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........................... Soirée … …
19h02 : - Un an après ? Pendant toute une année ce mec n’est pas venu et du jour au lendemain il débarque dans ton bar ?
La voix de Gojyo était un peu trop aiguë, signe que le récit devait passionner son petit frère et Dokugakuji s’en félicita : il était tellement rare d’attirer l’attention de son cadet sur autre chose que lui-même que cela relevait presque de l’exploit. Mais sous ses airs égoïstes et un brin libertins, il restait son petit frère et pour rien au monde il n’en aurait changé.
- Oui, un an pile. - Oh attends, ça sent l’anniversaire à plein nez ce truc !
Le barman haussa les sourcils, songeur. Oui, Gojyo avait raison. Maintenant qu’il y repensait… Un anniversaire. C’était tout à fait probable. Mais quand il se rappelait la tristesse qui émanait de l’inconnu, il lui paraissait douteux que ce fut l’anniversaire d’une date joyeuse pour lui… A moins que ce ne soit son propre anniversaire et qu’il n’ait personne avec qui le fêter… Ce qui était tout aussi triste en soi. Peut-être même pire. N’avoir qu’un barman avec qui fêter une année de plus, cela semblait tellement désespéré.
- Un anniversaire… Peut-être. - Evidemment Doku ! Ou alors… - Quoi ? - Tu embrasses tellement mal qu’il lui a fallu une année pour s’en remettre…
Gojyo ricana alors que son frère lui donnait un petit coup de poing sur l’épaule, protestant énergiquement contre la pique. Leurs regards se croisèrent et ils sourirent tous deux…
- Bon, et cette fois-ci, j’espère que tu ne l’as pas laissé filé quand même ?! - Si tu me laissais parler, tu le saurais non ? - Ok, ok grand chef, je suis toute ouïe…
FLASH-BACK :
Un an qu’il était venu… C’était long. De l’eau avait le temps de couler sous les ponts. Une idée avait le temps de se construire dans un esprit et un souvenir celui de s’effacer doucement. Celui du jeune homme avait presque disparu de l’esprit de Dokugakuji. Petit à petit, comme on se sépare d’un ami. Si le premier mois, il avait guetté chaque entrée, chaque porte qui s’ouvrait, chaque regard qui pouvait porter sur le vert émeraude, il avait fini par se calmer. L’homme ne reviendrait pas, il en était persuadé. Il ne pouvait pas, pas après ce qu’il lui avait fait… C’était compréhensible.
Dokugakuji commençait lui-même à oublier ces tendances homosexuelles qui l’avaient tellement déstabilisé durant les premières semaines. Il avait regardé les autres hommes, il avait tenté de retrouver ce sentiment qui l’avait envahi en regardant l’inconnu. Mais aucun homme ne lui avait fait le même effet. C’était comme si son cœur s’était refermé, comme s’il avait choisi et ne voulait pas d’autres possibilités.
Mais loin des yeux, loin du cœur. Dokugakuji avait rapidement cessé de chercher dans les hommes ce qui l’avait attiré chez le bel inconnu, et il avait rangé ce souvenir dans un coin de son esprit, essayant de reprendre sa vie habituelle.
Il souriait toujours aux clients, il parlait avec eux pendant des heures et il n’hésitait pas à rester longtemps ouvert s’il le fallait pour calmer quelques peines. Le fantôme de l’inconnu s’était effacé au fur et à mesure et c’est à peine si Dokugakuji le revoyait parfois, assis à la même place derrière le comptoir, son verre à la main.
Ce soir-là, il n’avait même pas fait attention à la date. Toute cette histoire lui était totalement sorti de l’esprit et il servait toujours aussi gaiement ses clients, riant parfois avec des habituels qui lançaient quelques blagues et cherchaient à accaparer l’attention du comptoir tout entier.
On lui avait commandé un whisky et il s’était tourné vers ce nouveau client, un sourire se profilant encore sur ses lèvres à la suite de la dernière plaisanterie émise.
Sur le coup, il avait failli en lâcher sa bouteille. Il avait dû avoir l’air du parfait idiot, il s’en doutait. Mais il avait eu du mal à se reprendre.
Devant lui, assis à la même place, comme si celle-ci lui était destinée, se tenait l’inconnu. Un petit sourire ornait ses lèvres fines et dans son regard dansait une lueur un brin amusée, un brin taquine… Il y avait toujours cette tristesse en lui, mais le temps l’avait adouci. Il était peut-être encore plus séduisant que dans son souvenir, plus joyeux, plus… vivant.
- Bonsoir Dokugakuji.
Mon dieu, ce sourire…. ! Ce n’était humainement pas possible ! Comment résister ? Et entendre son prénom dans sa bouche, comme une douceur délicate.
Dokugakuji en avait oublié de répondre. Il s’était contenté de sourire, un peu plus bêtement que d’habitude. La joie se lisait sur son visage mais personne ne la remarqua à part l’inconnu aux doux yeux verts.
Il avait tendu le bras et lui avait servi son verre, ne pensant même plus à se reprendre. Cette rencontre, il en rêvait depuis tellement longtemps qu’il n’était plus temps de jouer la comédie.
- Vous avez l’air heureux ce soir…, avait demandé l’inconnu.
Doku n’avait pas pu retenir un petit rire, avant de répondre :
- J’aime quand mes clients reviennent me voir…
L’inconnu parut étonné, avant de rire à son tour, amusé par cette réponse. Oui, la tristesse semblait avoir un peu déserté ce visage fin, et Doku sentait une nouvelle sérénité émaner de son beau client, si bien que c’est le cœur un peu plus léger, et un peu plus distrait, qu’il servit les autres, jetant de fréquents coups d’œil sur l’ensorcelant jeune homme.
Comme la dernière fois, il fut le seul à rester présent au comptoir, alors que le bar s’était vidé peu à peu, leur laissant un peu d’intimité. Et ce fut à ce moment seulement que Dokugakuji se remémorant la façon dont l’inconnu s’était sauvé la dernière fois, sans doute effrayé par son baiser. Il sentit une gêne sans précédent l’envahir, surtout qu’au fond de lui, l’envie terrible de recommencer la même bêtise surgissait, un peu plus violente que la dernière fois.
Pour se donner bonne contenance, il prit un verre et le déposa à côté de l’inconnu, avant de venir avec la bouteille s’asseoir derrière le comptoir pour une fois. Il se servit copieusement sous les yeux sidéré de l’inconnu qui ne pu retenir un nouveau petit rire, rempli de gaieté et de joie. Un rire léger qui conforta Dokugakuji.
- Trinquons ensemble monsieur mon client ! s’exclama-t-il, retrouvant à son tour cette même joie enfantine.
Les verres s’entrechoquèrent et ils burent en silence, laissant quelques minutes s’égrener paisiblement. C’était tellement étrange cette sensation… D’avoir ce qu’on a toujours voulu et de ne pas oser s’en saisir alors qu’on en avait enfin la possibilité. Il n’avait qu’un geste à faire… Mais il craignait tellement la réaction du bel inconnu que cela le décourageait aussitôt.
- Votre bar est toujours aussi agréable… J’aime bien venir ici.
En un sens, cela fit plaisir à Doku d’entendre cela et il sourit, touché.
- Et moi j’aime y travailler. Ici j’ai l’impression d’être chez moi, depuis que je le tiens. Les clients ne sont jamais les mêmes, bien qu’il y ait quelques habitués, et on a souvent la chance de faire d’heureuses rencontres…
Il était presque certain d’avoir vu l’inconnu rougir légèrement, mais avec l’obscurité extérieure, il n’était sûr de rien alors il préféra retourner son regard vers la longue file de bouteilles qui s’entassait derrière son comptoir.
- Dois-je le prendre pour moi ? - A votre avis ?
Il rit de nouveau et cela réchauffa le cœur de Dokugakuji. Et l’enhardit également à poser cette question qui lui brûlait les lèvres.
- Je croyais ne jamais vous revoir…
L’homme s’amusa un peu avec son verre, un petit sourire énigmatique sur les lèvres, et il jugea bon de ne pas répondre. Ses doigts poussèrent son verre vers le barman, quémandant de le remplir, ce que fit aussitôt Dokugakuji.
Ils burent ainsi longtemps, sans parler. Doku se sentait s’enivrer doucement et il aimait cette torpeur qui s’emparait de lui. Elle cachait la peur profonde de voir l’inconnu disparaître une nouvelle fois, et le poussait à devenir un peu plus fou, un peu moins… sage. C’était amusant de constater combien l’alcool vous rendait invincible…
- Vous m’avez manqué, finit-il par avouer. - Nous ne nous sommes vu qu’une fois… - Oui peut-être. Mais j’ai eu une année entière pour y repenser.
Le sourire de l’inconnu était tellement beau, tellement ensorceleur. Dokugakuji n’avait jamais autant souhaité de sa vie que le monde extérieur s’écroule pour les laisser dans cette petite bulle qui n’appartenait qu’à eux. De les laisser en paix. De les laisser ensemble.
Un soupir lui échappa et il but une nouvelle gorgée pour se donner du courage :
- La dernière fois… Je suis désolé. - Pourquoi ? - Pour vous… avoir embrassé. J’ai conscience que cela a pu vous gêner… - Qui vous a dit que j’étais gêné ? - Et bien…
Doku fronça les sourcils et tourna de nouveau son visage vers l’inconnu, perturbé. Comment ça ? Qu’est-ce qu’il insinuait par là ?
- Vous vous êtes sauvé si vite… J’étais persuadé d’avoir eu un geste déplacé. - Vous avez eu un geste déplacé effectivement. Mais cela ne m’a pas gêné. - Alors pourquoi avoir fuit ? - Je ne sais pas. C’était… trop rapide. Et elle était encore là. - Elle ?
Doku n’eut jamais aussi peur de sa vie : il avait bien dit ‘elle’ ? Mais quel idiot était-il !!! Evidemment, un homme pareil ne pouvait pas être seul ! Et encore moins s’intéresser à un homme comme lui… !
Ses épaules se voûtèrent et il secoua la tête, un ricanement amer lui échappant :
- Quel idiot je suis… - Ne dites pas ça. - Excusez-moi, je… Je crois que je vais fermer.
L’inconnu écarquilla les yeux et sursauta légèrement en sentant Dokugakuji se relever. La suite leur échappa à tous les deux. La main du client se saisit de la chemise du barman et dans un geste désespéré, il l’attira à lui pour plaquer avec violence ses lèvres sur les siennes. Doku, d’abord stupéfait, ne résista pas longtemps à ce nouveau cadeau du ciel et ses bras entourèrent l’élu de son cœur alors qu’il approfondissait le baiser, définitivement conquis.
C’était… tellement bon. Il n’y avait pas d’autres mots. Ou plutôt, si… Il y eut bien quelques mots supplémentaires.
- Reste… - Je ne comptais pas partir… Pas ce soir. Je… - Dis-le… Je t’en prie, dis-le. - Fais-moi l’amour.
Le cœur de Dokugakuji explosa ce soir-là, et tout ce dont il se rappela, c’est qu’il passa la meilleure soirée de sa vie… … …. …
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