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........................... Transformation
Chapitre 11 :Réflexions…
- Non, c’est impossible, il n’est pas coupable, je connais Gojyo, s’énerva Hakkai. Cela faisait une bonne demi-heure qu’il répétait cela, inlassablement à Doku, après que ce dernier lui ait raconté qu’on avait arrêté son frère chez lui le soir même pour le meurtre de la jeune fille. Il n’y avait aucune preuve que c’était bien lui, mais aucune comme quoi ce n’était pas lui non plus. On avait retrouvé la jeune femme chez elle, morte depuis une ou deux heures, un couteau dans le corps. Les policiers s’étaient basés sur le fait qu’on savait qu’ils avaient eu une liaison ensemble, on les avait souvent vu ensemble, plongés dans de grandes discussions. L’une de ces conversations avaient sûrement déviée et sans doute que sous l’effet de la colère, Gojyo aurait assassiné la jeune femme. C’était maigre, très maigre, mais comme c’était la seule piste qu’ils avaient, ils ne comptaient pas la lâcher comme cela. Aussi étaient-ils venu chercher Gojyo alors qu’il venait à peine de rentrer chez son frère. Ce dernier n’avait même pas pu le défendre puisqu’il ignorait totalement où il avait passé son après-midi. Bizarrement, lui si impulsif, si volcanique au moindre problème, Gojyo n’avait même pas résisté, comme si tout cela lui importait peu. Quand Hakkai entendit cela, il se maudit d’avoir été si dur avec lui… Car cela expliquait peut-être cet air déprimé que Doku avait remarqué chez son frère quand il était rentré. L’ancien humain refusait de penser que Gojyo ait pu faire le moindre mal à Nora : il n’avait aucun fond assez méchant pour aller tuer une jeune femme aussi innocente que Nora. Il n’avait d’ailleurs aucun fond méchant… - Je sais bien que Gojyo est incapable de faire du mal à quiconque d’aussi innocent que Nora, mais qui sait… Peut-être qu’il avait bu, ou bien sous l’effet de la colère… - Comment peux-tu dire cela, toi, son frère ? s’emporta Hakkai. Entre frères, je croyais que la confiance régnait !!! Enfin, comment peux-tu croire une seconde que Gojyo ait pu faire ça ??!! Ses yeux envoyaient des éclairs et Dokugakuji se sentit soudain fautif. Il se prit la tête dans les mains et soupira. - Je suis désolé… Je ne sais plus trop quoi penser ces derniers temps…. - Je vois cela…. Tu en dis que des conneries… Doku pouffa tristement, conscient de sa bêtise. - Qu’est-ce qu’on va faire alors ? - Je refuse de le laisser là-bas ! J’ai déjà commis une faute aujourd’hui, je compte bien la réparer dés maintenant ! s’exclama Hakkai en se levant. Doku le regarda étonné prendre sa veste et se préparer à sortir. - Mais où tu vas ? - Je vais chercher Gojyo ! - Je ne te le conseille pas : tout d’abord, ils ne le laisseront pas sortir comme ça, et ensuite dans ton état, tu vas te fatiguer pour rien ! - Oh laisse-moi, je suis en pleine forme ! Et Gojyo, ça n’est pas rien pour moi ! Tu viens ou pas ? Doku le regarda quelques instants : son air décidé, sa veste sur les épaules, sa main déjà sur la poignée… Il l’aimait son Gojyo ! Il lui sourit et se leva à sa suite : - Je te suis !
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Gojyo était lamentablement assis contre le mur de sa cellule, hagard. Il n’avait pas compris tout ce qui s’était passé exactement. On était venu l’arrêter pour un meurtre qu’il n’avait pas commis : il se souvenait encore de l’air effaré et légèrement incrédule sur le visage de son frère. Cela lui avait si mal sur le coup… Et il avait atterri ici, avec pour seul visage qui l’empêchait de trouver la paix celui qu’il avait cet après-midi, si fermé, si étanche à sa déclaration… Celui d’Hakkai qui le hantait… Celui qu’il avait pris pour lui signifier qu’il ne pourrait pas lui pardonner… Il avait tout enduré en deux mois, espérant secrètement… Et tout venait de se briser… Il prit une grande inspiration et posa son front contre ses genoux repliés. C’était le moment idéal pour déprimer… Au début, il n’y eut rien derrière ses paupières fermées. Juste le noir de sa condition atroce. Et tout doucement, des images au début un peu floues apparurent, devenant de plus en plus nettes. Hakkai… Encore et toujours… De toute façon, à qui d’autre pouvait-il penser ? Il le revit la fois où ils s’étaient avoué leur amour, à demi-mots… Il avait été si compréhensif ce jour-là… Comme tous les autres jours d’ailleurs. Puis l’image de leur première nuit ensemble… Et celles de toutes les autres nuits, si magnifiques, un peu magiques. Il l’avait cherché longtemps ce bonheur, et il l’avait trouvé entre les bras de l’ancien humain. Tout simplement. Cela paraissait même un peu bête en réalité. Comment l’amour pouvait ainsi transformer les gens ? Mais ça avait réussi sur lui. Pour finir comme cela… Il n’avait même pas eut le temps de lui dire à quel point il l’aimait réellement. On ne pense jamais à ces choses-là, on les prends pour acquises, et arrive fatalement un jour où on regrette de ne pas les avoir dites, justement, d’avoir été assez bête pour que cela paraissent dérisoire à nos yeux de le répéter… Il aurait dû le lui répéter cent fois, mille fois, un million de fois. Il aurait dû le lui dire au moment où ils se réveillaient, à l’heure des repas, dans les moments tendres, chuchoté à l’oreille, et dans les passages plus banals, en fait il aurait dû le lui répéter à longueur de journée. Même si ça lui paraissait stupide, un brin cruche à l’eau de rose, et terriblement naïf… Mais au moins, il aurait compris et aurait fait le plein de « je t’aime » pour le reste de ses vies futures. Au lieu de cela, il ne lui avait rien laissé… Juste le souvenir d’une trahison peut-être… Ou un amer regret… Mais le souvenir de leur amour, où était-il ? Soudain, il releva la tête, frappé d’une constatation si évidente qu’il s’en sentit très malheureux. Si, il lui avait bien laissé un souvenir de leur amour, de tous ces moments où ils avaient été si heureux… L’enfant… Il lui avait fait un enfant, et Gojyo savait déjà qu’Hakkai l’aimait, quand on connaissait sa passion des enfants. Un petit être, qui résumait lui et Hakkai, le couple qu’ils avaient formé. Une petite créature née de leur amour. Un bébé, qui venait compenser tous ces moments où il avait oublié de lui dire qu’il l’aimait, où il avait eu peur de clamer cette passion haut et fort. Et pour la première fois, il comprit réellement ce que voulait dire avoir un enfant. C’était enfin être deux en un. Un bruit parvint à ses oreilles mais il n’y prêta pas attention, encore un peu sous le choc de ce qu’il venait enfin de comprendre. Mais le bruit se fit plus insistant et venait troubler sa tranquillité. Il y avait du remue-ménage de l’autre côté du mur : il entendait les chaises qui bougeaient lorsque les policiers se relevaient, les éclats de voix et les poings qui s’abattaient sur une table. On avait sans doute arrêté quelqu’un de plus cette nuit, qui contrairement à lui opposait une résistance un peu plus farouche. C’est fou ce qu’il pouvait y avoir de crimes commis en une journée, même dans une si petite ville. Il se demanda ce qui allait se passer… Il était innocent, mais pour le faire comprendre à des policiers obéissants aux ordres et un juge persuadé du contraire, la partie n’était pas gagnée. Un mot attira soudain l’attention du demi-youkai : quelqu’un criait son nom. Mais qui pouvait… ? Il reconnut immédiatement la voix qui s’imposait de plus en plus de l’autre côté de la cellule : Hakkai. Il se releva en s’appuyant contre le mur et écouta attentivement. Pas de doute, c’était bien la voix d’Hakkai. Mais qu’est-ce qu’il faisait ici ? Avait-il été lui aussi arrêté ? Mais pour quelle raison ? Et pourquoi criait-il son nom alors ? Tout cela n’avait aucun sens… La porte de la pièce qui renfermait les cellules s’ouvrit soudain pour laisser entrer deux policiers. Ils se dirigèrent vers lui et ouvrirent sa porte. - Sors, tu es libre. - Mais comment… ? - Tu peux remercier ton ami, il nous a donné un alibi solide. Il doit tenir à toi, je n’ai jamais vu quelqu’un se démener autant pour libérer un suspect. Il est même allé réveiller le commissaire ! - Hein ? Mais les deux policiers l’entraînèrent en dehors de la cellule jusqu’au bureau du sergent de garde. Lorsqu’il entra dans la pièce, la première chose qu’il vit fut Hakkai, debout au milieu de la salle, qui le fixait avec une sorte de peur fébrile. - M. Sha Gojyo ? Le sergent l’avait interpellé et le demi-youkai tourna la tête dans sa direction. - Oui ? - Ce monsieur certifie que vous avez passé l’après-midi ensemble hier. Est-ce vrai ? Son regard soupçonneux ne désarçonna pas Gojyo qui lui confirma ce qu’il venait de dire. - Oui, c’est la vérité. - Bien, soupira l’homme, dans ce cas, vous êtes libre. Avec toutes nos excuses. Mais vous auriez dû nous le dire plus tôt. Le demi-youkai ne le regardait même plus : il était concentré sur Hakkai et sur ce qu’il venait de faire. Il était venu l’aider… - Vous pouvez sortir monsieur, insista le policier devant son air figé. Gojyo sursauta et obéit. Ils sortirent ensemble avec Hakkai, sans un mot. Dokugakuji les attendait à la sortie et dés qu’il le vit, il accourut devant Gojyo. Il le prit par les épaules et lui dit, un peu mal à l’aise : - Je suis désolé d’avoir douté de toi Gojyo. Tu es mon frère, je n’avais aucun droit de te soupçonner. Je suis vraiment désolé. - Ce n’est rien Doku, et je te comprends parfaitement, lui répondit Gojyo, un peu ému de la déclaration de son frère. - C’est vrai ? - Oui, ne t’inquiètes pas. Maintenant, si ça ne te gêne pas, j’aimerais parler à Hakkai…. - Je comprends. Je vous laisse alors. Et Dokugakuji s’éloigna sans rien dire, conscient que les deux amis avaient des choses plus importantes à se dire. Ce que Gojyo fit sans attendre. - Pourquoi ? demanda-t-il de but en blanc à Hakkai. L’ancien humain regarda la silhouette du médecin disparaître dans la nuit avant de répondre : - Parce que je ne t’avais pas tout dit. Et parce que tu es innocent. Il lança un regard à Gojyo, un peu inquisiteur. Le demi-youkai comprit la question muette. - Oui, je suis innocent, en tout cas pour le meurtre de Nora… - Et pour le reste aussi, déclara soudain Hakkai. Ce fut au tour de Gojyo de le regarder d’un air un peu soupçonneux. - Tu veux dire que… Tu me pardonnes ? - Il n’y a pas grand-chose à pardonner. Je suis peut-être allé un peu trop loin sans t’écouter vraiment. Je suis désolé… - Hakkai… murmura Gojyo, touché. Il avait l’impression que ses rêves se réalisaient à l’instant même. - Tu n’étais pas vraiment responsable et… Tu me manques Gojyo. Beaucoup trop. Au point que j’en étouffe. Je… Je veux que l’on reforme un couple. - Hakkai, moi aussi j’ai compris quelque chose… - Ah oui ? - Je ne veux pas que l’on reforme un couple… - Mais Gojyo.. ? - Non, attends, laisse-moi finir ! Hakkai soupira tristement mais se retint et l’écouta. - Tu vois Hakkai, j’ai compris quelque chose. Je ne t’ai jamais assez dit combien je t’aimais, et plus j’y repensais dans cette cellule, plus je me disais que j’aurai dû te le dire plus souvent, j’aurais dû te le crier dés le matin et te le murmurer tous les soirs… Hakkai baissa la tête, ému. Et tremblant sur ce qui allait suivre. - J’avais l’impression sordide de ne rien t’avoir laissé de notre amour, et j’ai pensé à l’enfant… J’ai compris qu’il résumait à lui tout seul notre amour et… Je ne veux pas que l’on reforme un couple, je veux que l’on forme une famille. Surpris et incroyablement ému, Hakkai ne pu se retenir et il sauta au cou de Gojyo, qui le reçut en riant. - C’est un oui ? Et pour toute réponse, Hakkai l’embrassa. Aussi fort qu’il l’aimait. Quand leurs lèvres se séparèrent, Gojyo lui murmura à l’oreille : - Je t’aime.
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Ils étaient rentrés ensemble chez eux, encore un peu embarrassés. Ils s’étaient séparés deux mois entiers, comment reprendre la vie comme avant ? Cette fois-ci, ce fut Gojyo qui vint au secours d’Hakkai. Il l’invita à s’asseoir sur le canapé à côté de lui, malgré l’heure tardive, et l’attira contre son épaule en l’entourant d’un bras. L’ancien humain s’y laissa doucement aller, savourant de nouveau la douce chaleur du demi-youkai contre lui. Là, il se sentait bien, incroyablement bien. Il avait l’impression qu’il était de nouveau entier… - Maintenant, dis-moi tout, je veux tout savoir, murmura Gojyo. - Sur quoi ? demanda doucement Hakkai. - Sur le bébé. Je veux connaître mon enfant. Ces mots touchèrent profondément Hakkai. Il sentit ses yeux se remplirent de larmes, même s’il faisait tout pour les arrêter. Lorsqu’il porta sa main à ses yeux, Gojyo le remarqua et lui demanda, un peu inquiet : - Ça ne va pas Hakkai ? Qu’est-ce que tu as ? - Non, c’est rien. C’est juste que je m’étais habitué à avoir cet enfant seul, mais je viens de comprendre que c’était une grosse bêtise… Au fond de moi, je crois que j’avais un peu peur… Mais je sais qu’avec toi, tout ira bien. Gojyo l’embrassa sur le front. - Je ne peux rien garantir tu sais, peut-être que je serai le pire père au monde… Je lui apprendrai sans doute à jouer au poker et je l’habituerai à l’alcool dés le biberon, qui sait ? Hakkai rit en entendant cela : il voyait tout à fait la scène. Gojyo posa tout à coup sa main sur son ventre, là où grandissait l’enfant. Son contact chaud le surprit. - Mais malgré tous mes défauts, je crois que je pourrai l’aimer. Je t’aime déjà toi, et comme j’ai compris que mon amour se réaliserait dans ce bébé, alors il sera le gamin le plus choyé du monde. - Gojyo… - Alors il faut que tu me dises tout, parce que je veux t’aider, mais je veux aussi le connaître dés maintenant. Par exemple, il va naître quand ? - J’en suis à quatre mois de grossesse, alors d’ici quatre ou cinq mois, il devrait être là. S’il n’y aucun problème… - Il n’y en aura aucun, je te le jure. Et pour ce faire, je crois que tu devrais arrêter d’aller travailler. Cette directrice te met trop la pression, tu vas finir par exploser ! - Et comment on va vivre si je ne travaille pas ? - Parce que tu crois que le poker ne rapporte pas ? Allons, ne te fais pas de souci pour ça, j’ai beaucoup de chance aux cartes. Ils passèrent le reste de la nuit à discuter, serrés l’un contre l’autre. Gojyo découvrait son enfant et Hakkai pouvait enfin envisager l’avenir avec un peu plus de sérénité. Alors que les premiers rayons du soleil se dessinaient à l’horizon, Gojyo se rendit compte qu’il parlait tout seul : Hakkai s’était endormi, épuisé. Il se leva doucement, le prit dans ses bras et le porta jusqu’à leur chambre. Là, il l’installa dans le lit et se coucha à ses côtés, blottis tous deux sous la couette. Il le prit dans ses bras et posa l’une de ses mains sur son ventre. Il s’endormit serein.
A suivre….
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