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............................. Entraide forcée
Chapitre 8 : Soirée agitée.. La ville du jour était en train de s’endormir lentement pendant que celle de la nuit commençait à se réveiller. Les voix de certains baissaient pendant que d’autres augmentaient de volume, criant les mérites de certains établissements dans la rue. Même s’il ne voyait pas les trésors urbains, Gabriel pouvaient les entendre et cela l’émerveillait. Les discussions dans tous les coins, les multiples bruits dont il ignorait la provenance, la chaleur qui devait provenir des maisons qui se heurtait à la fraîcheur de la nuit, les odeurs différentes qui s’entrecoupaient… C’était un peu magique pour lui, surtout qu’il n’avait que très rarement mis les pieds en ville, David ne l’ayant emmené que peu de fois avec lui. Il le comprenait, il aurait été un véritable boulet, mais après ces quelques jours passés en compagnie de Jamie, il avait l’impression d’avoir grandi, mûri, et il se sentait apte à affronter la ville. Jamie de son côté observait les prostituées qui commençaient à sortir et à aborder les clients. L’une d’elle vint même très prés de sa monture et il pu en sentir le parfum. D’habitude, il aurait souri et lui aurait sauté dessus comme un chien en chaleur, aimant plus que tout la compagnie d’une femme lorsqu’il revenait de ses escapades dans la nature. Mais là, son parfum l’écoeura plus qu’autre chose. Etrange. Sans doute avait-il été trop influencé ces derniers jours en compagnie du jeune aveugle… Idée qui le dérangeait, il devait se l’avouer. Il devait se reprendre en main et vite. Surtout que lorsqu’il jetait un coup d’œil à Gabriel et qu’il apercevait l’air heureux et émerveillé qui flottait sur son visage, il sentait son cœur battre plus fort, heureux lui-même sans trop savoir pourquoi. Il avisa une auberge située juste entre les quartiers chauds de la ville, et les endroits plus respectables : ici, la chambre ne serait pas trop chère et la compagnie agréable. Ils s’arrêtèrent donc et Jamie confia leurs chevaux à un garçon d’écurie avant d’aider Gabriel à entrer et d’en faire de même. - Aubergiste, j’ai besoin d’une chambre avec deux lits ! clama-t-il très fort, histoire d’être entendu par-dessus le brouhaha qui avait envahi l’auberge. L’aubergiste acquiesça rapidement, et leur fit signe de le suivre. Une fois dans l’escalier, il pu enfin leur parler plus librement, s’entendant enfin parler. - Vous voulez manger messieurs ? Parce que je crains que la salle ne soit remplie et… - Ne t’inquiètes pas, le coupa Jamie, mon ami mangera dans sa chambre, ce sera parfait. A ces mots, Gabriel tiqua et attrapa le bras de Jamie après avoir tâtonné quelques instants. - Et vous ? Vous ne comptez pas manger avec moi ? s’inquiéta-t-il. - Non, je vais sûrement manger en ville… - Vous sortez ? s’exclama Gabriel, resserrant sa prise sur le bras de Jamie. - Tu ne crois quand même pas que je vais m’enfermer dans une chambre aussitôt arrivé ici ? J’ai besoin de prendre un peu l’air… - Mais… Je veux venir avec vous ! répliqua Gabriel, commençant à s’énerver. - Pas question ! J’ai besoin de respirer tu m’entends, et pas de passer ma soirée à veiller sur toi !! répondit un peu violemment Jamie. L’aubergiste leur montra leur chambre, et avec un petit sourire timide, il leur demanda : - Alors, qu’est-ce que je fais ? Je sers un repas ou non dans la chambre ? - Oui, merci, lui répondit Jamie, qui fut aussitôt coupé par son compagnon. - Pas question !!! Je viens avec vous Jamie, je n’ai jamais pu visiter une ville avant ça !! Prenant la mouche, Jamie se saisit de Gabriel par le bras et l’emmena de force dans la chambre, tout en indiquant rapidement à l’aubergiste de partir de là et d’amener le repas comme prévu. Une fois à l’intérieur, il ferma la porte et obligea Gabriel à s’asseoir sur le lit, pendant que lui-même prenait une chaise. - Ecoute jeune homme, la ville n’est pas une partie de plaisir, crois-moi. C’est plutôt un véritable repaire de requins qui n’auront aucun scrupules à s’en prendre à toi, et je parle en connaissance de cause. Nous ne sommes pas vraiment dans les beaux quartiers, et avec ton allure de petit noble, tu ne feras pas un pas dans la rue. - Mais, si vous êtes là, personne ne s’en prendra à moi… - Tu crois sincèrement que je vais pouvoir te surveiller dans cette foule ? Et puis, j’ai des choses à faire, des choses qui ne regardent que moi. Comment expliquer à Gabriel que Jamie avait envie d’aller dans la chambre d’une prostituée, histoire de se remettre les idées en place, de respirer son parfum entêtant jusqu’à en être saoûl, de caresser son corps tendre en oubliant ces étranges sentiments qui naissaient en lui et commençaient à lui faire peur ? Il rêvait de passer une soirée libéré de tout, de vivre chaque instant qui passerait sans se soucier du suivant qui arrivait. De mener la vie qu’il avait avant de rencontrer Gabriel… Non, il ne pouvait pas lui dire cela comme ça, il préférait encore le laisser dans le vague, quitte à passer pour un ingrat. Cependant, son discours avait adouci la colère naissante de Gabriel, qui commençait à comprendre que la ville n’était peut-être pas le paradis qu’il imaginait. D’autant que Jamie semblait s’y connaître, et il lui faisait confiance. - Mais qu’est-ce qui me dit que vous reviendrez ? Si ça se trouve, vous allez rompre votre parole et… - Je ne trahis jamais ma parole, gamin ! répliqua rudement Jamie, détestant qu’on entache son honneur. - Gamin vous-même !!! s’exclama Gabriel, vexé. Vous avez pratiquement le même âge que moi ! L’un détestait qu’on doute de sa dignité, l’autre qu’on le prenne encore pour un gamin à cause de son infirmité. Autant dire que cela risquait de faire des étincelles, mais Jamie, respirant un grand coup, essaya de calmer le jeu. - Oui excuse-moi, je n’aurai pas dû dire ça… Mais je te promet de revenir. Je laisserai mes affaires ici et mon argent. Pour un voleur comme moi, imagine que c’est l’une des choses les plus importantes à mes yeux… Gabriel se calma lui aussi et, son visage prenant un petit air triste, et le supplia une dernière fois : - Je ne peux vraiment pas venir ? Je promet de me faire tout petit… Kamie éclata de rire à cette pensée : là où il allait, Gabriel pourrait toujours se faire tout petit, il était pratiquement certain qu’on le remarquerait ! - Je suis désolé Gabriel… C’est impossible. Soupirant de frustration, Gabriel se releva et s’écria : - Et bien, allez-y, puisque vous y tenez tant !! Jamie lui lança un petit regard gêné, puis préférant éviter une nouvelle confrontation, il sortit rapidement de la chambre, après avoir déposé ses affaires. Il posa son précieux sac sur le lit à côté de Gabriel. - Je te laisse mon sac. Sois sûr que je reviendrai Gabriel. Bonne nuit. Le jeune aveugle ne lui répondit pas et se contenta de tourner la tête à la porte, montrant ainsi son mécontentement. Mais lorsqu’il entendit les gonds grincer lorsqu’elle se ferma, il soupira et baissa les épaules, déçu. Il aurait tant aimé visiter la ville ce soir-là… Mais en même temps, il ne pouvait s’empêcher de comprendre Jamie : il était un véritable poids pour n’importe qui, même pour son frère… Il ne pouvait pas vraiment lui en vouloir, lui-même s’en rendait bien compte. Et cela le désolait. Il aurait tellement voulu être plus aux yeux de Jamie… Mais il ne savait plus comme y arriver. Il sursauta en entendant soudain la porte s’ouvrir et arbora un large sourire. - Jamie ? - Ah non jeune homme, ce n’est que moi, répondit tranquillement l’aubergiste. Si vous cherchez votre ami, il vient de quitter l’auberge. - Ah… dit Gabriel sur un ton triste. Remarquant son trouble, l’homme posa le plateau repas sur la table de la chambre et alla s’asseoir ensuite aux côtés du jeune aveugle : il avait bien vu son infirmité et le problème qu’il semblait avoir avec son ami, aussi se sentait-il en devoir d’aider son client. - Vous vouliez aller avec lui, n’est-ce pas ? demanda-t-il, conciliant. - Oui, lâcha Gabriel dans un soupir, mais je n’aurai été qu’un poids pour lui. Pour n’importe qui d’ailleurs… - Allons, il ne faut pas être défaitiste jeune homme ! Votre ami semble particulièrement tenir à vous et je suis sûr qu’il ne voulait pas vous blesser. Mais il arrive parfois que certaines personnes aient besoin de solitude vous savez. - Mais pourquoi ? - Oh, il y a beaucoup de raisons : peut-être veut-il réfléchir seul, ou bien il y a quelque chose qui le trouble et il veut remédier à la situation. J’ai remarqué que votre ami avait un visage un peu soucieux… - Ce doit être à cause de moi… L’aubergiste posa sa main sur celle de Gabriel pour l’encourager. - Voyons, il ne faut jamais dire cela jeune homme ! Moi, je suis sûr que vous n’êtes pas un poids pour votre ami. Gabriel lui sourit, un peu soulagé. - Merci, vous êtes très gentil. Heureux de voir qu’il allait mieux, l’aubergiste se releva pour partir. - Mais non, c’est mon métier que mes clients se sentent bien chez moi… Votre repas est sur la table, bon appétit ! Et il sortit de la chambre, laissant Gabriel seul face à ses pensées. …. OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo …. Jamie était sorti l’esprit lourd de l’auberge, un peu inquiet de laisser Gabriel seul. Il s’en voulait d’avoir présenté la situation sous un angle aussi mauvais, faisant croire au jeune aveugle qu’il ne le supportait plus. En vérité, il devait bien s’avouer qu’il avait du mal à rester en sa présence, mais pas pour les raisons que Gabriel s’imaginait. Quand il était avec lui, et cela depuis un ou deux jours, il se sentait plus troublé qu’en temps normal, comme si le jeune aveugle venait perturber son esprit clair et logique, et il n’aimait pas cela. Jamie détestait que des sentiments qu’il ne comprenait pas viennent le troubler, et il avait décidé ce soir-là de s’en débarrasser. Et quoi de mieux dans ces situations qu’une fille de joie experte et prête à tout pour assouvir le moindre de vos désir ? Dans ses bras, il pourrait oublier Gabriel et son sourire, et enfin redevenir le Jamie qu’il connaissait. Il s’engouffra au milieu de la foule et se fraya un passage jusqu’au quartier chaud qu’il avait repéré en entrant dans la ville. Passant devant quelques infirmes qui mendaient au milieu de la rue, il aperçut soudain un aveugle au milieu d’eux, et cela fit surgir dans son esprit l’image de Gabriel. « Pourvu qu’il ne soit jamais réduit à cela « pensa-t-il immédiatement, l’esprit torturé à l’idée que Gabriel puisse un jour mendier comme ces pauvres gens. Heureusement pour lui, il était d’une famille noble, et il n’aurait probablement pas à subir cela un jour… Constatant qu’il avait une fois de plus laissé son esprit être troublé par Gabriel, Jamie se gifla mentalement, maudissant ces stupides sentiments. Il devenait urgent qu’il trouve une prostitué ! Se dépêchant, son vœux fut bientôt exaucé et il tomba nez-à-nez avec quelques filles de joie qui attendaient un client. Repérant la plus belle d’entre elle, il s’approcha et la salua. - Bonsoir jeune beauté… Elle minauda mais accepta bientôt d’aller avec lui dans sa chambre. En la suivant, Jamie fut surpris de constater que son parfum ne créait aucun trouble en lui comme avant. Il n’était même pas excité ! Espérant que cela passerait, il entra dans sa chambre et ferma la porte. Sans un mot, elle s’approcha et commença à l’embrasser, debout tous deux au milieu de la pièce. Son corps se pressait contre le sien, il pouvait même sentir ses seins sur sa poitrine. Tentant de réagir ou du moins d’esquisser un geste vers elle, il passa ses bras autour de sa taille et se baissa pour l’embrasser sur la bouche. Mais à l’instant même où il allait poser ses lèvres sur les siennes, ses yeux rencontrèrent les siens et la lueur animée qu’il y lut le fit sursauter. Inconsciemment, il s’était attendu à voir deux pupilles sans vie devant lui, deux yeux que le temps avait fermé et qui ne pouvait plus remplir leur fonction première. Deux pupilles vides mais en même temps, deux pupilles si riches pour lui… Gabriel le hantait ! Il secoua légèrement la tête pour le chasser une bonne fois pour toute de son esprit, ce qui surprit la prostituée : - Il y a un problème chéri ? - Non non, tout va bien… « Il faut que je me reprenne » songea-t-il, un peu nerveux. Il recommença ses baisers et réussit cette fois-ci à poser ses lèvres sur les siennes sans frémir. Mais la sensation d’ivresse qu’il connaissait bien n’apparut pas : pas le moindre trouble en lui ! Enervé, il lança ses mains à l’assaut du corps de la prostituée, essayant de ranimer le désir en lui. Seulement, rien n’agit comme il avait prévu : alors que sa bouche partait explorer le cou de la jeune femme, il se surprit à penser à Gabriel, seul dans sa chambre, l’attendant sûrement… Furieux, il repoussa la jeune femme un peu brusquement et s’assit sur une chaise, essaynt de reprendre ses esprits. La jeune femme, déstabilisé, vint poser sa main sur son épaule, le prenant en compassion devant son trouble. - Tu n’as pas l’air d’aller bien chéri… Tu es venu alors que tu avais déjà quelqu’un, non ? Je me trompe ? Je sais reconnaître les gens lorsqu’ils ne sont pas libres, et toi chéri, ton esprit est hanté par quelqu’un… Jamie soupira : effectivement, il était hanté. Hanté par un jeune aveugle aux moues attachantes. Un jeune homme qu’il ne connaissait que depuis quelques jours, mais qui occupait maintenant toutes ses pensées. - Je suis désolé… murmura-t-il, comprenant son erreur d’être venu ici. Il déposa une liasse de billets sur la table et sortit rapidement sans un mot de plus. …. OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo …. Gabriel avait fini de manger depuis longtemps et il était assis sur son lit, attendant dieu seul sait quoi. Il n’arrivait pas à dormir, et se perdait dans ses pensées, de plus en plus morose. Il savait que Jamie ne lui dirait jamais qu’il était un véritable poids pour lui mais il se doutait qu’il ne devait pas en penser moins, et cette seule idée l’attristait plus que n’importe quoi. Il entendit soudain du bruit dans le couloir et il releva la tête : avec un peu de chance, c’était Jamie qui rentrait. Il pourrait enfin reposer son esprit torturé par son absence, et qui sait, peut-être même lui parler un peu de ce qui le préoccupait. Il se leva et se dirigea d’un pas incertain vers la porte, frôlant au passage le mur pour se situer. Il ouvrit enfin la porte doucement et s’avança légèrement dans le couloir. - Jamie ? Alors qu’il attendait une réponse, il sentit soudain deux mains se poser sur sa taille et un corps puissant se coller au sien, l’entraînant en arrière pour mieux reculer dans la chambre. Il poussa un petit cri surpris, tentant de se raccrocher au corps qui le tenait maintenant fermement. L’autre se mit soudain à parcourir son cou de baisers de plus en plus pressants et Gabriel perdit pendant un court instant toute notion avec la réalité : il avait déjà senti les mains de Jamie sur lui, mais jamais elles n’avaient aussi caressantes ni aussi indiscrètes. La sensation était électrisante et le jeune homme se rendit soudain compte qu’il adorait cela. En fait, ces mains-là venaient combler ses rêves les plus fous et il s’y abandonna. Son compagnon referma violemment la porte tout en continuant ses caresses sur le corps de Gabriel. Ses mains passèrent sous sa chemise et caressèrent un peu brusquement son torse, alors que sa bouche recouvrait chaque parcelle de la peau de son cou de baisers. Il le poussa comme cela jusqu’au lit, et lorsque les genoux de Gabriel entrèrent en contact avec le bois du lit, il tomba à la renverse dessus, son compagnon le suivant dans sa chute. Nullement gêné par cela, il continua ses caresses, repoussant toujours un peu plus loin la raison de Gabriel. Le jeune homme n’arrivait plus à raisonner normalement : la bouche audacieuse de son compagnon l’empêchait totalement de réfléchir. Il se sentait dériver sur un flot de sensations étranges qui lui donnaient le tournis, mais il adorait cela. - Oh Jamie… souffla-t-il, un peu perdu. L’autre grogna contre son cou et d’un geste violent, il lui ouvrit sa chemise, dévoilant son torse à l’air libre. Là, il joua avec ses tétons un petit bout de temps, puis sa main descendit et se posa sur l’entrejambe de Gabriel, qui eut un sursaut. - Non Jamie… réussit-il à dire. Tout allait trop vite, il n’était même pas sûr de ses sentiments… Gabriel commença à réellement paniquer quand il sentit la main de son compagnon passer carrément dans son pantalon et toucher son sexe. - NON JAMIE !! cria-t-il cette fois-ci, totalement désorienté. Il le repoussa violemment et l’homme retomba sur le côté du lit. Il se mit sur la défensive, prêt de nouveau à le repousser à la moindre tentative. - Non Jamie… murmura-t-il, prêt à éclater en sanglots. - Qui est ce Jamie ? demanda soudain une voix pâteuse qui reflétait bien le degré d’alcoolisme de son propriétaire. Gabriel fut prit d’un frisson glacial qui le secoua des pieds à la tête. Ce n’était pas la voix de Jamie ! Mais avec qui était-il donc ? Et surtout, qu’est-ce qu’il avait failli faire ? Très secoué et paniqué, il se mit à hurler à tort et à travers sur l’inconnu qui avait osé pénétrer dans sa chambre. - Mais qu’est-ce que vous faites ici ? Et qui êtes-vous ? Je veux que vous sortirez !!! Tout de suite !! DEHORS !!! - Oh, allez, on s’amusait bien non ? Il tendit sa main mais dés que celle-ci toucha Gabriel, le jeune aveugle s’en empara et avec une force insoupçonnée, il réussit à sortir l’ivrogne de sa chambre, le traînant pratiquement dehors. Puis il ferma rapidement la porte, tourna la clé et s’effondra à terre, dos contre la porte, les jambes flageolantes et le souffle court. - Mon dieu… Mon dieu… répétait-il, sous le choc. Il entendit l’ivrogne crier pendant quelques instants contre la porte, puis s’en aller dans le couloir, traînant misérablement la jambe. Gabriel se prit la tête entre ses mains, tremblant de tout son corps. Il avait eu si peur… Et dire que tout ce qu’il venait de ressentir n’était dû qu’à la bouteille un peu trop prononcée d’un alcoolique solitaire ! Il retint ses larmes, ne voulant pas montrer sa faiblesse, et il partit d’un pas tremblant jusqu’au lit, où il s’assit avec lassitude. Les draps étaient encore chauds, et Gabriel se sentit très mal à l’aise. Tout ce qu’il venair de ressentir le laissait perplexe, d’autant plus qu’il se rendait compte d’une chose au fur et à mesure que le temps passait : cela lui aurait plu que ce soit le vrai Jamie à la place de cet ivrogne. Cela lui aurait plu que ce soit les mains de Jamie qui se posent ainsi sur lui… Très troublé par cette découverte, il entendit soudain qu’on frappait légèrement à la porte. - Gabriel ? résonna une voix dans le couloir. - C’est vous Jamie ? demanda-t-il, toujours inquiet. - Mais oui, qui veux-tu que ce soit ?! Ouvre-moi, tu as fermé à clé !! Lentement, Gabriel alla lui ouvrir et Jamie surgit dans la pièce, apportant sa présence réconfortante avec lui. Il allait lui demander pourquoi il s’était enfermé ainsi quand il tomba sur la chemise ouverte de Gabriel, dans un style très négligé mais incroyablement sexy. Ses yeux s’y fixèrent et n’en bougèrent pas. La peau de Gabriel à portée de doigts… Pendant un court instant, Jamie cru qu’il allait céder à la tentation, mais il se reprit à temps. Pas question de brusquer Gabriel, ni même de passer ses envies peu claires sur lui. De plus, le jeune aveugle avait l’air secoué et s’inquiétant, Jamie posa sa main sur son bras. - Tout va bien Gabriel ? Le jeune aveugle sursauta si fort que Jamie retira précipitamment sa main. - Gabriel ? - Je… Je suis désolé… bafouilla le jeune homme. Ses joues avaient pris une légère teinte rouge et il semblait sur le point de pleurer, ce qui inquiéta encore plus Jamie. - Gabriel, si tu as un problème, il faut m’en parler… - Ce n’est rien… Je pensais à mon frère, c’est tout… mentit volontairement Gabriel, peu désireux de voir Jamie découvrir ce qui s’était passé. Sentant le tissu de sa chemise pendre, il le resserra sur lui. Le mouvement capta toute l’attention de Jamie qui décidément, n’arrivait plus à séparer son regard de Gabriel. Déglutissant difficilement, il résolu de prendre la bonne décision, et il partit s’allonger dans son lit. - Bonne nuit Gabriel. Demain, nous chercherons ton frère, il vaut mieux dormir maintenant… Gabriel lâcha un petit soupir résigné : heureusement pour lui, Jamie ne lui avait pas posé d’autre question… … … A suivre…
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