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........................... La Putain du Roi .. .. Lorsque Kanan croisa le regard rouge du roi ce matin-là, elle prit soudain conscience des sentiments que l’homme ressentait pour Hakkai. Il semblait avoir pleuré longtemps et bizarrement, même si elle ne le connaissait pas, elle en eut le cœur brisé de le voir dans un état aussi pitoyable. Elle s’inclina poliment alors qu’il s’asseyait à table pour prendre le petit-déjeuner avec elle, et Gojyo l’invita à s’asseoir à son tour d’un geste las qui trahit sa fatigue. Un serviteur leur amena une lettre que Kanan décacheta rapidement alors que son regard se portait sur Gojyo : - Votre Majesté a-t-elle bien dormi cette nuit ? - Oui, merci. Tout son être mentait mais Kanan n’insista pas : elle n’était pas la confidente du roi et n’avait pas le droit de le forcer à parler. D’autant plus qu’elle cachait Hakkai et sa propre position n’était guère enviable. En soupirant, elle posa les yeux sur sa lettre et eut un petit sursaut : les nouvelles allaient très vite dans la région et elle ne fut presque pas surprise de recevoir des attentions de la part de la noblesse avoisinante, qui rêvait sûrement de voir le roi… Mais cette lettre-là était différente car elle venait de sa tante en personne, qui lui proposait une promenade à cheval. Et si Kanan aurait pu refuser l’invitation de n’importe quel noble, elle ne pouvait décemment pas refuser celle d’un membre de sa famille… Surtout quand elle était la seule personne qu’il lui restait. - Majesté je… - Oui ? Un peu ennuyée, Kanan poursuivit quand même : - Ma tante m’invite cet après-midi à participer à une promenade à cheval et elle me demandait si… vous aimeriez venir. - Une promenade… ? - Oui, cela vous changerait peut-être les idées Majesté. Kanan se mordit soudainement les lèvres, consciente qu’elle n’aurait jamais dû dire cela. Aprés tout, qui était-elle pour juger ainsi le roi ? Terriblement troublée, elle baissa la tête et s’excusa, mais Gojyo l’interrompit aussitôt : - Non ne vous excusez pas, je comprends tout à fait ce que vous dites. Je ne connais pas vraiment la région, l’occasion est la bienvenue. Je viendrais cette après-midi, et je repartirai demain dés que possible. - Merci Majesté. En fait de promenade, l’occasion était excellente pour renforcer sa position et peut-être pour rencontrer quelques personnes influentes de la région, qui ne manqueraient pas de participer à cette promenade. Et puis Kanan avait raison… Il avait besoin de se changer les idées. Surtout après cette nuit. … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … De son côté, une autre personne se réjouissait de cette promenade et elle ne cachait pas sa joie, son rire retentissant dans tout le manoir. - Cette promenade sera une excellente occasion mon cher Nîî ! Non seulement il y aura une foule importante puisque le roi est là, et donc nous ne pourrons pas être accusés, mais en plus Sa Majesté légitimera mon nouveau rang aux yeux de tous. L’occasion est trop belle ! - Vous avez raison dame Gyokumen. Finalement ce jeune de Lhuine nous aura quand même servi à quelque chose. - Oui… Et je suis fière de vous. Croyez-moi, je saurai vous récompenser une fois que je serais duchesse ! Nîî s’inclina courtoisement, un sourire ironique qui voulait en dire long dessiné sur les lèvres… … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Enfin une troisième personne fut rapidement mise au courant de cette sortie par Kanan en personne qui lui fit remettre une lettre par un de ses fidèles domestiques dans l’auberge où il avait dormi. La lettre était claire et Hakkai eut rapidement la puce à l’oreille : cette promenade n’augurait rien de bon et il se jura d’être présent l’après-midi même afin de veiller sur la jeune femme… … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Au palais, l’ambiance était toute aussi tendue : après que Goku ait trouvé Sanzo inconscient dans son bureau, il l’avait aussitôt fait transporter dans sa chambre et avait appelé un médecin, terriblement inquiet pour son ami. Le blond était affreusement pâle et sa respiration était saccadée, signe qu’il n’allait vraiment pas bien. Il avait fait fermer l’accès à leurs appartements à tout le monde et n’avait accepté que le médecin du roi qui avait accouru dés qu’il avait su ce qui se passait. Il resta de longues minutes au chevet du premier conseiller et finalement il se tourna vers un Goku anxieux et nerveux qui n’avait qu’une question sur les lèvres : « Comment va Sanzo ? ». Le médecin l’entraîna un peu plus loin et dit calmement, sur un ton doux pour ne pas réveiller le blond : - Il est très fatigué. Il a dû se surmener ces derniers jours et cela a complètement affaibli son organisme. Pour l’instant, je préconise surtout beaucoup de repos. Il faut que le premier conseiller dorme et mange à sa faim, et qu’il évolue dans le plus grand calme. Pas de travail ni de tension… Au moindre problème, son organisme ne le supporterait pas et il pourrait contracter plusieurs problèmes importants… - Des problèmes ? s’inquiéta Goku. - Je crains surtout pour son cœur dans son état, et pour son esprit. Du repos et du calme, c’est le plus important. - Ne vous inquiétez pas docteur, je vais m’en occuper. - Bien, je vous laisse alors. Là-dessus le médecin sortit et Goku courut demander à ce qu’on lui apporte un grand plateau repas très garni, qui ne serait pas pour lui pour une fois, et qu’après cela, personne ne vienne les déranger. Alors qu’il expliquait cela à un domestique, il aperçut Ririn un peu plus loin qui s’avançait vers lui, accompagnée de Kougaiji et de Dokugakuji. La demoiselle était elle aussi inquiéte de tout ce remue-ménage et Goku délaissa le domestique pour s’approcher d’elle. - Je suis désolé mais Sanzo ne va pas bien du tout, je dois m’occupe de lui. Je… Je ne voulais pas te laisser toute seule mais… Devant le minois déçu de la jeune fille, Kougaiji intervint aussitôt : - Le premier conseiller va si mal que cela ? - Oui. Il a besoin de repos et de calme. En ce moment il travaillait trop, il se tuait à la tâche. Depuis que le roi est parti, rien ne va plus, sans parler du problème de l’otage qu’il doit remettre au père de la princesse Yaone. - L’otage ? s’exclama Kou, étonné que son amie ne lui en ait pas parlé. Dokugakuji s’intéressa à son tour à la conversation, alors que Goku leur résumait brièvement ce que Sanzo et le roi avaient décidé de faire pour éviter ce mariage, et dans son esprit naquit une idée qui s’insinua de plus en plus et grossit tellement qu’il ne pu la retenir très longtemps. Il faudrait absolument qu’il en parle à Kou dés qu’ils seraient seuls ! De son côté, le jeune homme s’empressa de rassurer Goku, lui promettant qu’il s’occuperait de Ririn, à la plus grande joie de cette dernière. Elle semblait vraiment heureuse de rester aux côtés de Kougaiji, qui pour sa part lui adressa un petit sourire complice… Soulagé de voir que son amie ne serait pas seule, Goku retourna auprés de Sanzo le veiller, pendant que nos trois acolytes s’éloignaient, bien décidés à les laisser tous les deux en paix pour un certain temps. Dokugakuji attrapa aussitôt le bras de son amant et l’entraîna un peu plus loin, vers un coin plus tranquille, Ririn sur leurs pieds. - Kou j’ai eu une idée de génie ! - Ah oui ? - Cet otage dont ils ont besoin, j’ai pensé que cela pourrait être moi ! - Hein ? Toi, en otage ? Mais… Non, pourquoi tu penses ça ? s’offusqua Kougaiji. - Réfléchis deux minutes : je suis le frère aîné du roi, un membre de sa famille, qui a un certain poids dans la balance politique de ce pays… Qui mieux que moi pourrait être un otage valable ? - Oui tu as raison mais… - Kougaiji, pourquoi tu t’inquiète ? Si je pars, je pourrai ainsi rester avec toi ! Je n’ai plus aucune place ici et je sais que je veux rester avec toi. C’est mon vœu le plus cher. Je pourrais l’exaucer en me proposant comme otage. - Tu… Tu n’as pas peur de quitter ton pays, de… tout quitter pour moi ? Dokugakuji prit ses mains avec tendresse et les embrassa avec ferveur, avant de plonger un regard décidé dans les yeux de son amour : - Non, avec toi je n’ai pas peur. Kougaiji sourit tendrement et murmura : - Merci. D’un discret toussotement, Ririn leur rappela son existence et Kougaiji se tourna aussitôt vers elle avec un petit sourire désolé. - Pardonne-nous Ririn. - Non je comprends, ça a l’air important pour vous. Mais… et moi ? - Quoi ? - Ben oui, moi vous m’oubliez ! - Tu ne veux pas rester ici avec Goku ? - Oh vous savez, il a son Sanzo pour veiller sur lui. Moi… Je ne lui suis pas très utile. - Tu voudrais venir avec nous ? - Ouiii !! s’exclama la gamine, folle de joie. Surpris, Kougaiji regarda son amant qui lui répondit d’un haussement d’épaule, visiblement aussi perdu que lui. - Et bien, je vais en parler à Yaonne… Je verrais avec elle. Mais connaissant la princesse et son amour pour les enfants, il ne doutait pas un instant qu’elle accepterait la demoiselle dans son entourage. Décidément, lui qui était venu pour accompagner seulement la princesse dans son voyage, il repartirait avec une véritable petite famille… ! Mais il y gagnait également un bonheur que son cœur ne pouvait refuser ! … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Sanzo ouvrit difficilement les yeux : pourquoi avait-il cette chape de plomb sur la tête et surtout, pourquoi avait-il autant de mal à se réveiller ? Sans parler du fait qu’il ne se rappelait pas s’être couché, ce qui était un tantinet inquiétant tout de même… Une main fraîche se posa soudain sur son front et la première chose qu’il aperçut, malgré sa vision encore floue, fut le sourire soulagé de Goku, assis à ses côtés. - Sanzo… Tu m’as fait peur tu sais. Quoi ? Mais de quoi parlait ce gamin ? Enervé de ne rien comprendre, Sanzo tenta de se redresser mais un vertige abominable le prit aussitôt et il retomba lourdement sur les draps en gémissant. - Non Sanzo, ne bouge pas encore… Le médecin a dit que tu devais te reposer. - Qu’est-… Qu’est-ce qui m’est… arrivé… ? Même sa voix était rauque et le premier conseiller était d’une pâleur qui effrayait son jeune ami. Constatant que sa température était montée, il prit une serviette qu’il avait laissé à côté du lit en prévision et il la trempa dans l’eau froide d’une bassine pour aussitôt venir la passer sur le front de Sanzo qui en soupira de soulagement. Mais ses yeux eux continuaient d’interroger muettement Goku, si bien que le jeune garçon répondit : - Tu t’es évanoui Sanzo… Tu étais à bout de force en ce moment, tu tenais à peine et tu ne mangeais pratiquement pas. Je t’ai trouvé à terre dans son bureau et j’ai paniqué. Le médecin dit que tu t’es trop surmené et que tu as besoin de te reposer maintenant. - Je ne peux pas. La voix du blond était tranchante et autoritaire, comme toujours, même si elle avait perdu une grande partie de son mordant en raison de sa faiblesse. Goku secoua la tête : il s’était douté que cela ne serait pas facile. - Si Sanzo, il est hors de question que tu reprennes le travail. Tu vas rester sagement allongé à reprendre des forces. - Arrête Goku ! L’état a besoin de moi et sans Gojyo je ne peux pas prendre de vacances je te signale ! Les yeux du blond étaient déterminés, mais son assurance n’était rien en comparaison de celle de Goku, dont le ton monta assez rapidement. De quel droit Sanzo jouait-il avec sa santé ? De quel droit se croyait-il indispensable ? Et surtout, de quel droit se permettait-il de jouer ainsi avec son inquiétude et sa peur ? Furieux mais essayant de contenir sa colère pour ne pas trop brusquer Sanzo, Goku secoua négativement la tête : - Tu as des secrétaires pour ça Sanzo, ils pourront assurer le temps que Gojyo revienne et que tu récupères. - Non Goku ! - SANZO !!!! Le blond sursauta, stupéfait. C’était la première fois que son compagnon hurlait ainsi et malgré lui, il se tut et préféra écouter plutôt que de combattre ce nouvel adversaire. - Maintenant c’est fini ! Pendant des semaines j’ai supporté ta mauvaise humeur et tes coups de gueule, je n’ai rien dit quand tu me lançais tes remarques acerbes et méchantes, et rien non plus quand tu m’abandonnais ici pour rester cloué à ton bureau ! Mais maintenant c’est fini tu entends ? Tu as besoin de repos et tu vas prendre ce repos, que tu le veuilles ou non ! Peu m’importe si je dois t’attacher à ce lit et supporter une nouvelle fois ta mauvaise humeur, tu resteras ici jusqu’à ce que tu sois en pleine forme ! Complètement déstabilisé par cet éclat de voix, Sanzo ne sut pas quoi répondre et finalement, son esprit et sa fierté cédèrent. Il est vrai qu’il se sentait fatigué, épuisé, et qu’il savait pertinemment que dans son état, il ne serait bon à rien dans le travail. Et il savait que même si le gouvernement avait besoin de lui, lui avait besoin de repos, et cela le plus rapidement possible. Ses derniers vertiges et malaises avaient été un avertissement, qu’il n’avait pas pris au sérieux. Mais maintenant il ne pouvait plus fuir la réalité. Sanzo soupira et il finit par acquiescer, sous le regard plus que ravi de Goku qui dissimula cependant sa satisfaction derrière un petit sourire discret. - Bien. J’ai fait apporté un plateau repas, tu veux manger quelque chose ? - Oui… S’il te plaît. Goku s’empressa de s’emparer du repas préparé spécialement pour le blond et alors qu’il le déposait juste devant Sanzo, ce dernier attrapa sa main et il la serra doucement en murmurant : - Merci d’être là Goku… Merci de prendre soin de moi comme tu le fais. Attendri, le jeune garçon s’autorisa alors un geste qu’il n’avait jamais eu auparavant : il vint délicatement déposer un baiser sur le front de son compagnon en répondant gentiment : - C’est normal Sanzo. Pour toi je ferais n’importe quoi. Etonné et tout chose à cause du baiser, le blond resta quelques instants figé, avant qu’un doux sourire n’illumine ses lèvres. Ca c’était bien son Goku, le Goku qu’il connaissait et qu’il aimait. Il mangea avec appétit ce jour-là, sous le regard bienveillant d’un jeune garçon de plus en plus amoureux de son soleil… … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Gyokumen sourit triomphalement en voyant arriver Kanan et le roi accompagné de sa suite à travers les allées de son manoir. Son plan marchait à la perfection ! Elle s’empressa de jeter un coup d’œil à Nîî qui comprit et s’éclipsa, avant de rejoindre l’entrée de son domaine pour accueillir comme il se devait le roi. Elle s’inclina poliment, ses longues robes bouffant autour d’elle et Gojyo l’invita à se redresser : - Je vous remercie de m’avoir invité à cette promenade Dame Gyokumen. Je suis ravi de pouvoir découvrir les paysages de votre belle région. - Tout l’honneur est pour moi Votre Majesté et croyez bien que je suis sincèrement enchanté de vous compter parmi nous aujourd’hui. La vieille femme respirait l’hypocrisie mais Gojyo en avait l’habitude, aussi n’y fit-il pas attention, pas plus qu’il ne regarda les nobles des alentours assemblés ce jour-là un peu plus loin sur leurs montures, prêtes à suivre Sa Majesté et la petite troupe. Pourtant, s’il y avait prêté un peu plus attention, il aurait pu apercevoir une silhouette familière parmi le petit groupe, un visage qui l’aurait alerté… Hakkai avait cependant bien fait attention de dissimuler son visage sous une grande capuche et derrière un mouchoir qu’il gardait plaqué sur son nez, comme un noble mesquin et maniéré qui ne supportait pas l’air extérieur. Cela joua parfaitement le jeu et personne d’ailleurs ne l’avait remarqué. De toute façon, tout le monde était tellement troublé par cette visite du roi que personne ne prêtait attention à la foule rassemblée. Gyokumen ramena le roi et Kanan jusqu’au départ de la promenade, et elle offrit son meilleur étalon à Gojyo, ainsi que l’une de ses meilleures pouliches à sa nièce. Dés son premier coup d’œil, Hakkai remarqua que quelque chose n’allait pas… La pouliche était étrangement nerveuse, et si tout le monde mit cela sur le compte de la foule et du nombre de chevaux rassemblés pour l’occasion, lui seul ne fut pas dupe. Quelque chose n’allait pas avec l’animal mais il préféra se taire, restant prudemment en retrait. La petite troupe se mit en route, lançant leurs chevaux et la pouliche fit un écart sérieux, déstabilisant légèrement Kanan qui était pourtant fort bonne cavalière. - Elle semble nerveuse non. ? - Ne vous inquiétez pas ma chère… Elle n’aime pas la foule mais dés que nous serons dans la nature, tout se passera très bien. Gyokumen eut un sourire étrange, qu’Hakkai vit même de loin alors qu’il suivait la troupe, caché au milieu des nobles, mais il ne pu pas voir cependant Nîî se rapprocher de Gyokumen pour lui murmurer à l’oreille, de manière à ce que personne n’entende : - La pouliche a été suffisamment drogué selon vos ordres… Cette promenade restera dans l’histoire comme un évènement tragique, rassurez-vous… … .. A suivre…
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