........................... 

                          Entraide forcée

 

 

Chapitre 6 : Couverture

 

   Gabriel descendit de cheval et attendit que Jamie vienne l’emmener pour le lâcher.

Il venait de passer la plus mauvaise journée de toute sa vie : entre le comportement grossier de son compagnon et sa propre frustration, il était épuisé. Et pour couronner le tout, ils allaient devoir passer une autre nuit à la belle étoile… Couché sur le sol et dans le froid… Sans compter que s’ils n’avaient pas dit un mot de toute l’après-midi, ils ne tiendraient pas éternellement comme cela et la soirée serait sûrement le théâtre de violentes disputes…

Gabriel se dit qu’il ne supporterait jamais toute cette pression jusqu’à Dubogny : ce serait déjà un miracle qu’il n’explose pas avant qu’ils ne soient couchés.

Il se massa ses tempes douloureuses tandis que Jamie préparait de nouveau un feu pour la soirée. Gabriel entendit le crépitement joyeux de la première flamme et cela le détendit un peu. S’il n’avait pas de couverture, au moins aurait-il la chaleur agréable du feu pour passer la nuit.    

Il s’approcha timidement du feu, pour éviter de mettre les pieds dedans comme il l’avait risqué la veille, et dés qu’il sentit une chaleur suffisante, il s’assit et tendit les mains dans sa direction. Il avait déposé son sac à côté de lui et il commença à se relaxer, oubliant momentanément sa situation et l’atmosphère ambiante.

Le bruit d’un sac qu’on ouvre de fit entendre en face de lui, de l’autre côté du feu. Jamie avait dû s’asseoir…

L’écossais sortit la viande séchée qu’il avait acheté au paysan où ils avaient mangé le midi et commença à manger. Equipé de ses propres provisions, il ne risquait plus de se faire surprendre comme la veille. Il détestait dormir le ventre vide. Il regarda son jeune compagnon faire de même en fouillant dans son sac et ils mangèrent tous les deux devant le feu, dans un silence étouffant. Même avec les pires brutes qu’il ait pu rencontrer dans sa carrière, le silence n’avait été aussi pesant pour Jamie. Il aurait bien voulu briser cette carapace qui s’installait entre eux, mais à chaque fois qu’il posait les yeux sur le jeune aveugle, les mots qu’ils avaient dit ressurgissaient entre eux et plongeaient l’écossais dans une colère froide.

- On en a pour combien de temps encore ? demanda soudain Gabriel, faisant sursauter son compagnon.

- Je ne sais pas, répondit sèchement Jamie. Si on allait un peu plus vite, je dirais qu’on y serait demain, mais avec toi, il nous faut encore deux bons jours je pense…

- Merci, je sais que je ne suis qu’un poids pour vous, mais vous pourriez ne pas trop le montrer ! s’exclama Gabriel, furieux.

- Est-ce que je t’ai forcé à faire ce voyage ? Non. Alors arrête de me chercher, j’en ai marre !

- Ce voyage est très important pour moi, vous ne pouvez pas comprendre, se rembrunit brusquement le jeune homme.

- Ah non, évidemment, je ne suis pas à ta place ! Prendre son cheval et partir à l’aveuglette sur les routes, se mettre à dos les pires brutes de la région et profiter de la faiblesse d’un homme pour l’obliger à t’accompagner, excuse-moi, mais effectivement je ne comprend pas ! Enfin Gabriel, tu réagis comme un gamin qui n’a pas ce qu’il veut ! Mais dans la vie, tu l’apprendras, on a pas toujours ce qu’on veut, surtout dans ton état !

- Arrêtez, vous ne pouvez pas comprendre ce que représente ce voyage pour moi… tenta de se défendre Gabriel, la voix faible.

Si Jamie avait regardé un instant son visage, il se serait tu, mais emporté comme il l’était, il ne remarqua pas l’air qu’affichait le jeune aveugle. Il ne réfléchit même pas à ce qu’il disait :

- Ce voyage n’a aucune raison d’exister Gabriel, tout simplement parce que tu es aveugle !! Aveugle !! Tu comprends ce que ça veut dire ! Comment penses-tu retrouver ton frère dans ton état ?

- Figurez-vous que je m’étais rendu compte que j’étais aveugle, merci de me le rappeler aussi gentiment !! hurla Gabriel.

Tout son corps était crispé et il enfouit son visage dans ses mains pour laisser les sanglots qui lui comprimaient le cœur s’échapper de ses yeux. Il se retourna violemment et se coucha à même le sol, tournant le dos à Jamie qui comprit à cet instant qu’il était allé trop loin. Certes, il était énervé de devoir accompagner le jeune homme, mais il n’avait pas le droit de dire cela. Ses paroles avaient dépassé sa pensée sous le coup de la colère. S’il avait été lui-même aveugle, il aurait refait le portrait de celui qui aurait osé dire ce qu’il venait de dire. Il n’avait pas voulu dire ces paroles blessantes, et le pire de tout, c’était qu’il ne les pensait même pas !

Lorsqu’il vit les épaules du jeune homme trembler sous l’effet de ses sanglots, lorsqu’il entendit le son de ses pleurs étouffés, il se maudit et se considéra comme le dernier des abrutis. Toute la colère qu’il ressentait vis-à-vis de son compagnon disparu comme neige au soleil. Gabriel avait l’air si fragile, si désemparé en cet instant, qu’il comprit que de toute façon, il ne pourrait pas l’abandonner. Le jeune homme avait besoin de lui.

Il supporta quelques instants les pleurs du jeune aveugle puis céda à ce qui le démangeait depuis le début de cette terrible et stupide scène : il se leva, prit sa couverture et aller s’asseoir à côté de Gabriel. Il n’osa pas poser sa main sur ses cheveux, mais il la dirigea vers son épaule pour essayer de calmer les tremblements qui l’agitaient. A ce contact, Gabriel sursauta et tenta de la chasser.

- Non… Laissez-moi…

- Je suis désolé, vraiment… Pardonne-moi Gabriel, je me suis comporté comme le dernier des imbéciles…    

- Laissez-moi… protesta faiblement Gabriel.

- Non, je ne peux pas, pas après ce que je viens de faire. Laisse-moi réparer ma faute…

Le jeune homme ne dit plus rien, mais comme ses sanglots ne se calmaient pas, Jamie se coucha à ses côtés et disposa la couverture sur eux. A ce contact, Gabriel arrêta soudain de pleurer, surpris par la douceur du tissu sur sa joue.

- Mais qu’est-ce que… ?

 - Chut, tais-toi, on parlera demain. Pour l’instant, nous avons tous les deux besoin de sommeil. Maintenant, calme-toi et dors.

Jamie lui tourna le dos et s’appuya doucement contre lui. Gabriel, la tête alourdie par ses pleurs, finit par abandonner le fait de comprendre quoi que ce soit et, appréciant la chaleur de la couverture sur lui, il s’endormit rapidement.

Jamie soupira en entendant la respiration du jeune homme se calmer pour finir par redevenir régulière. Il s’était enfin endormi.

En se remémorant la journée, il comprit qu’il avait été trop loin. Si Gabriel était aveugle, ce n’était certes pas de sa faute, et s’il cherchait à tout prix à retrouver son frère, c’était bien son droit. En songeant à Colin, son petit frère qu’il avait laissé en Ecosse, il se dit qu’il aurait probablement fait la même chose… Et s’il se retrouvait obligé de le suivre, il ne devait s’en prendre qu’à lui-même après tout… Non, sa conduite avec le jeune aveugle avait été inadmissible, et cela ne l’étonnait pas que Gabriel ait craqué.

Quand il avait vu le corps du jeune aveugle secoué par les sanglots qu’il avait lui-même provoqué, il avait été ému. Plus que de raison… Il se promit de tout faire pour que cela ne recommence pas.

Demain serait un autre jour, il aurait le temps de réparer ses bêtises….

 

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

 

 

Gabriel aurait ronronné de bonheur sous la couverture s’il avait su le faire. La chaleur dont elle enveloppait son corps était exquise.

Une main se posa sur son épaule et le secoua doucement, sans brusquerie.

- Deux minutes encore Simon… Juste deux minutes…

- Qui est Simon ? demanda une voix grave prés de lui, un étrange accent en elle.

Gabriel sursauta et se réveilla en sursaut. Il se redressa et s’assit.

- Jamie ! Pardon, je pensais que j’étais…

Il ne finit pas sa phrase, la soirée de la veille revenant soudain à sa mémoire.

Mais avant qu’il ne puisse dire un mot, il sentit deux mains se poser sur ses épaules et la voix de l’écossais résonna tout prés de lui.

- Ecoute, il faut qu’on parle tous les deux. Et avant que tu dise quoi que ce soit, je voudrais avant tout m’excuser.

Gabriel en resta bouche bée. S’il s’était attendu à ça…

- Vous excuser ?

- Oui, mon comportement hier était horrible, j’ai été trop loin, je l’admet. D’habitude, je ne suis pas comme ça, et j’ai moi-même du mal à me pardonner pour ce que je t’ai fais… Je voudrais qu’on redémarre depuis le début.

- Comment ça ?

- Qu’on oublie hier et qu’on recommence comme si rien ne s’était passé. Ce que je veux te dire, c’est que je ne veux plus être ton ennemi.

- Mais vous ne l’avez jamais été Jamie ! protesta Gabriel, qui n’en croyait pas ses oreilles.

- Peut-être pas, mais tu m’as compris. Est-ce que tu es d’accord ? On enterre la hache de guerre ?

- Oui ! s’exclama Gabriel. Moi aussi je tiens à m’excuser. Je n’aurai jamais dû laisser ma langue de vipère s’emballer, je suis désolé.

- Excuses acceptées ! dit avec joie Jamie, qui avait craint un refus.

Il prit la main de Gabriel qui sursauta légèrement au contact et dit :

- Bonjour, moi c’est Jamie, écossais d’origine et voleur de métier.

L’aveugle rit avant d’ajouter :

- Et moi Gabriel, aveugle à la recherche de son frère.

Ils se serrèrent cordialement la main et Jamie se releva.

- Bon, alors tout va bien. Je dois t’avouer que continuer le voyage dans cette ambiance ne m’aurait pas plu. Je suis sûr qu’on a mieux à s’apprendre les deux.

Il tendit la main à Gabriel, prenant la sienne et l’aidant à se relever.

- Si tu pouvais faire le petit-déj pendant que je m’occupe des chevaux, ça serait génial !

Ravi de rendre enfin service, Gabriel acquiesça en souriant. Jamie lui mit son sac dans les mains et le jeune homme en sortit tout ce qu’il fallait : il avait quelques fruits qui feraient l’affaire pour ce matin.

C’est ainsi que commença la journée, et qu’elle continua. Gabriel était très heureux du revirement de son compagnon : il avait eu du mal à le croire, mais à voir comment il s’était préoccupé de lui toute la journée, se montrant presque aussi protecteur que David, il n’eut plus aucun doute. L’écossais semblait vouloir se racheter : il lui permit ainsi de l’aider pour la moindre chose, l’aida lui-même à monter et accourait pour la moindre petite chose. De son côté, Gabriel arrêta de lui envoyer à tort à travers des insultes à la figure, choisissant le chemin de la paix. L’atmosphère s’en trouva agréablement déchargée et ils partirent en bons amis sur les routes.

Le jeune aveugle n’aurait pas tenu une autre journée de plus dans l’ambiance de la veille, mais maintenant, il devait avouer que Jamie se révélait être un excellent compagnon de voyage.

Lorsqu’ils s’arrêtèrent à une auberge le midi pour manger, Jamie prévint sa descente et lui tendit la main pour l’aider. Il s’occupa des chevaux et mena son compagnon directement s’asseoir avant d’aller de lui-même commander à manger. Gabriel en était agréablement surpris et il pu enfin commencer à se détendre… Depuis le début de son périple, il avait été constamment sur le qui-vive, même avec Jamie, surtout lorsqu’il s’était montré désagréable envers lui. Mais maintenant, bizarrement, il avait l’impression d’être avec son frère, parfaitement en sécurité entre ses mains. Il se reprocha intérieurement de comparer les deux hommes, mais il devait bien s’avouer qu’ils avaient la même façon de le toucher, de le prendre par la main pour l’aider à avancer : leurs mains étaient solides, fermes, sans pour autant lui faire mal en serrant trop fort. Il aurait pu s’abandonner entièrement à ces mains-là…

 Pendant tout le repas, Jamie lui parla de tout et de rien, comme il l’aurait fait avec un ami de longue date. L’écossais comprit qu’il avait choisi la bonne solution : continuer à se faire la gue-guerre n’aurait servi à rien, sinon à le pousser à bout. Il aurait peut-être fini même par se parjurer et il aurait fui le jeune homme… Il ne regretta pas d’avoir choisi de faire la paix : lorsque Gabriel ne l’insultait pas et qu’il n’était plus malmené comme il l’avait fait, c’était un compagnon de voyage très agréable. Il ne ressemblait pas à ces vieux amis que Jamie rencontrait parfois, sorte d’anciens baroudeurs à qui la vie n’avait pas fait de cadeau et qui lui rendaient bien. Il les aimait bien, et passaient ensemble de bons moments, mais au bout de quelques temps, leurs autonomies respectives et leurs forts caractères n’arrivaient plus à cohabiter et ils reprenaient d’eux-mêmes leurs indépendances, impatients d’être à nouveau seuls. Gabriel était différent : certes la vie ne lui avait pas fait de cadeau en lui prenant ses deux yeux et il semblait parfaitement s’en accommoder. Mais il ne pourrait jamais avoir son indépendance, et il avait besoin de Jamie. Il faisait penser à un petit chaton qui sort parfois ses griffes pour se défendre, mais qui a terriblement besoin de l’autre pour survivre. Gabriel était ainsi, et après avoir goûté à ses griffes, l’écossais savait qu’il dépendait entièrement de lui. Et cela le touchait : il avait envie de protéger le jeune homme.      

Lorsqu’ils repartirent, l’ambiance était au beau fixe entre eux. Jamie prévint son jeune compagnon qu’ils devraient dormir encore une nuit au moins à la belle étoile, et son attention amusa le jeune aveugle. Comment pouvait-il comparer cet homme rempli d’attention envers lui au rustre qui l’avait accompagné la veille ? Et pourtant, c’était le même homme face à lui. Il avait un peu l’impression de retrouver l’homme qui l’avait aidé à l’auberge et lui avait paru si amical. Avant de le détrousser. La vie avait ses aléas, et prenait parfois de drôles de chemins…

Ils durent demander deux fois leur chemin en cours de route, et Jamie eut l’air satisfait des réponses qu’on lui donnait. Visiblement, ils se rapprochaient à grands pas de Dubogny. D’ici quelques jours ils y seraient.

L’ambiance était plus décontractée, le temps passa plus vite et ils durent s’arrêter quand l’obscurité devint trop épaisse.

Cette fois-ci, Jamie aida le jeune aveugle à descendre et pendant qu’il s’occupait des montures, il lui demanda :

- Tu me donnerais un grand coup de main si tu pouvais ramasser du bois pour le feu pendant que je gère les chevaux. Il commence vraiment à faire froid…

- Les écossais seraient-ils frileux ? répondit Gabriel, un grand sourire sur le visage.

Jamie faillit tiquer en croyant à une nouvelle pique du jeune homme, mais quand il vit l’amusement sur ses traits, il se détendit et sourit à son tour.

- D’habitude non, mais je crois que je me suis un peu trop habitué au climat de ce pays… Il fait plus froid en Ecosse.

- C’est vrai ?

Tout en discutant avec son compagnon, Gabriel s’était avancé prudemment et avait réussi à trouver un arbre. Il s’accroupit tout en se tenant contre lui et chercha de la main des brindilles et autres morceaux de bois nécessaires au feu. Ses recherches furent fructueuses, le sous-bois ne manquant pas de petit bois, et il amassa tout en un petit paquet avant de le prendre entre ses mains et de se diriger vers Jamie qu’il situait à l’aide de sa voix.

- Allez mon grand, c’est bien… Oui, comme ça tu seras mieux, n’est-ce pas ?

- J’ai déjà ramassé cela, je vous le donne et j’y retourne. Mais à qui parlez-vous comme cela ?

- Ah, merci beaucoup. Je vais pouvoir démarrer avec ça… Je parlais aux chevaux. Ils aiment ça tu sais.

- Oui, je m’en doute, je le fais aussi avec Cascade, j’ai toujours l’impression qu’il me comprends. Même si la plupart du temps, Simon se moquait de moi pour cela. Il dit que les chevaux ne sont que des bêtes et ne peuvent pas comprendre les humains.

- Comment ça, des bêtes ? s’exclama Jamie. Sans vouloir être méchant, ton Simon n’est qu’un imbécile ! Les chevaux réagissent à la moindre de tes paroles, je peux te le jurer ! Ça se voit rien qu’en…

Jamie s’arrêta net : avec un exemple pareil, Gabriel ne pourrait pas comprendre.

- Attends, je vais te montrer.

Doucement il prit le poignet du jeune homme et le porta sur la tête de son cheval. Gabriel eut un bref mouvement de recul, surpris du contact, puis il se laissa faire, intrigué par ce que Jamie voulait lui montrer. L’écossais posa la main du jeune aveugle sur la tête du cheval et rapprocha ses doigts des oreilles de l’animal. Une fois sûr qu’il pourrait tout sentir, il lui demanda :

- Maintenant, parle-lui.

- Que je parle à Cascade ?

 Dés que l’animal entendit son nom, il tourna sensiblement ses oreilles vers son maître adoré et Gabriel eut un petit cri de surprise quand il le sentit sous ses doigts. Cascade avait répondu à sa voix…

- Jamie… Il a bougé les oreilles ! s’émerveilla-t-il comme un gamin.

L’écossais eut un sourire attendri devant une telle réaction. Gabriel était encore bien jeune sur certains points, mais cela le rendait… attachant. A l’instant même, il souriait béatement, et quand il recommença l’expérience de parler à sa monture et qu’il sentit sa réaction, il eut une petite moue admirative, comme si on venait de lui offrir le monde.

- Et oui, c’est comme ça que les chevaux s’expriment. Et attention, s’il baisse complètement les oreilles, c’est qu’il est en colère… Mais ça m’étonnerait que ton Cascade soit capable de tels sentiments, il est si calme… Il ne rechigne même pas à me suivre.

- Oui, c’est un ami fiable. C’est David qui me l’a offert.

- Il a fait un excellent choix. Bon, occupons-nous du feu maintenant.

Jamie se détourna des animaux et prit le paquet de bois que Gabriel venait de lui donner.

La soirée fut enrichissante pour tous les deux : une fois le feu fait, ils mangèrent ensemble, partageant enfin la nourriture. Ce repas symbolisait un peu la paix retrouvée entre eux deux. Ils n’en firent pas la remarque, mais le sentirent tous deux.   

 Puis ils rangèrent leurs affaires et se mirent en place pour la nuit. Ennuyé de ne toujours pas avoir de couverture, Gabriel hésitait sérieusement à demander à Jamie de partager la sienne… Certes, ils l’avaient fait la nuit dernière, mais l’écossais avait agi par pitié et peut-être par remord, et il n’était pas obligé de le refaire ce soir-là. Sans doute avait-il besoin d’un peu de calme et de solitude… Et en même temps, le jeune homme imaginait mal comment il allait dormir sans couverture, incapable de résister à la morsure du froid nocturne.

Il était encore perdu dans ses hésitations quand il sentit soudain une main sur son épaule.

- Couche-toi, lui intima Jamie.

Gabriel obéit mais sa tête ne rencontra pas le sol quand il s’allongea. A la place, juste en dessous de lui, Jamie avait disposé le tissu léger qui recouvrait ses affaires sur la selle. Agréablement surpris, Gabriel le fut encore plus quand il sentit un corps se coucher juste à côté de lui et la couverture glisser sur eux, l’emmitouflant immédiatement de sa chaleur, le protégeant de l’extérieur.

- Merci Jamie, dit-il chaleureusement.

- Une couverture pour un ou pour deux, où est la différence ? grommela l’écossais comme si avouer sa gentillesse le gênait.

- Merci quand même ! rajouta Gabriel avant de se blottir sous la couverture, adoptant une position en chien de fusil.

Il s’était endormi rapidement, épuisé par le voyage. C’était la première fois qu’il faisait une telle expédition et tous ces changements, loin de son univers habituel, le stressaient et l’émerveillaient en même temps. Il n’entendit pas les derniers mots que Jamie souffla avant de sombrer à son tour dans le sommeil.

- De rien… 

 

 

 

A suivre….