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........................... La Putain du Roi … Chapitre 20 : Révélation et crise… …. Hakkai reposa son verre sur le petit guéridon dans la chambre de Kanan et observa en soupirant l’étrange reflet doré que la lumière provoquait en se posant sur l’alcool. Cela lui rappelait vaguement les yeux de Goku… C’était la première fois qu’il entrait dans la chambre de la demoiselle et il devait que même s’il n’avait guère la tête à observer la décoration, Kanan avait un excellent goût, simple et agréable, et l’endroit était très accueillant et chaleureux. Il s’était même surpris à imaginer la jeune femme dormir dans le grand lit à baldaquin qui ornait la pièce en son centre et il avait eu l’impression de voler une partie de l’intimité de son amie. Cette dernière jetait sur lui un regard étrange, mélange de compréhension et de peine, d’amitié et de pitié, qui ne plaisait pas vraiment au jeune homme. Il aurait préféré peut-être qu’elle le jette dehors sans chercher à en savoir plus, sans comprendre son geste… Mais il avait insisté et par égard pour son nouvel ami, Kanan l’avait amené ici où il lui avait tout révélé. Sa vie à la cour, son rôle exact, son amour pour le roi, un amour interdit puisqu’il allait bientôt se marier… Les yeux de Kanan s’étaient recouverts d’une lueur surprise, avant que celle-ci ne fasse place à une certaine chaleur. Son récit avait sans doute ému la jeune femme… Il fallait dire que lui-même avait eu beaucoup de mal à le lui avouer sans que sa voix ne tremble un peu. Le souvenir de Gojyo surtout avait été pénible… - Vous l’aimez toujours, n’est-ce pas ? La voix de la jeune femme était si calme, si douce après tous ces aveux. Comment Hakkai aurait-il pu lui refuser quoi que ce soit… ? Il avait besoin de se confier, besoin de tout dévoiler, d’être compris pour être pardonné peut-être… - Oui. Je n’arrive pas à l’oublier. Elle sourit. Ce sourire était peut-être l’un des plus beaux qu’Hakkai ait jamais vu. Il aurait aimé qu’il ne s’éteigne jamais. - Alors notre roi a beaucoup de chance… Ce fut au tour du jeune homme de sourire. Aurait-on pu rêver meilleure amie ? - Merci Kanan, merci de me comprendre. Vous êtes la première… à savoir. Depuis que j’ai fuit, je n’ai pas pu me confier à quelqu’un. - Votre secret aussi n’est pas commun, avouez-le…, ajouta-t-il malicieusement. Mais je saurai le garder pour moi, n’ayez pas peur. - J’ai confiance en vous. Cependant, je crois que désormais, vous devrez garder un œil sur Nîî Lorois et votre tante… - J’avais déjà quelques doutes, et ceux-ci se trouvent confirmés grâce à vous. Effectivement, sa tante avait un comportement bien étrange et la demande de Nîî n’avait fait que confirmer ce que la jeune femme pensait depuis un certain temps. Gyokumen visait le duché dont Kanan était l’héritière légitime. Et même si elles n’étaient unies que par des alliances entre familles, cela faisait mal à Kanan de savoir qu’on pouvait le détester à ce point. Hakkai se racla la gorge et se releva doucement, son récit maintenant terminé. - Je… Je crois que pour ma part, je vais devoir m’éloigner. Son cœur s’affolant, la jeune femme se redressa brusquement en écarquillant les yeux. - Non ! Ne partez pas Hakkai ! Je vous promet de garder votre secret intact mais ne partez pas ! Ne me laissez pas seule, s’il vous plaît ! La détresse de son amie surprit la jeune homme : il était vrai qu’elle faisait face aux évènements de la vie avec une telle force qu’on oubliait parfois qu’elle avait aussi certains côtés fragiles. Un doux sourire orna ses lèvres et il secoua doucement la tête, adoptant le ton qu’on utilise avec les enfants effrayés. - Mais Kanan… Nîî sait qui je suis ! Dés qu’il verra que je ne suis pas capable de lui remettre votre sceau, il me dénoncera et le roi ne sera pas long à venir me chercher. Croyez-moi, je le connais suffisamment… Et je ne veux pas courir ce risque… Je ne peux pas… La jeune femme soupira en baissant les yeux. Maintenant, elle comprenait mieux le malaise de son ami lorsque les jeunes nobles avaient parlé du roi et des recherches qu’il avait lancé pour retrouver son amant. Elle-même n’aurait pas aimé être à sa place et elle avait du mal à comprendre la réaction de leur roi. S’il se disait aussi amoureux d’Hakkai, pourquoi lui imposait-il de revenir à la cour alors qu’il allait se marier ? Etait-il égoïste à ce point ? Evidemment, dans les régions, les nouvelles parvenaient avec un peu de retard et personne n’était au courant des ruptures de fiançailles entre la princesse Yaonne et leur roi. Les rumeurs sur le mariage prochain circulaient au contraire avec entrain et personne ne se doutait de ce qui était en train de se produire. La nouvelle du célibat de leur roi ne leur parviendrait peut-être que dans une semaine, peut-être deux… Kanan n’avait pas le choix, elle en avait bien conscience. Retenir Hakkai ici, c’était comme l’obliger à accepter un destin qu’il refusait à tout prix. - Je suis désolée, je… Je réagis égoïstement. Je sais très bien que vous ne pouvez pas rester ici plus longtemps, excusez-moi Hakkai. Mais… peut-être pourriez-vous retarder votre départ jusqu’à demain matin… ? Hakkai sourit et s’inclina poliment, son cœur débordant de gratitude pour cette jeune femme qui l’avait si bien écouté. - Avec plaisir Kanan.
… OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … La petite église était vide et ses cloches s’étaient tues depuis longtemps. Une silhouette hantait le lieu en ruine depuis l’aube, patiemment assisse sur ce qui restait de l’autel, comme un ultime sacrilège envers le bâtiment. Elle se redressa seulement lorsque le bruit du galop d’un cheval s’approcha et un large sourire orna son visage assombri par une barbe vieille de quelques jours. Hakkai ne descendit même pas : il avait emballé ses maigres affaires dans un baluchon qu’il avait accroché à l’arrière de la selle de son cheval, gentiment prêté par Kanan. Nîî regarda l’ensemble avec un visage désappointé mais eut néanmoins la ressource de demander : - Vous partez ? Déjà, sans même avoir visité la région ? Hakkai n’eut qu’un regard de mépris pour cet homme qui le forçait à quitter Kanan et à reprendre sa course, et il répliqua : - Je pense en avoir vu suffisamment pour comprendre que ma place n’était pas ici. Un petit rire accueillit sa déclaration, avant qu’un regard plus sérieux ne se pose sur lui. - Oserai-je espérer que vous avez accompli ce que je vous avais demandé ? - Vous n’aurez rien de moi Monsieur Lorois. Rien. Je ne peux pas trahir une amie, et surtout pas mademoiselle de Saint-Prieux. Nîî eut un petit soupir déçu et il se permit de railler son interlocuteur : - Et moi qui croyait que votre amitié se portait surtout aux hommes… - Gardez vos sarcasmes pour vous Monsieur de Lorois ! Je préfère encore fuir que de me prêter à votre jeu stupide ! Là-dessus, Hakkai fit effectuer un demi-tour à sa monture, prêt à déguerpir au plus vite. Mais une parole de Nîî le coupa dans son élan et il tourna son regard vers lui, ébranlé : - Bien mais j’ai peur que votre décision ne fasse plus de mal que de bien à Mademoiselle de Saint-Prieux… Les yeux de Nîî reflétaient en cet instant une résolution terrible, une sorte de fatalité mauvaise qui fit froid dans le dos d’Hakkai. Mais avant même qu’il eut pu arrêter l’homme, ce dernier disparu derrière un des piliers de l’église, laissant Hakkai avec de sombres pressentiments. Qu’avait voulu dire Nîî ? Ces menaces n’étaient-elles que des paroles en l’air ou bien l’homme était-il sérieux ? Gyokumen serait prête à aller jusqu’où pour avoir ce maudit sceau qui lui assurerait le duché et ses terres ? Sonné, Hakkai resta plusieurs minutes sans bouger, laissant son cheval piaffer et s’impatienter alors que ses pensées se bousculaient. Devait-il partir et fuir Gojyo qui ne manquerait pas d’accourir lorsque Nîî lui révélerait ce qu’il savait ? Ou bien rester et aider Kanan ? … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Sanzo ne décolérait pas, et ce depuis plusieurs jours. Ses cris et ses colères impressionnantes avaient repoussé hors de son bureau ses conseillers, et même Goku qui n’avait plus assez de patience pour les supporter. Le jeune homme comprenait pourtant son ami : le roi avait refusé de reprendre ses fonctions et il laissait l’état de côté, sous prétexte qu’Hakkai n’était toujours pas revenu auprés de lui. Pourtant ses messagers et espions avaient parcouru tout le royaume, mais personne ne semblait avoir entendu parler d’un certain Hakkai de Lhuine. Le roi se morfondait d’amour, et les affaires d’état retombaient toutes sur le dos du pauvre Sanzo, qui était au bord de la dépression nerveuse. Il travaillait jour et nuit, essayait de convaincre Gojyo de signer les documents les plus importants, mais tous ses efforts étaient réduits à néant. La seule chose que demandait le roi dés que son premier conseiller entrait dans son bureau était : « où est Hakkai ? ». Il en perdait son latin ! Cependant, ce matin encore, Goku prit sur lui pour aller aider Sanzo. Depuis peu, il avait pris l’habitude de trier la courrier pour l’aider dans ses affaires. C’était peu mais c’était un moindre effort. Sans compter que Goku était peut-être l’un des rares que Sanzo acceptait dans son bureau. Sa compagnie ne semblait pas lui déplaire et le jeune homme en abusait parfois un peu. Il ouvrit doucement la porte et offrit un grand sourire à son ami blond en entrant. Ce dernier ne prit même pas la peine de relever les yeux de son document et il gratifia l’entrée de Goku d’un grognement un peu rébarbatif qui assombrit l’humeur du jeune homme. Depuis quelques jours, il n’avait même plus droit à une phrase entière. Même les formules de politesse les plus basiques étaient parties en fumée. Frustré une nouvelle fois, Goku entra pourtant et se faufila jusqu’au courrier qu’un serviteur courageux avait apporté jusque sur le petit meuble d’entrée. La pile était grande et au vu de cela, il comprit un peu mieux l’humeur ombrageuse de Sanzo. Ce surplus de travail l’usait et lui minait le moral… Il n’était plus cet homme rayonnant qui était venu le chercher dans cette fermette non loin du palais, décrétant que désormais, Goku n’aurait plus à vivre dans la boue et la saleté. C’était peut-être ce seul souvenir qui aidait le jeune homme dans ces moments difficiles pour tout le monde. Il se souvenait encore du soleil jouant dans les mèches blondes de Sanzo et cela le faisait toujours autant sourire. Ce jour-là, Sanzo était devenu son soleil. Celui sans qui sa vie n’avait aucun sens… En cet instant même, le soleil s’était fait tempête et quand la lettre étrange tomba dans les mains de Goku, ce dernier hésita à en informer Sanzo. Etait-ce encore une fausse information, comme toutes celles qui l’avaient précédé, ou bien l’information était-elle vraie cette fois-ci ? Hésitant, le jeune homme finit pourtant par s’approcher du bureau de son soleil et il glissa la lettre sur le rebord, espérant qu’elle attirerait tôt ou tard l’attention de Sanzo. - Qu’est-ce que c’est ? gronda le conseiller. Déglutissant, Goku se lança, espérant ne pas se faire disputer. La mauvaise humeur de Sanzo commençait vraiment à l’excéder. - Je crois que cela concerne… Hakkai… - Hein ? Donne !! Sanzo s’empara de la lettre dans un mouvement brusque et en déchira le dessus pour l’ouvrir. Pourvu que quelqu’un ait enfin repérer ce crétin, que cette course-poursuite stupide s’arrête enfin !! Le départ de la princesse Yaonne dans les jours à venir était suffisamment dur à gérer pour lui en ce moment, sans qu’il doive en plus assumer le caractère capricieux du roi. Il parcourut rapidement les premières lignes et l’espoir s’infiltra aussitôt en lui. Sans attendre, il bondit de sa chaise et se dirigea vers la porte de son bureau, sans même s’apercevoir que Goku était à ses côtés, attendant patiemment une quelconque réponse. Sanzo le percuta au moment même où le jeune homme tentait de s’éloigner, et il maugréa méchamment : - Tu gênes Goku ! Pousse-toi donc de là !! Le jeune homme en fut profondément blessé et il regarda son soleil blond sortir du bureau sans même un regard pour lui. Ainsi donc, il n’était qu’un ‘gêneur’ ici ? C’était cela qu’il était devenu ? Un poids supplémentaire pour Sanzo ? Il n’avait même pas eu droit à un merci ou une quelconque reconnaissance pour l’aide qu’il lui apportait… Déçu et le cœur déchiré, Goku quitta à son tour le bureau et se dirigea vers leur chambre, le pas lourd…. … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Gojyo relut une nouvelle fois la lettre, son visage s’illuminant un peu plus à chaque mot. Hakkai était là… !! Il était là, au bout de ses doigts, là où se trouvait l’auteur de cette lettre, qui avait préféré rester anonyme. Enfin ils semblaient avoir une piste sérieuse et le roi releva un regard rempli d’espoir sur son conseiller : - Sanzo, il est là-bas ! J’en suis sûr !! Cette lettre n’est pas un faux ! Sanzo soupira, exténué. Lui ne souhaitait qu’une seule chose : que cette histoire finisse enfin, qu’ils retrouvent Hakkai et qu’ils l’attachent solidement ou l’enferment au palais pour qu’il ne reparte plus jamais, et que le royaume retrouve enfin son roi. Cette histoire n’avait que trop duré. Il était temps d’y mettre un terme une bonne fois pour toute. - Parfait, fais préparer mon escorte, j’y vais de ce pas ! Et assure-toi de trouver quelqu’un qui puisse partir à la cour du père de la princesse Yaone ! En quelques mouvements fluides, Gojyo quitta son bureau, cette pièce maudite qu’il n’avait que très peu quitté depuis la disparition d’Hakkai. Sanzo le regarda partir, sans même chercher à le retenir. Tout cela le dépassait… Un tel amour relevait de l’inconcevable, ou de l’hérésie. Il savait pertinemment qu’il n’empêcherait pas Gojyo d’aller au bout de sa folie, alors avec un petit soupir fatigué, il quitta à son tour le bureau. Il donna ses ordres à un domestique, organisant le départ du roi qu’il espérait provisoire tout de même, avant de retourner à son propre bureau. Mais en plein milieu du couloir, un vertige le prit et il dû s’appuyer contre le mur pour ne pas s’écrouler. Un serviteur s’empressa de venir l’aider, inquiet, mais le conseiller le rabroua vertement avant de repartir vers son bureau comme s’il ne s’était rien passé. Le domestique secoua la tête : le seigneur Sanzo avait l’air épuisé, il ne tiendrait pas longtemps à ce rythme-là… … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO …
Le soir même, Gojyo quittait le palais et la capitale avec une petite escorte, en direction du sud du pays, là où la lettre affirmait qu’Hakkai se trouvait. Sanzo n’eut même pas le temps de le voir partir ou de lui dire au revoir : il était débordé, surtout depuis que la princesse Yaone lui avait fait comprendre qu’elle désirait partir le plus vite possible et qu’il devait trouver un otage qu’elle emmènerait avec elle. Un otage qui aurait la belle vie évidemment, mais qui n’aurait aucun avenir là-bas. Il lui fallait donc trouver quelqu’un dénué d’ambition, qui n’aspirait qu’à une vie tranquille, mais cela n’était pas évident à la cour malheureusement. La nuit venue, épuisé, il ne retourna même pas dans sa chambre, continuant de travailler. Goku resta blotti dans son lit, attendant le « bonne nuit » de son tuteur toute la nuit, pour s’endormir au petit matin, le visage baigné de larmes… … …. A suivre
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