|
........................... Transformation
Chapitre 4 : Repas entre amis
Un mois plus tard, Gojyo avait réussi à retrouver une certaine sérénité quand à ce qu’il avait appris, et il ne sursautait plus quand Hakkai lui parlait d’enfant et de bébé. Il avait assimilé l’information et tâchait maintenant de l’oublier. Il avait revu Nora, et malgré la gêne qu’il y avait entre eux, ils avaient réussi à comprendre qu’ils avaient fait une connerie et que cela n’était dû qu’à l’alcool, qu’il n’avait jamais été question de quoi que ce soit. Nora se souvenait parfaitement de la soirée aussi Gojyo eut la certitude qu’il avait bien couché avec elle. Et celle qu’elle ne mentait pas quand elle disait qu’il était bien le père de son enfant. Parce qu’elle n’avait jamais connu aucun autre homme que lui depuis six mois… Elle avait rencontré un homme très gentil, attentionné, doux, et avait filé le parfait amour avec lui jusqu’à ce qu’un tragique accident ne vienne le lui enlever… Elle avait fait son deuil avec difficulté et n’avait jamais noué de relation autre que de l’amitié avec un homme depuis. Mais à cette soirée, elle s’était lâchée, avait bu pour oublier son chagrin, et l’alcool entraînant de drôles d’effets, elle s’était retrouvée dans le lit de Gojyo le lendemain… Pour s’enfuir à toutes jambes, honteuse… Depuis, elle n’avait revu personne, aussi l’enfant ne pouvait être que de Gojyo. Ce dernier comprit ainsi que Doku n’avait pas menti et que le docteur Nîi avait modifié sa stérilité. Il ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi Hakkai n’avait rien de changé en lui, ou alors sous quelle forme les piqûres que Nîi leur avait injecté allaient se manifester. Il espérait juste qu’Hakkai n’ait pas à subir des effets indésirables… Il se dirigeait vers le cabinet de son frère ce jour-là, chargé d’une commission importante. Il entra et frappa doucement à la porte du bureau de Dokugakuji. - Oui ? Gojyo poussa la porte et aperçut son frère en pleine consultation avec une jeune patiente. - Désolé de te déranger, c’était juste pour te rappeler le repas de ce soir, Hakkai serait vraiment déçu que tu ne viennes pas ! - Ah, tu fais bien de me le rappeler, j’avais oublié. Je serai là, rassure Hakkai. - Ok, à ce soir alors. Sacré Dokugakuji. Il avait encore oublié. Il était trop pris par son travail, quoique à voir la jeune femme avec qui il était, une véritable beauté, Gojyo commençait à comprendre pourquoi son frère passait tant de temps dans son bureau ! Puis le demi-youkai partit faire quelques courses en prévision de la soirée. Hakkai avait insisté pour tous les réunir, et même si l’idée ne lui disait pas trop, Gojyo avait accepté qu’ils fassent ça chez eux. Au moins c’était plus tranquille que dans un bar. Seul Sanzo avait refusé l’invitation, prétextant qu’il serait occupé ce soir-là… Gojyo hésitait à donner son avis sur le comportement du moine. Ce dernier restait relativement distant vis-à-vis de ses anciens amis, ne venant pas souvent les voir, et en même temps, il se montrait plus familier, moins coincé au fur et à mesure de leurs rencontres… Sanzo était une pièce à deux faces : pile, je reste le moine solitaire et acariâtre perdu dans mon temple, face, je suis heureux d’avoir des amis. Gojyo ne savait jamais trop comment faire avec lui, et il se doutait que le bonze hésitait encore sur quelle face choisir. Mais il saurait un jour, il fallait juste lui laisser le temps. Sorti de ses pensées par le gong du village qui annonçait l’heure, Gojyo se dépêcha d’aller chercher ce que Hakkai lui avait demandé pour le repas du soir. Les réflexions sur un certain moine pouvaient attendre….
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Hakkai se dépêcha d’aller ouvrir la porte à ses invités et les fit entrer. Si Yaone s’était mise sur son trente et un, pour faire honneur à leur hôte, Kougaiji était resté dans une tenue assez simple, formant un contraste amusant avec son épouse. - Hé, vous êtes sûrs que vous êtes mariés vous deux ? plaisanta Gojyo en venant les saluer. - Oui, j’ai cette chance, répondit Kougaiji, faisant rougir de plaisir Yaone qui lui fit un clin d’œil. - Regardez-moi ça comme elle est mignonne cette petite fille ! s’exclama Hakkai en apercevant la petite Ceit dans les bras de sa mère. Je suis impatiente de l’avoir dans ma classe celle-ci ! - Ce ne sera pas pour tout de suite, je te rassure, ajouta Kougaiji. - Oui, il est tellement père poule que je me demande s’il la laissera même sortir de chez nous à sa majorité, rit Yaone. Nullement consciente qu’on parlait d’elle, la petite Ceit aperçut son père à sa droite et tendit les bras dans sa direction avec un babillement enfantin. Attendri, Kougaiji la prit des bras de sa mère en lui déposant un baiser sur la joue. - Allez viens ma puce. Yaone sourit et se retourna vers Hakkai. - Et vous, comment allez-vous ? Vous semblez respirer le bonheur, je me trompe ? - Oh non, nous avons construit notre petit nid et nous y sommes très heureux ! Mais ne restez pas devant la porte, venez donc au salon ! Ils le suivirent tous et prirent place sur le canapé. Tandis qu’Hakkai entamait une discussion avec Yaone sur sa pharmacie, et que Kougaiji avait toute son attention retenue par sa fille qui tirait sur ses mèches rousses avec entrain, Gojyo alla ouvrir en entendant qu’on avait frappé. La porte s’ouvrit sur un Goku et une Ririn très souriants, les bras chargés de fleurs sauvages. - Coucou Gojyo, comment ça va ? Tiens, ça c’est pour toi !! Et ils déposèrent les fleurs dans les bras du demi-youkais, avant d’entrer et de rejoindre leurs amis au salon. - Ben vous gênez pas surtout, grommela Gojyo. - Tu veux un coup de main ? fit une voix grave. - Ça serait pas de refus, merci Doku ! C’est cool que tu sois venu, j’ai eu peur que tu aies à nouveau oublié ! - Je ne suis pas si distrait quand même ! rit le médecin en s’emparant de la moitié des fleurs. Ils les portèrent ensemble à la cuisine et les déposèrent dans l’évier, en attendant de trouver un vase convenable, si Hakkai décidait de les garder, au vu de certaines qui n’avaient pas apprécié le transport made in Goku et Ririn ! Une fois débarrassé des fleurs, Gojyo tapa amicalement l’épaule de son frère. - Alors, tu as conclu avec la brune de ce matin ? - Gojyo !!! fit semblant de s’énerver Dokugakuji. -… -… Non, je n’oserai jamais demander ça à une de mes patiente…. - Ah ah, il va falloir que je te donne quelques leçons alors ! s’enthousiasma Gojyo. Et ils rejoignirent à leur tour le petit groupe assemblé au salon. - Hé Hakkai, s’écria Goku, où est Hakuryu ? - Je l’ai vu sortir à midi, je crois qu’il va encore passer la nuit dehors.. - Oh dommage, j’aime bien jouer avec lui, se plaignit le singe. Au fur et à mesure de la conversation, ils firent à peu prés tous le point sur la vie qu’ils menaient désormais. Dokugakuji était satisfait de sa profession, mais déplorait l’absence marquante de son âme sœur. Il espérait bien la voir un jour, mais pour l’instant, il se consacrait à ses patients…. Yaone vivait un bonheur parfait, partagé entre son mari qu’elle adorait et sa fille qui était déjà le centre de son petit univers. Kougaiji commençait à trouver une paix intérieure, qu’il n’avait jamais réellement connu. Si le souvenir de sa mère s’effaçait petit à petit, il construisait de nouveaux souvenirs avec sa femme et sa fille… Il ne pratiquait aucun métier précis, mais en gagnait une impression revigorante de liberté, qu’il dévorait chaque jour avec joie depuis que Gyokumen avait disparu. Il commençait enfin à connaître ce que pouvait être le bonheur…. Ririn avait repris des études mais avait découvert que la matière qu’elle préférait était le sport, auquel elle s’adonnait à fond. Elle pensait se diriger dans ce sens, et qui sait, peut-être gagner des médailles plus tard…. Goku vivait au temple mais ne comptait pas se faire moine. Il continuait à vivre avec Sanzo – à qui il avait dévoilé ses sentiments, avoua-t-il en rougissant, et qui semblaient réciproques chez le moine - et s’en trouvait parfaitement heureux. Et lorsqu’il n’était pas au temple, il passait ses journées avec Ririn, qui était devenue sa meilleure amie, ou au centre de jeunesse du coin, où il s’était fait plein d’amis. Il vivait enfin comme un garçon de son âge…. Quant à Gojyo et Hakkai, ils étaient parfaitement heureux ensemble et envisageaient l’avenir sereinement. - Pourquoi Sanzo n’est pas venu ce soir ? demanda Kougaiji. - Il ne pouvait pas, mais ce n’était pas très clair… Tu sais quelque chose toi Goku ? - Aucune idée ! répondit le singe. Il aime pas trop me parler de son emploi du temps…. - Dommage, j’aurai voulu lui parler d’un truc…. - De quoi ? demanda le jeune garçon. - Rien de très important, juste une bande de youkais qui aurait tendance à semer la zizanie partout où ils passent… Mais bon, ils ne sont pas encore dans cette ville et avec un peu de chance, ils n’y viendront jamais ! - Espérons-le, murmura Yaone. J’aspire à la paix maintenant…. Son souhait semblait partagé par tout le monde, mais personne n’en fit la remarque. - Dis Hakkai, ça sent drôlement bon ! Tu nous as fait quoi ? - Surprise du chef ! On passe à table, ça va être cuit ?! Ils allèrent s’installer à table, et se répartirent selon les goûts et envies de chacun : Kougaiji et Yaone à côté, leur fille était restée sur le canapé, vaincue par le sommeil, Goku et Ririn s’étaient mis à côté, Ririn non loin de son frère, et Gojyo avait à sa droite Doku et à sa gauche Hakkai, qui fit le maître de maison. La discussion reprit et tourna autour de quelque sujets, mais resta principalement cantonnée autour de ce thème passionnant qu’était leur nouvelle vie. - J’adore les enfants, disait Hakkai à Yaone, et c’est pour ça que j’ai choisis ce métier en fait, je m’y sens bien. Et les enfants sont adorables, je te jure, l’autre jour, ils devaient dessiner une fleur à leur maman, c’était très mignon ! - Mais si tu aimes autant les enfants, tu n’as jamais songé à adopter ? demanda la jeune femme. C’est vrai, tu sembles fait pour ça Hakkai ! - Mais oui, tiens, vous n’avez qu’à adopter, renchérit Dokugakuji, qui prêtait l’oreille à la discussion. - J’ai déjà essayé mais ils refusent de laisser un enfant à un couple comme nous…. soupira Hakkai. - Quel dommage, répondit Yaone. - Quoi, tu as essayé ???? réagit soudain Gojyo. Mais tu ne m’en avais jamais parlé, et tu ne m’a même pas demandé ce que j’en pensais !! Les autres se turent devant cet emportement, visiblement ils avaient touché un point sensible. - S’ils avaient dit oui, je t’aurai demandé Gojyo, évidemment ! - Et tu es allé les voir sans même te préoccuper de ce que je pouvais penser, moi ?! ajouta le demi-youkai. - Pourquoi, tu n’aimes pas les enfants, tu ne voudrais pas en avoir ? commença à s’énerver Hakkai, qui comprenait mal la réaction de son amant. - Ben… si, enfin, je sais pas trop…. Faudrait en parler avant…. - Et bien c’est tout discuté, ils ont dit non, déclara Hakkai. Remarquant la tournure de la discussion, Doku engagea Yaone sur un autre sujet et entraîna les autres à leur suite. Mieux valait éviter certains sujets…. Mais sans cela, la soirée fut une réussite. Hakkai était un fameux cuisinier et les plats furent vite vides. L’ambiance autour de la table était agréable, qui aurait cru que ces anciens ennemis auraient pu aussi bien s’entendre ? Ils réalisaient aujourd’hui qu’ils n’avaient jamais été réellement ennemis, mais avaient juste été emportés par des courants différents qui les avaient séparés… Mais aujourd’hui, la paix rétablie, et les buts qu’ils s’étaient fixés n’existant plus, ils pouvaient enfin apprendre à se connaître et à devenir amis. Ils se quittèrent tard cette nuit-là : Ceit s’était réveillée et avait demandé sa mère en pleurant, Goku et Ririn, gavés, tombaient de sommeil et Doku et Kougaiji ayant un peu forcé sur le vin, commençaient à en ressentir les effets…. D’un commun accord, ils décidèrent de se séparer, avant que les gamins ne s’endorment complètement et que la petite Ceit ne s’énerve encore plus. Cela faisait une demi-heure qu’ils étaient partis, après de longs au revoir, et Hakkai n’avait toujours pas dit un mot. Il s’occupait consciencieusement de la vaisselle sans prêter attention à Gojyo, et ce dernier comprit que quelque chose n’allait pas. Alors qu’il s’emparait d’un chiffon pour essuyer la vaisselle, il lui demanda : - Pourquoi tu me fais la gueule ? - Je ne fais pas la gueule. - Hakkai, arrête ! Depuis le temps, je sais exactement ce qui se passe dans ta tête ! Tu m’en veux pour cette histoire d’enfant ? L’ancien humain reposa brutalement l’assiette qu’il tenait dans l’évier et se tourna vers Gojyo, le visage furieux. - Oui ! Notre couple n’est donc pour toi qu’une histoire de sexe ? - Alors là, je rêve, s’énerva à son tour Gojyo. Parce que je pense qu’il faut qu’on prenne le temps de réfléchir à adopter un enfant, tu t’imagines que je ne vis avec toi que pour le sexe ! Tu as une façon de raisonner bien bizarre !!! Ça ne t’a jamais frôlé l’esprit que je n’ai pas forcément envie d’avoir un enfant à charge ? - Et toi, tu n’as jamais pensé que je pourrai avoir envie d’en avoir un, justement ? - Mais enfin, Hakkai, nous sommes deux hommes, un enfant aurait besoin d’une mère ! Et de toute façon, pourquoi on irait s’encombrer d’un enfant ? On est pas bien les deux comme ça ? - Excuse-moi de voir notre couple dans l’avenir alors ! Je suis très bien avec toi, mais j’ai envie de plus, tu comprends, j’ai envie qu’on forme une famille, j’ai envie d’une vie plus complète ! - Alors je ne te suffit pas, c’est ça ? - Mais non, pas du tout, tu comprends tout de travers ! J’ai envie de faire quelque chose avec toi, de former une famille !!!! Bon sang, ça te dépasse ou quoi ? - Oui, pardonne-moi, mais ça me dépasse que l’homme que j’aime pense qu’il lui manque quelque chose pour être heureux ! Le ton montait et les deux amants en étaient venus à crier sans s’en rendre compte. Gojyo baissa soudain les bras, tentant de se calmer, prit une grande respiration et déclara : - Ecoute Hakkai… Moi je suis très heureux avec toi, comme ça. Je n’ai pas besoin de plus et à vrai dire… Je ne crois pas que je serai un bon père pour un enfant… Je ne suis pas fait pour avoir des enfants, c’est tout. C’est quelque chose qui me dépasse, j’ai du mal à imaginer qu’on puisse s’encombrer d’un gosse… Où est l’intérêt ? Toi-même, quand tu me parles d’adopter un enfant parce que tu as envie de compléter ta vie, je ne comprends pas… Je pensais que mon amour te suffisait… Sur ces mots, il s’éloigna vers la porte et sortit dehors, claquant la porte avec fracas. Hakkai soupira en regardant la porte derrière laquelle Gojyo avait disparu. - Tu ne comprends rien, murmura-t-il, c’est parce que je t’aime que je veux un enfant….
|