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........................... La Putain du roi … … Gojyo ne décolérait pas : une semaine !!!! Une semaine qu’Hakkai était parti dans donner de nouvelles, une semaine qu’il l’attendait avec impatience. Il s’était juré que dés qu’il le verrait, il lui donnerait la fessée de sa vie, adulte ou non ! Parce que pour l’instant, il ne s’était vraiment comporté que comme un gamin… Et lui aussi par la même occasion, même s’il n’accepterait jamais de l’avouer. Ils avaient tous les deux suivi leur instinct sans même se préoccuper de ce que pouvait penser l’autre, de son état psychologique. Gojyo avait été malmené par les évènements et Hakkai l’avait regardé se débattre de loin sans pouvoir l’aider. Sans jamais se parler, sans jamais oser s’avouer ce qui les torturait. Et résultat, Hakkai était parti. Du moins pour le moment. Il reviendrait. Gojyo était sûr qu’il reviendrait. Il fallait qu’il revienne. Il le fallait parce que sinon… Sinon… Gojyo se lancerait à sa recherche et lui ferait payer cette idée saugrenue de l’avoir abandonné !! Exaspéré, Gojyo attrapa le livre qu’il consultait sans vraiment le lire, et le jeta de toute ses forces sur la porte de son bureau. Oh oui, il ferait regretter amèrement à Hakkai de l’avoir laissé seul ! Depuis une semaine, il devait jongler entre son mauvais caractère, un Sanzo furieux qu’il ne tienne plus les rênes du pouvoir, incapable de se concentrer et une Yaone qui lui souriait gentiment chaque fois qu’il le croisait, inquiète de ce qui se passait… Et sa gentillesse était telle que Gojyo n’arrivait pas à lui parler, de peur de lui dire des méchancetés, et il s’éloignait généralement assez rapidement sans même lui avoir adressé la parole. Comme par enchantement, alors que le livre était retombé avec fracas à terre, la porte s’ouvrit et Gojyo se redressa aussitôt, les yeux remplis d’espoir. - Alors ?? Sanzo entra et referma doucement la porte avant de baisser la tête, restant muet. - Mais ce n’est pas possible, pourquoi ne rentre-t-il pas ce bougre d’âne ?? hurla soudain Gojyo, fou de colère. - Ecoute Gojyo, je crois qu’il faut qu’on parle… - Et parler de quoi ? Sanzo, quand comprendras-tu que je ne veux entendre qu’une seule chose, c’est qu’Hakkai est revenu et qu’il m’attend sagement dans ma chambre ?? Veux-tu que je le répète encore Sanzo ? Combien de fois ? - Calme-toi, ce n’est pas en hurlant que tu arrangeras les choses ! Et de toute façon, Hakkai ne reviendra pas, il a enfin compris où était son intérêt et le tien… Gojyo devint blêmit soudainement et regarda Sanzo comme s’il était devenu son pire ennemi. - Ah oui ? Mon intérêt tu dis ? Alors écoute-moi bien Sanzo, jamais je n’épouserai cette princesse, que tu le veuilles ou non ! Je trouverai n’importe quel arrangement avec son père mais je ne me marierai jamais ! J’aime Hakkai et je n’aimerai jamais que lui ! Alors oublie tes contrats de mariage et compagnie ! Je veux que tu envoies tous nos meilleurs espions dans les régions du royaume et que tu fasses rechercher publiquement Hakkai ! Sanzo secoua la tête, dépité. - Et tu crois que c’est en faisant cela qu’il te reviendra ? - Non, tu as raison. Offre une prime à toute personne capable de me fournir des renseignements sur lui ! - Gojyo tu vas trop loin ! Si Hakkai est partit, c’était de sa propre volonté, alors respecte son choix ! Le roi se releva, lançant sur son conseiller un regard aussi noir que la nuit. - Je suis le roi ici non ? Mes sujets sont là pour accomplir tous mes désirs non ? Alors Hakkai reviendra, dussé-je lancer à ses trousses toutes mes troupes d’armée, mais il reviendra ! Et je ne veux plus jamais entendre parler de mariage !!! Là-dessus, il sortit en coup de vent de son bureau, plantant Sanzo sur place et le laissant se débrouiller avec ses caprices… … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Une semaine… Une semaine qu’Hakkai avait rencontré Kanan et qu’il avait abandonné Gojyo pour ne plus jamais revenir. Une semaine qu’il se demandait s’il avait fait le bon choix… La jeune fille l’avait accueilli chez elle, très reconnaissante qu’il lui ait sauvé la vie. Elle habitait un superbe manoir prés d’une petite ville dont elle avait hérité après la mort de ses parents. Elle détenait le titre honorable de duchesse de Saint-Prieux, étant la seule fille du couple, et possédait une petite fortune assez confortable pour passer le reste de ses jours dans le luxe et l’aisance. Mais tout cela ne semblait pas avoir affecté son caractère : elle était très simple et toujours aimable avec les autres, même les gens de petite classe sociale. Au contraire, elle semblait plus les apprécier que les quelques nobles intéressés qui lui rendaient parfois visite. Elle était d’une gentillesse surprenante et Hakkai se surprit plusieurs fois en sa compagnie à rire, lui qui avait perdu le sourire depuis plusieurs jours. Kanan avait un effet bénéfique sur lui, et la jeune fille semblait énormément l’apprécier. Quand elle lui avait demandé son nom, il avait préféré se présenter sous le nom d’Yvan de Laforêt, un vieil homme qu’il avait parfois croisé à la cour du roi. Hakkai savait que son prénom était connu dans les régions comme celui du favori du roi et il préférait éviter qu’on le reconnaisse. Kanan avait aussitôt accepté de l’héberger quand il lui avait avoué qu’il n’avait aucun endroit où passer la nuit, et sa gentillesse faisant le reste, Hakkai était resté chez elle, accueilli avec chaleur par la jeune fille qui refusait même qu’il s’en aille. Il était chez lui, ne cessait-elle de répéter, argumentant que sa vie valait tout l’or du monde ! Et Hakkai, séduit par sa douceur et sa gentillesse, avait fini par accepter de rester. D’autant plus que la jeune fille semblait très seule : elle n’avait ni frère ni sœur et était orpheline. Il ne lui restait plus qu’une tante d’après elle, mais elles ne s’entendaient pas vraiment très bien, et c’est à peine si elle lui rendait visite. Touché et gagné par sa sympathie, Hakkai avait décidé de rester chez elle quelques jours, et depuis une semaine, il avait réussi à trouver un certain équilibre. Il se sentait bien ici, comme chez lui, surtout en présence de Kanan. Elle se comportait comme une véritable sœur et le cœur meurtri d’Hakkai pansait doucement ses blessures avec elle. Mais quand le soir arrivait et qu’il se retrouvait seul dans sa chambre, il fondait souvent en larmes, pleurant cet amour si fort qu’il avait connu et qu’il avait dû abandonner pour raison diplomatique. La vie était si injuste, si cruelle… Et même si ses crises de larmes s’espaçaient, se faisaient de plus en plus rares au fur et à mesure que Kanan le soignait doucement, Hakkai avait toujours cette amertume au fond de lui et cette tristesse que la jeune fille captait parfois dans son regard. Elle n’osait pas poser de questions mais elle se doutait que le jeune homme souffrait et cela lui suffisait pour se montrer la plus douce possible à ses côtés.
Un jour, alors qu’ils prenaient le petit déjeuner ensemble, Kanan reçut une invitation à une réception que sa tante donnait et lorsqu’elle proposa à Hakkai de venir, celui-ci d’abord réticent finit par accepter devant le regard suppliant de la jeune fille. - S’il vous plaît, je n’aime pas aller seule à ces réceptions… J’y suis toujours désespérément seule… - D’accord, je viendrais. Mais il faudra me prêter quelques vêtements, je n’ai rien à me mettre… Elle rit doucement et approuva avant de répondre rapidement et de faire fondre de la cire qu’elle marqua avec sa bague. Hakkai regarda l’étrange manège et demanda, curieux : - Vous signez avec votre bague ? - C’est le sceau de la famille, répondit la jeune fille, très fière. Il appartient au ducs de père en fils et quiconque le possède peut prétendre au titre. Je ne le quitte pratiquement jamais. Mon père me l’a légué à sa mort et je devrais le donner à mon aîné plus tard. Hakkai fut surpris de telles traditions mais sourit amicalement et continua son petit déjeuner, promettant de nouveau à la jeune femme de venir. Cela lui changerait les idées et puis Kanan semblait si seule… Cela lui faisait presque mal au cœur… … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO … Et pour lui changer les idées, cela lui changea effectivement les idées ! Ils furent accueillis par les nobles de la région et de la ville, un peu provinciaux et grossiers, mais somme toute charmants. C’était comme un bol d’air pour Hakkai après l’atmosphère insupportable de ces derniers jours à la cour du roi, et il apprécia très bien le début de la soirée… Jusqu’à ce qu’on le présente lui et Kanan à la tante de cette dernière : Gyokumen Delaroche… Une insupportable femme à la voix aiguë et remplie de mépris, qui lançait des regards hautains et orgueilleux sur les autres, comme si finalement ils n’en valaient pas la peine. Hakkai s’inclina devant elle et elle le regarda à peine. Ses yeux se posèrent aussitôt sur Kanan et sa voix nasillarde résonna, troublante de méchanceté : - Ma chère Saint-Prieux. C’était à désespérer de vous voir ces derniers temps. Vous finirez vieille fille à vous enfermer ainsi chez vous ! Mais je vous comprends, avec votre teint cireux et vos cheveux filasses, je doute qu’un homme veuille de vous. En tout cas, je suis charmée de vous revoir ma chère nièce. Ses propos respiraient la jalousie et une méchanceté gratuite qui dégoûta aussitôt Hakkai, qui eut cependant la prudence de ne rien dire et qui entraîna dés qu’il le pu Kanan loin de cette odieuse femme. La jeune fille semblait habituée, même si elle avait considérablement pâli et Hakkai essaya de la réconforter du mieux qu’il pu. - Voyons Kanan, ne vous en faites pas, vous avez une peau de pêche et j’adore vos cheveux… Cette femme est abominable, elle est pourtant votre tante ! - Vous comprenez pourquoi je ne voulais pas venir seule. Et elle n’est ma tante que par alliance : elle avait épousé le frère de mon père, mais elle l’a toujours détesté cordialement. C’était un mariage d’intérêt vous comprenez… Je suis désolé que vous ayez dû assister à cela, mais j’espérais qu’elle se calmerait un peu si je venais avec quelqu’un… Hakkai lui sourit doucement, un peu attristé de voir la peine de la jeune fille qu’il considérait de plus en plus comme son amie, et il l’entraîna plus loin. Un peu plus loin, au côtés de Gyokumen, un homme en noir s’approcha à ses côtés, lorgnant sur le couple qui s’éloignait vers les jardins. - Dame Gyokumen, avez-vous vu l’étrange jeune homme qui accompagne mademoiselle de Saint-Prieux… ? - Oui, un beau jeune homme, sans plus. Cette petite dinde doit coucher avec lui. L’homme ricana et ajouta plus sombrement : - Peut-être bien, mais en attendant, il pourrait peut-être servir nos affaires… Surtout que je sais qui il est… De leur côté, Kanan et Hakkai s’était mêlé à un groupe de jeunes nobles, et Kanan présenta son nouvel ami avec fierté, ce qui fit même rougir Hakkai tellement elle mettait de passion à raconter leur aventure dans la forêt. Les jeunes nobles parurent étonnés d’une telle prouesse et le félicitèrent : ici tout le monde, à part sa tante, aimait Kanan et ils auraient déploré sa perte. Puis la conversation changea doucement de sujet, et ils en vinrent bientôt à parler du roi et des dernières nouvelles de la cour. Au nom de Gojyo, Hakkai tendit l’oreille, soudain curieux, ce que remarqua Kanan avec étonnement, sans rien dire évidemment. - Il paraît que le gouvernement est sens dessus dessous. Le roi ne gère plus rien. Tout ce qui compte pour lui est de retrouver son mignon… - Tu en es sûr ? - Vous n’avez pas entendu parler de l’avis royal ? s’étonna l’un d’eux. - Mais oui, le roi a lancé un avis de recherche sur son favori,et il offre même une prime à qui le retrouvera. Hakkai blêmit soudain et manqua un battement de cœur. Les jeunes nobles riaient entre eux, amusés par la situation, qui pourtant n’avait rien de comique pour Hakkai. - Si le roi n’est pas capable de garder son mignon, alors qu’en sera-t-il de sa femme ? Hakkai baissa les yeux, soudain mal à l’aise. Non seulement Gojyo le faisait rechercher mais en plus il allait se marier. Sa conduite n’avait aucun sens ! En tout cas, le jeune homme était bien décidé à ne plus revenir. Allait-il coucher entre Gojyo et Yaone la nuit ? Il n’arrivait même pas à imaginer ses épousailles avec la princesse, alors revenir au palais était au-dessus de ses forces. Heureusement il s’était présenté sous un faux nom et personne ne le connaissant, il était tranquille. Les nobles de province ne montaient jamais à la cour, et apercevaient encore moins le mignon du roi. Hakkai était tranquille de ce côté-là. Mais lassé de la conversation et trop ému pour la supporter, il s’éclipsa un peu, abandonnant Kanan avec ses amis. Il se dirigea vers la terrasse, restée libre, et il respira un bon bol d’air, l’esprit ailleurs. Il rêvait des bras de Gojyo, mais maintenant, ce serait Yaone qui y aurait droit. C’était une jeune fille très bien, elle saurait aider Gojyo dans les situations difficiles et gouverner à la tête du royaume à ses côtés. Elle serait une reine parfaite, celle que le peuple attendait, et elle saurait donner un équilibre à Gojyo. En fait, elle était l’opposé de lui-même. Il soupira, un peu démoralisé en cette soirée. Une nouvelle vie commençait pour lui mais il savait que le fantôme de Gojyo le hanterait encore longtemps. Ce n’était pas facile de se débarrasser ainsi d’un amour… Il ne savait même pas s’il parviendrait à aimer quelqu’un d’autre. En tout cas, si cela devait se faire, il préférerait tomber sur quelqu’un de pauvre condition mais qui possédait une vie simple, plutôt que de revivre le même enfer qu’il avait eu avec Gojyo. Les intrigues politiques et compagnie n’étaient pas faites pour lui. Une main se posa soudain sur son épaule et il se retourna brusquement pour faire face à un homme qu’il ne connaissait pas et qui lui souriait tranquillement. Ce genre de sourire qu’on a toujours lorsqu’une idée traverse notre esprit… Un sourire qui en cachait plus qu’il n’en révélait. - Bonsoir jeune homme, nous n’avons pas encore été présenté. Permettez-moi : je suis Nîî Lorois, un ami de Dame Gyokumen. Et vous êtes ? - Yvan de Laforêt, je suis un ami de Mademoiselle de Saint-Prieux. - Une jeune file adorable… - Ce n’est pas ce que sa tante semble penser visiblement. Nîî éclata de rire et rétorqua : - Oh vous savez, cela fait longtemps que j’ai arrêté d’essayer de comprendre les pensées des femmes ! Tout cela est d’un compliqué… ! Hakkai sourit, un peu amusé par l’allure peu conventionnelle du noble. Mais ce dernier arrêta subitement de rire et lui adressa un regard perçant, presque menaçant qui fit froid dans le dos d’Hakkai. - Yvan de Laforêt… ? Ah oui ? J’aurai pourtant juré que votre mère vous avait appelé Hakkai de Lhuine… Mais je me trompe sans doute… Le regard de Nîî voulait en dire long : il savait tout. Hakkai frissonna, mal à l’aise et balbutia : - Qu’est-ce que vous voulez ? - Oh, trois fois rien jeune homme… Une simple bague contre mon silence… Hakkai fronça les sourcils. Une bague ? Il ne parlait quand même pas de… - Si jeune homme, vous avez compris. Donnez-moi le sceau des Saint-Prieux, et je me tairai quant à votre véritable identité. Vous avez ma parole !
A suivre ... |