il se détendit et sourit doucement. Il n’était qu’un idiot ! Il ne ressemblerait jamais au frère de Gabriel. Parce qu’un frère n’avait pas les pensées qu’il avait en ce moment… Lentement son bras vint se poser sur les épaules du jeune homme et il le serra tendrement contre lui, stupéfait mais attendri de la confiance que lui accordait son compagnon. Gabriel sourit légèrement, heureux de pouvoir se blottir contre ce corps puissant et dans ces bras rassurants et il ferma les yeux pour se laisser doucement emporté par le sommeil. …. OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo ….
La nuit était tombée depuis longtemps et Jamie avait allongé Gabriel sur le sol à ses côtés pour ensuite recouvrir leurs deux corps d’une couverture chaude. Il avait gardé le jeune aveugle dans ses bras, bien trop heureux de ce contact léger mais tellement agréable et il s’était endormi l’esprit serein. Ce fut un bruit de branche cassée qui le réveilla et il ouvrit un œil, ses sens aussitôt en alerte. Habitué à dormir dans les bruyères de son pays, il avait développé un instinct qui lui criait en ce moment même de se montrer méfiant et il secoua doucement Gabriel pour le réveiller tout en posant sa main sur sa bouche afin de l’empêcher d’émettre du bruit. Il se pencha et chuchota à son oreille : - Nous ne sommes pas seuls… Gabriel réveille-toi. Effectivement l’instant d’après un autre bruit retentissait, accompagné de froissements de tissu et de quelques chuchotements imperceptibles. Jamie se releva et attrapa son arme, tout en donnant son épée dans la main de Gabriel, espérant qu’il saurait s’en servir pour se protéger. Ayant sûrement repéré son mouvement, les hommes qui se dissimulaient dans les bois surgirent soudain et se précipitèrent vers Jamie, armes en avant, en poussant des cris d’attaque. Nullement effrayé malgré leur tactique, l’écossais se défendit du mieux qu’il pu, parant leurs coups avec adresse malgré l’obscurité profonde. Mais il était surtout inquiet pour Gabriel et il finit par s’écrier : - Gabriel sauve-toi !!! De son côté, le pauvre aveugle était totalement désemparé : il comprenait qu’il se passait quelque chose, il entendait les mouvements autour de lui mais il avait encore du mal à assimiler les évènements. Ce furent les bruits des chocs des épées qui le tirèrent de son hébétude et il se releva comme il le pu, sortant son épée de son fourreau et se lançant dans la mêlée à son tour. En le voyant, Jamie cru qu’il était devenu fou : comment un aveugle pourrait-il se défendre ?? Mais à sa plus grande surprise, alors qu’il voyait avec terreur un adversaire se jeter sur Gabriel épée en avant, l’aveugle para habilement le coup et envoya son ennemi à terre, avant de se défendre contre un nouveau coup sur son côté. Il se battait avec agilité et adresse, maniant l’épée avec dextérité et une habileté hors du commun qui stupéfièrent Jamie. Trop occupé par le combat et par Gabriel, il ne vit pas son ennemi s’avancer vers lui et du plat de l’épée, il fut rapidement désarmé et propulser contre un arbre. Il poussa un cri de douleur dû au choc et regarda avec appréhension l’homme soulever son épée au-dessus de lui. Pendant quelques secondes, le temps sembla s’arrêter et Jamie cru sa dernière heure venue. Quel idiot il était ! Il aurait dû faire attention aux possibles voleurs dans la région. Un couple isolé était une proie idéale pour eux ! Mais lorsque l’épée s’abattit sur lui, elle fut soudainement arrêtée par une autre lame qui protégea Jamie et l’écossais vit son compagnon affronter son adversaire et le repousser courageusement, le protégeant de toutes ses forces. Admiratif et lui devant la vie, Jamie se releva rapidement et courut récupérer son épée pour reprendre le combat. Cependant il devait avouer que Gabriel se débrouillait bien mieux que lui et à deux reprises, l’aveugle dû intervenir pour l’aider. L’obscurité ne le gênait absolument pas, contrairement à Jamie qui avait du mal et à eux deux, ils réussirent à repousser la petite horde d’assaillants, se battant vaillamment. Leurs agresseurs finirent par abandonner et ils s’enfuirent en laissant quelqu’uns des leurs derrière eux, reflets de la victoire de Jamie et Gabriel. Lorsque le jeune aveugle les entendit enfin s’éloigner, il poussa un soupir intense de soulagement et tomba à genoux sur le sol, épuisé. Jamie s’approcha, vérifiant qu’il ne restait plus personne et il tomba à ses côtés avant de le serrer dans ses bras avec force, sa main passant dans les longs cheveux de Gabriel. - Tu m’as sauvé la vie… Une nouvelle fois. Merci beaucoup Gabriel… Emu et stupéfait, Gabriel se laissa faire, sa tête reposant contre la poitrine de l’écossais. Il entendait son cœur battre à toute vitesse contre son oreille et sa main vint s’accrocher à la chemise de son compagnon, tremblant légèrement. - J’ai… eu tellement… peur…., bafouilla-t-il, sous le choc. Jamie sourit doucement et se mit à le bercer pour le calmer, alors qu’il observait calmement leurs adversaires au sol. Ils étaient probablement morts, et l’écossais était encore surpris de la façon dont Gabriel s’était battu. A croire qu’il avait passé sa vie à s’entraîner. Leurs vêtements attirèrent son attention : beaucoup trop luxueux pour de simples voleurs de grands chemins… Des tueurs. Quelqu’un avait engagé des tueurs contre eux ! Cette révélation le fit déglutir et il releva brusquement Gabriel pour le soulever dans ses bras avant de se diriger vers Cascade sur le dos duquel il déposa le jeune aveugle. - On part tout de suite ! Pas question de rester ici, il vaut mieux mettre de la distance entre eux et nous ! L’écossais était tendu et Gabriel n’insista pas : en quelques minutes leurs affaires furent rassemblées et l’écossais jeta tout sur le dos des chevaux avant de les mettre au trot. - Accroche-toi Gabriel ! Les mains du jeune aveugle se posèrent aussitôt sur le pommeau de sa selle et il s’y agrippa avec force. Pourquoi les avait-on attaqué ? Qui leur voulait du mal ? Etai-ce seulement des bandits de grand chemin ou bien.. Son frère avait-il mis la main sur quelque chose qui les mettait tous en danger ? … … A suivre…
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