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........................... La Putain du roi … … Kougaiji sortit des appartements privés de Yaone en soupirant : le sort de la jeune femme n’était pas enviable et le jeune homme commençait à se demander si cette cour n’était pas devenue folle ! D’une part, le roi évitait soigneusement sa future femme comme si elle était la peste incarnée, et le frère de ce dernier avait laissé dans l’esprit de Kougaiji un souvenir funeste qui le brûlait encore. Et Kou ne savait plus à qui il en voulait le plus : entre les deux frères, pas un n’était acceptable ! Yaone commençait également à comprendre qu’elle n’était pas la bienvenue et ses doutes s’étaient infiltrés dans l’esprit de son ami. Rester ici plus longtemps la ferait déprimer, il était temps de partir… Le roi n’aurait qu’à se débrouiller avec son père, après tout, n’était-ce pas ce qu’il cherchait depuis le début ? Du moins c’était l’avis de Koygaiji mais Yaone venait de lui demander d’attendre encore un peu… Elle voulait être sûre avant d’engager leurs deux pays dans une situation catastrophique : elle ne voulait pas la guerre et si son ami pouvait comprendre cela, il déplorait que Gojyo n’ait pas les mêmes opinions. Il se dirigea vers ses propres appartements, ignorant la haute silhouette qui s’avançait vers l’endroit d’où il venait… … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … On frappa discrètement et Yaone mit un châle sur ses épaules avant de laisser entrer son visiteur. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle reconnut le roi en personne ! Un peu prise au dépourvu, elle rajusta son châle et se releva, ses yeux exprimant une certaine angoisse que le visage grave de Gojyo n’atténua pas. Ce dernier s’empressa de se rapprocher et il tendit sa main pour prendre celle de Yaone et la baiser délicatement. Stupéfaite, la princesse se laissa faire, n’osant pas dire un mot. Voilà des jours que Gojyo la fuyait et le voilà qui arrivait dans ses appartements privés sans même prévenir. Son cœur se gonfla d’espoir : venait-il lui dire qu’il acceptait la proposition de mariage ? - Asseyez-vous ma chère, j’ai à vous parler. Docile, la jeune femme ne se fit pas prier : elle avait l’impression que ses jambes allaient la lâcher. Elle n’était pas sûre d’aimer Gojyo mais elle savait qu’avec le temps, des sentiments naîtraient en elle. Elle l’appréciait déjà beaucoup, malgré son comportement des plus étranges. Le roi prit place sur un fauteuil en face d’elle et baissa la tête en soupirant. Pour sa part, il n’était nullement habité par les espoirs de Yaone et la situation n’avait que trop duré. Il était temps d’y mettre un terme, sans quoi il risquait de devenir fou. - Ma chère Yaone, ce que j’ai à vous dire n’est pas facile mais j’aimerai que vous m’écoutiez jusqu’au bout. Il entendit son acquiescement avant de continuer, incroyablement tendu. - Je ne peux pas accepter la proposition de mariage de votre père. J’en suis vraiment désolé. Yaone accusa le coup et elle baissa les yeux en se mordillant la lèvre inférieure, atrocement déçue. Pourtant, quelque chose au fond d’elle le savait depuis le début. Ce mariage était impossible, depuis qu’elle était arrivée dans cette cour elle l’avait su. - J’imagine combien cela doit être dur pour vous, mais… J’aime une autre personne et je ne peux pas concevoir de vous épouser dans de telles conditions. Pour cette personne et pour vous surtout. Je sais combien il peut être douloureux d’aimer quelqu’un qui ne vous aime pas… - Cette personne ne vous aime-t-elle pas en retour ? chuchota la princesse, troublée. - Elle a mis du temps à le reconnaître et j’en ai beaucoup souffert. Je ne désire pas vous imposer la même chose Yaone. Et… Je ne peux pas mentir à mon cœur, malgré mes obligations. La jeune femme soupira : elle comprenait. Tous ces mots sonnaient justes de vérité, tout était trop clair, trop limpide maintenant que Gojyo s’expliquait. Pourquoi ne s’en était-elle pas rendu compte avant ? - Alors cette personne a beaucoup de chance… Elle releva son regard et osa affronter celui de Gojyo : dans ses yeux, elle pu lire toute la sincérité du monde, ainsi qu’une profonde désolation. Cela lui coûtait de l’avouer mais il ne pouvait faire autrement et elle en fut étrangement émue. Un petit sourire se dessina sur ses lèvres et elle ajouta : - Je préfère que vous veniez me le dire en face. C’est plus facile à accepter ainsi. Mais… Comment comptez-vous faire avec mon père ? Ce fut au roi de soupirer : le problème était plutôt épineux. - Je trouverai une solution… Peut-être en envoyant un membre de la noblesse à la cour de votre père… - Un otage ? s’étonna Yaone. - Je dirais plutôt un invité spécial. Mais je n’y ai pas encore véritablement réfléchi. - Bien… Je ferai mes bagages le plus vite possible, vous comprenez que je ne peux rester dans ces conditions. Gojyo acquiesça avant de se relever. Un énorme poids venait de s’enlever de ses épaules et même s’il était désolé pour la jeune femme, son cœur lui était follement heureux. Il n’y aurait jamais de mariage. Il la salua poliment avant de quitter ses appartements. Il en parlerait à Sanzo dés que possible et il ne restait plus qu’à trouver un noble qui accepterait de se rendre en pays étranger. Un noble si possible assez proche de sa famille, afin qu’il constitue un invité particulier aux yeux du roi voisin. Cela ne s’annonçait pas facile mais Gojyo se battrait jusqu’au bout ! … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … De son côté, Kougaiji avait traversé le palais pour rejoindre ses propres appartements, un peu trop éloignés de ceux de Yaone à son goût. Il rencontra quelques nobles qui le saluèrent poliment sans insister. Les gens ignoraient la suite de la princesse Yaone dans l’ensemble : ils restaient des étrangers de passage seulement et n’avaient donc guère d’intérêt à leurs yeux. Mais cela convenait parfaitement à Kougaiji qui préférait la solitude à une compagnie hypocrite et feinte. En passant devant la salle d’escrime, il soupira amèrement. Il aurait aimé ne jamais commencer ce combat avec Dokugakuji. Il ne l’aurait jamais embrassé et il n’en serait jamais tombé amoureux. Tout cela aurait été tellement plus simple… Une silhouette était assise sur un des banc de la salle, légèrement voûtée comme si elle portait un poids terrible sur ses épaules. Elle était seule dans la grande salle et Kougaiji serait peut-être passer sans même la remarquer si l’homme assis n’avait pas relever son visage à son passage. Dokugakuji !! Les yeux de Kougaiji se voilèrent de colère et il releva la tête, essayant de l’ignorer et de passer outre. Tout son visage n’exprimait que mépris et il tenta de dissimuler son trouble, espérant arriver rapidement au bout de la salle pour s’éloigner le plus rapidement possible du frère du roi. - Alors même toi, tu vas me mépriser… La voix était amère et grave. Malgré lui les pas de Kougaiji ralentirent et il serra les poings. Incapable d’y résister, il finit par se retourner et foudroya Dokugakuji du regard : - Il me semble que tu as tout fait pour ça !!! - Peut-être oui… Tu as raison. Je dois aimer souffrir en fin de compte… Les épaules du jeune homme se baissèrent et il soupira de rage : comment Dokugakuji pouvait-il lui dire ça maintenant ? Pourquoi à cet instant, alors qu’il essayait de l’oublier ?? - Je ne comprends pas Dokugakuji, je ne te comprends pas !! Ces hommes dans ta chambre, je les ai bien vu, je n’ai pas rêvé ?!! Alors pourquoi viens-tu te plaindre aujourd’hui ? C’est trop tard, tout est trop tard ! Il fulminait sur place, incapable de retenir cette colère qu’il avait en lui depuis ce fameux jour. Lui qui n’osait jamais réellement exprimer ses sentiments, voilà qu’il perdait toute raison face au seul homme qui avait réussi à éveiller quelque chose en lui et qui l’avait détruit de façon si horrible. Il l’aimait et il lui en voulait à mort ! Ces deux sentiments étaient inconcevables ensemble. Kougaiji aurait dû choisir entre l’amour et la haine, mais il n’y arrivait pas. Pas quand il voyait ce regard désolé de Dokugakuji et sa silhouette misérablement voûtée. - J’ai tout détruit n’est-ce pas ? demanda soudain Dokugakuji, un petit sourire ironique sur ses lèvres. - Avais-tu seulement envie de construire quelque chose ? soupira son interlocuteur. Les mots contenaient malheureusement trop de vérité : Dokugakuji n’avait jamais été un maçon exceptionnel et il n’avait jamais rien fait de sa vie. Pourtant… Avec Kougaiji, il avait espéré… Les mots de Gojyo l’avaient totalement anéanti et il avait fait la connerie de sa vie. Dans les yeux de son compagnon, il pouvait lire que la chose serait dure à rattraper. Mais c’était également la première fois de sa vie qu’il avait envie de se battre pour quelque chose. Il voulait désormais voir autre chose que de la colère dans ces magnifiques prunelles améthystes. - Je sais que cela va paraître un peu pathétique, mais avec toi… Oui. C’était la première fois que j’avais envie de faire quelque chose avec quelqu’un. Les yeux de Kougaiji se fermèrent sous ces mots. - Ne me dis pas ça maintenant… murmura-t-il douloureusement. Le ricanement de Dokugakuji acheva de lui briser le cœur et il lui en voulut pour les mots qui suivirent : - Non, moi je n’ai pas le droit de dire ça, je ne l’ai jamais eu. Je ne construirai jamais rien, je me perdrais dans une luxure qui me détruira et tout le monde en sera heureux… Furieux, Kougaiji se précipita soudain vers lui et il le gifla de toutes ses forces en hurlant : - Je t’interdis de dire ça !!!! Dokugakuji se releva soudain, ignorant la gifle et ses mains se posèrent sur les bras du jeune homme pour l’empêcher de fuir et il l’attira violemment vers lui avant de capturer ses lèvres. Un baiser passionné, vibrant d’émotions et qui reflétait comme une urgence, un besoin de s’accrocher à son compagnon pour ne pas être définitivement perdu. D’abord surpris, Kougaiji finit par fondre devant tant de passion et il répondit au baiser avec force, s’agrippant à son tour à son partenaire, exprimant toute sa colère et son amour à travers ce contact sulfureux qui dura de longues minutes. Ils se séparèrent haletants mais les yeux brillants d’une flamme nouvelle.
- Laisse-moi une deuxième chance. Je sais que j’ai été la dernière des pourritures mais rien que l’idée de savoir que tu me détestes me met hors de moi. Je t’en supplie Kougaiji… Aide-moi à sortir de cet engrenage infernal, prouve-moi que je mérite moi aussi d’aimer quelqu’un… Kougaiji déglutit, mal à l’aise, alors que les mots de son compagnon lui transperçaient le cœur. Il voulait tellement lui dire oui, accepter cette nouvelle chance pour eux deux et en même temps… L’image de cette nuit de débauche le hantait et le blessait encore plus. Il baissa la tête et son front vint s’appuyer sur l’épaule de Dokugakuji avec lassitude. Une dernière fois… Et après il fermerait définitivement son cœur. - Je t’aime… A toi de me prouver tes sentiments maintenant. Fou de joie, le frère du roi serra avec force l’homme qu’il aimait contre lui. Un pardon. Il n’avait besoin que d’un pardon et il serait sauvé. Il n’avait pas obtenu celui de sa mère ni celui de son frère, mais il se battrait pour celui de cet homme ! … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Le carrosse roulait tranquillement sur la route qui les ramenait au manoir. Kanan s’était endormie contre son épaule et Hakkai soupira, sa propre angoisse l’empêchant de dormir. Ce Nîî Lorois était redoutable. Comment avait-il pu découvrir sa véritable identité ? Hakkai était persuadé de ne jamais l’avoir vu à la cour ! Mais en même temps, il y avait tellement de monde qu’il était bien possible que cet homme y soit venu sans qu’Hakkai n’ait jamais pu apercevoir sa silhouette… Ses yeux se tournèrent vers le paysage : comment en était-il arrivé là ? Il n’était plus qu’un homme en fuite qui essayait de se cacher de ses propres démons. Cet amour qui n’avait plus aucun avenir, mais un amant qui le pourchassait quand même au-delà de la raison. Une nouvelle vie à construire mais un passé difficile à éliminer. C’était trop pour un seul homme et Hakkai était fatigué. Nîî avait été suffisamment clair : s’il ne lui ramenait pas le fameux sceau des Saint-Prieux, il le dénoncerait. Gojyo ne mettrait pas longtemps à le ramener à la cour, de n’importe quelle manière… Même si Hakkai ne le voulait pas, il connaissait ses façons d’agir maintenant. Le royaume entier se pliait aux caprices de son roi, qu’est-ce qu’un homme seul pouvait faire ? Il n’avait d’autre choix que de se cacher et il avait cru trouver la planque parfaite. Sauf qu’il n’avait pas compté y trouver un Nîî aussi manipulateur. Kanan bougea un peu dans son sommeil contre lui et Hakkai baissa ses yeux vers elle. S’il ne voulait pas retourner là-bas, il serait obligé de voler ce maudit sceau… Et quand il imaginait tout le mal qu’il risquait de faire à sa nouvelle amie, cela lui brisait le cœur. Il maudissait sa faiblesse, il maudissait l’acharnement de Gojyo et il maudissait Nîî ! Le carrosse s’arrêta bientôt et Kanan se réveilla aussitôt. Elle eut un petit sourire amusé et légèrement embarrassé de s’être ainsi endormie sur l’épaule d’Hakkai et elle descendit rapidement, les joues rouges. Elle était vraiment adorable et sa propre candeur renvoya Hakkai à sa faiblesse. Ce soir il devrait voler ce sceau. Et il irait le porter à Nîî… … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Ils burent un dernier verre et Kanan monta aussitôt dans sa chambre, fatiguée. Elle dit bonsoir à Hakkai et monta les escaliers sans se retourner. Le jeune homme savait parfaitement ce qu’elle allait faire : elle passerait d’abord dans son boudoir pour retirer ses bijoux avant d’aller se déshabiller dans sa chambre. Il n’aurait ainsi tout le temps quand elle y serait de pouvoir aller prendre le sceau. Il n’aurait pas d’autre occasion. Il monta l’esprit lourd et pris de remords insidieux. Mais les menaces de Nîî étaient trop fortes et comme dans un rêve, il pénétra dans le petit boudoir une fois qu’il fut sûr que la jeune femme l’avait quitté. Il ne se rendait même pas compte de ce qu’il faisait et il ouvrit la petite boîte à bijoux de la jeune femme avant de poser ses doigts sur le délicat anneau. La porte s’ouvrit brusquement et Kanan poussa un petit cri surpris avant d’écarquiller les yeux quand elle vit son sceau dans la main d’Hakkai. - Yvan ???!! Mais qu’est-ce que vous faites ?? Elle n’osait pas y croire, tout cela était impossible. L’homme qui lui avait sauvé la vie n’était qu’un voleur ?? Elle se précipita sur le cordon pour appeler ses domestiques mais Hakkai fut plus rapide et il l’arrêta à temps, prenant ses mains dans les siennes. - Kanan Kanan écoutez-moi je vous en supplie !!! Les yeux de la jeune femme semblaient perdus et il comprit qu’il était allé trop loin. Il n’avait aucune excuse pour son geste et il lâcha un grand soupir. Le temps des mensonges était révolu : - Excusez-moi Kanan… Je ne m’appelle pas Yvan mais Hakkai. Hakkai de Lhuine et je suis l’homme que recherche le roi… … … A suivre…
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