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........................... Transformation
Chapitre 9 : Réaction
Hakkai resta figé pendant une heure entière, incapable de faire le moindre mouvement. Le dragon resta à ses côtés, sentant la détresse de son maître, et se contenta de poser sa tête sur sa main, essayant de le réconforter du mieux qu’il pouvait. Il se sentait si mal… Tout d’abord, il y avait ce sentiment atroce de trahison. Gojyo l’avait trompé, avait couché avec une autre femme. Hakkai se sentait soudain si nul, si médiocre… Car si Gojyo était allé voir ailleurs, c’était sans nul doute de sa faute ! Venait donc le sentiment de culpabilité. C’était à cause de lui que Gojyo l’avait trompé. Qu’est-ce qu’il avait bien pu faire ? Qu’est-ce qui, en lui, avait déplu à Gojyo ? Sans doute le fait qu’il soit un homme… Il était donc inférieur à une femme… Il se sentait si méprisable tout à coup qu’il en avait envie de pleurer. Le sentiment de haine accompagnait tout cela : haine contre lui-même, de ne pas avoir su garder Gojyo pour lui tout seul, haine contre Gojyo de l’avoir si honteusement trahi, haine contre cette femme qui lui avait ravi Gojyo, haine contre cet amour qui lui faisait si mal à présent…. Il aurait voulu se tuer pour ne plus souffrir. Il avait l’impression de retourner en arrière, du temps où Kanan était morte, sauf que là, il ne voyait pas sa sœur, mais Gojyo dans les bras d’une femme, et lui toujours retenu par ces maudits barreaux qui l’empêchaient d’agir…. Il resta ainsi figé jusqu’à ce qu’il ressente soudain l’envie de boire un thé. Cela lui ferait du bien… Il se leva, content de ne plus être sujet aux vertiges, et se dirigea vers la cuisine. Hakuryu le suivit en voletant, content que son maître bouge enfin. Tandis que l’eau chauffait, ce qui venait de se passer lui sauta au visage : il allait avoir un enfant ! Luttant contre son esprit qui lui disait toujours que cela était impossible, Hakkai se mit à essayer d’imaginer ce qui se passait. L’eau chaude, il fit son thé et retourna s’asseoir confortablement. Il avait surtout besoin de réfléchir. Hakuryu le suivit de nouveau et cette fois-ci, Hakkai daigna lui lancer un regard avant de se perdre de nouveau dans ses pensées. D’abord, faire le point : selon Yaone et Doku, il n’y avait pas de doute possible, il allait avoir un enfant. A cause des piqûres de Nîi…. Il était vrai qu’il n’avait jamais rien ressenti suite aux injections que leur avait faite le savant, et comme il ne pouvait pas avoir fait cela dans le vent, pourquoi pas cela comme conséquence ? Ensuite, avoir des malaises sans raison ne lui était jamais arrivé, et il savait que les femmes enceintes ont toujours des malaises au début… Et enfin, ces battements de cœur qu’il avait entendu à travers le stéthoscope… Car c’était bien des battements de cœur, il s’en souvenait bien…. C’était si discret, et pourtant déjà si fort ! Il devait se rendre à l’évidence, trop d’indices le lui révélaient : il allait avoir un enfant… Il fit taire la voix qui lui criait que cela était impossible pour écouter l’autre voix intérieure, celle qui commençait à lui murmurer de plus en plus fort que c’était possible et que, pourquoi pas, cela pouvait être merveilleux…. Depuis tout ce temps qu’il rêvait d’être père, et après la mort de Kanan et ce refus d’adoption, on lui offrait une autre chance : celle d’avoir un enfant, à lui, de lui… Alors doucement, il se mit à croire qu’il allait avoir un enfant… Et la trahison de Gojyo lui revint. Il sentait qu’il ne pourrait pas lui pardonner de sitôt, pas après ça… A peine un an qu’ils étaient installés en vie de couple, et Gojyo courrait déjà après les filles… Comment après cela lui faire confiance ? S’il acceptait qu’il revienne… Or, rien que le fait de l’imaginer devant lui le mettait dans une colère folle. Il aurait voulu le faire souffrir pour tout ce que lui le faisait souffrir ! Non, il ne pourrait pas lui pardonner ! Mais alors, avoir un enfant sans père, n’était-ce pas une erreur ? Complètement perdu, Hakkai finit par s’endormir, son sommeil peuplé de cauchemars…. Mais Hakuryu veillait…
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Dokugakuji était rentré chez lui, sans apercevoir la moindre trace de Gojyo. Il était pourtant allé voir dans tous les bras où son frère se rendait, tous les endroits où il aurait pu aller, mais ce dernier restait invisible. Abandonnant l’idée de le retrouver, Dokugakuji se dirigea chez lui et aperçut quelqu’un qui l’attendait devant sa porte. Ce n’était pas Gojyo mais Yaone, qui venait de chez Hakkai. - Tu n’es pas avec Gojyo ? s’inquiéta-t-elle en le voyant revenir seul. - Non, je ne l’ai pas trouvé ! Tu veux rentrer ? - Non, je dois retourner chez moi. Je voulais juste être sûre de ce que j’ai affirmé là-bas… - Si Hakkai va bien avoir un bébé ? - Oui, ça me paraît si… - Fou ? - Oui, totalement ! - A moi aussi, mais je crois que c’est la vérité… Il n’y a même pas de doute possible, sinon le test n’aurait pas été positif ! - Oui, tu as raison… - Et avec Nîi, cela ne m’étonne qu’à moitié ! Ce type est cinglé ! - Oui, murmura Yaone. Alors Hakkai va avoir un enfant…. - Ça va lui faire bizarre, rit Dokugakuji. Mais je crois que ça fera aussi son bonheur ! Après tout, il en rêvait tellement de ce gosse ! Yaone sourit, gagnée par la plaisanterie de Doku. - Et pour Gojyo ? - Je m’occupe de ça, rassure-toi ! Retourna auprès de Ko maintenant, sinon il va s’inquiéter ! - Merci, bonne nuit Doku ! - A bientôt Yaone. Il la regarda partir dans l’obscurité de la rue et rentra chez lui. Il se fit un café bien serré pour essayer de repenser sereinement à tout cela. Beaucoup plus tard, on frappa timidement à sa porte. Se doutant de l’identité du visiteur, il ouvrit et laissa Gojyo entrer. Ce dernier s’assit lourdement sur l’une des chaises, exténué. - Mais où tu étais ? Je t’ai cherché partout ! - Je suis allé me défouler, j’en avais besoin, soupira Gojyo. Son frère s’assit en face de lui et attendit qu’il parle le premier. - Tu comprends pourquoi je ne voulais pas en parler à Hakkai, dit Gojyo d’un ton ironique. - Oui, je comprends mieux. Mais en même temps, tu t’es débrouillé comme un manche à balai ! - Oui, je suis le dernier des crétins ! - Comment tu vas faire maintenant ? En tout cas, tu peux dormir chez moi sans problème ! - Merci… Je ne sais pas ce que je dois faire…. Il faudrait d’abord qu’Hakkai se calme… Il appuya sa tête sur son poing et regarda attentivement le sol comme s’il y avait une carte au trésor inscrite dessus. - Pourquoi ça nous arrive à nous ? - De quoi tu parles ? - C’est impossible qu’Hakkai attende un enfant ! - Et pourtant, c’est la stricte vérité ! Il y a des signes qui ne trompent pas ! - Je n’arrive pas à y croire… - Tu n’es pas le seul, tu sais…. Moi-même… Mais pourtant…. Le médecin ne finit pas sa phrase, d’ailleurs il n’y avait rien à finir, ils avaient déjà tout dit. - Je ne peux pas y croire…. - Tu sais Gojyo, lorsque j’étais môme, je pensais qu’il était impossible de tuer sa mère…. - Je ne vois pas le rapport ! - Attends, laisse-moi continuer ! J’avais lu une histoire terrible où l’enfant aîné tuait sa mère pour sauver le royaume. Et moi, dans ma tête de gamin, je m’étais dit que jamais je ne ferais cela, que jamais je ne le pourrai. Pour moi c’était impossible, j’aimais tellement Maman que cela me semblait même contre-nature ! Tu vois, aussi contre-nature qu’un homme attendant un enfant. … Et pourtant, un jour, je l’ai fait… Pas pour sauver un royaume mais pour sauver un frère… Ce que je ne regrette pas d’ailleurs ! Mais tu vois, ce qui me semblait impossible est alors devenu possible ! Le contre-nature est devenu naturel… - C’est ta façon de me dire qu’il est possible qu’Hakkai ait un enfant ? - Ha ha, rit Dokugakuji, un peu gêné, oui je m’exprime mal, mais c’était ça dans le fond…. - Non, tu le dis très bien, je crois que j’ai compris… Quand la situation change, alors les lois de la nature aussi… - Oui, il a suffit de Nîi pour que la situation change… En attendant, tu vas être papa !! - Si Hakkai veut encore de moi…. - Allons, tenta Doku pour le réconforter, il t’aime ! - Mais est-ce qu’il voudra s’en souvenir et m’écouter ?
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S’arrêtant chez Kougaiji pour savoir ce qu’il avait de si important à lui dire, Sanzo tomba sur Yaone qui, profitant que son mari n’était pas là, le mit au courant de la situation après que le moine lui eut demandé comment allait Hakkai. Ce qui laissa Sanzo très perplexe… Même plus que perplexe. Il fit répéter trois fois à Yaone pour être sûr de ce qu’elle avançait. - Mais c’est une blague ! - Non Sanzo, je te l’ai déjà dit. C’est la pure vérité. Enfin, tu connaissais Nîi et son goût pour la science et ses expérimentations bizarres. - Oui, mais de là à…. J’ai du mal à y croire ! - Comme nous tous d’ailleurs… - Et Hakkai, comment il l’a pris ? - Et bien, je dois dire qu’il est assez… mal en fait…. Ce qui est plutôt normal. - Hn… - Tu devrais peut-être aller le voir, non ? - Et pourquoi faire ? - Tu es moine, tu dois connaître les mots. - Pas dans tous les cas quand même ! maugréa Sanzo, qui commençait à accepter la réalité petit à petit. - Je suis sûr que ça lui ferait beaucoup de bien tu sais… - Bon, je vais voir ce que je peux faire…. Mais je ne promet rien. C’est ainsi que Sanzo se retrouva devant chez Hakkai, attendant qu’on lui ouvre. - Hakkai, c’est moi !! La porte s’ouvrit enfin sur un Hakkai aux traits tirés. Visiblement, il avait mal dormi. - Je peux entrer ? - Oui, viens. Ils s’assirent ensemble mais contrairement à son habitude, Hakkai ne proposa rien à boire ou manger. Il resta muet, fixant la table, un peu perdu. Seul mouvement de vie : Hakuryu vint se poser sur la table, tout prés d’eux, et lança un petit cri au moine, comme pour lui dire d’être gentil avec son maître. C’était attendrissant mais Sanzo détourna les yeux et regarda Hakkai. - J’ai appris, dit-il simplement. - Ah…. - Je crois que dans ces quarts d’heure là, on dit félicitations, alors félicitations ! - Ne te fous pas de ma gueule s’il-te-plaît ! - Tu n’es pas heureux d’avoir enfin cet enfant que tu désirais ? - A vrai dire, je ne l’avais pas vu arriver cette manière… dit ironiquement Hakkai. - Oui je comprends… Alors tu vas avorter ? Hakkai sursauta. Il n’y avait même pas pensé ! - Je… Non, je ne veux pas…. - Alors il faudrait savoir ce que tu veux vraiment ! répliqua le moine. Si le fait d’avoir un enfant te met dans cet état, alors avortes ! Au moins tu en seras débarrassé ! - Mais c’est d’un enfant dont tu parles, d’une vie ! s’offusqua Hakkai. - Ah bon ? Parce que tu parles de quoi toi ? Tu es là à te lamenter, comme si tu avais soudain un poids sur les bras, quelque chose qui t’embarrasse ! Les chose qui me gêne, moi, je les jette ! - Mais Sanzo ! - Très bien, alors si tu ne veux pas t’en débarrasser, garde-le, mais ne viens pas te plaindre ! Hakkai, écoute-moi, j’ai perdu beaucoup de vies autour de moi, mais je n’ai jamais eu la chance d’en donner une ! Il se leva et se dirigea vers la porte : - Réfléchis bien à cela ! Et il sortit sans rajouter un mot. Surpris, le petit dragon battit des ailes et partit se poser sur son coussin habituel, loin de tout ce remue-ménage. Son maître avait besoin d’être seul… Hakkai resta quelques minutes stupéfait de ce qu’avait dit Sanzo. Avorter…. Rien que le mot était horrible ! Comment pouvait-on même y penser. Mais c’est vrai que lui, pas une seule fois, il n’avait que serait-ce penser à cette solution. Est-ce qu’il devait avorter ? Hakkai réfléchit et la réponse lui vient automatiquement : il ne pourrait jamais faire cela. Il ne pouvait pas priver un être innocent du droit de vivre ! Mais s’il n’avortait pas, il allait donc avoir un enfant… Et pour la première fois, il songea à ce que cela voulait dire réellement. Pas sur le plan naturel, physique, mais sur le plan émotionnel. Il allait avoir un enfant…. Il allait être père… Ou mère dans son cas… Il allait enfin former une famille…. Et enfin, il se mit à aimer ce petit être qui grandissait en lui… Parce que tout d’un coup, il était devenu une chose essentielle, sans même qu’il sache comment c’était arrivé. Il aimait déjà son enfant. Il sourit, et posa une main sur son ventre, là où grandissait le petit être. Son enfant… « Oui Sanzo, je vais donner la vie. Merci » songea-t-il.
A suivre…
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