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........................... La Putain du roi
Ils restèrent quelques instants enlacés, digérant doucement les mots qui avaient été lancé. Ils leur feraient mal encore quelque temps, puis ils passeraient, comme tout… Hakkai s’éloigna doucement de son étreinte et regarda son amant dans les yeux, avant de lui demander de tout lui expliquer. Gojyo soupira puis l’entraîna avec lui sur la terrasse pour y être plus à l’aise. Il avait besoin d’un cadre aéré, propice aux explication sereines. Même si celles-ci ne le seraient probablement pas… Ils s’assirent sur un banc en pierre et Gojyo lui expliqua la situation : la réunion avec les ambassadeurs, le contrat de mariage proposé, la réaction de Sanzo et sa promesse d’étudier tous les moyens pour y échapper, malgré le peu de solutions qui s’offraient à eux… Et enfin cette journée qu’il avait passé partagé entre son envie de le rejoindre, alors qu’il était introuvable, et sa promesse à Yaone, leur promenade à cheval. Il tut cependant qu’il appréciait la jeune femme, craignant de réveiller les peurs de son amant. Hakkai quant à lui confia la jalousie ardente qu’il avait ressentie, et s’excusa pour son comportement au dîner… Il n’avait pas réussi à se contrôler. - Mais… - Oui ? l’encouragea Gojyo. - Si jamais tu refuses ce mariage sans autre solution en compensation…? Que se passera-t-il ? Gojyo médita quelques instants, puis soupira, lassé. - Cela déclenchera une guerre… J’en ai bien peur. Refuser la main de la princesse serait pire qu’une insulte aux yeux de son père. S’il y a l’intérêt politique, il y a également l’honneur des grands de cette planète, et si les arguments politiques peuvent être contrecarrer, la dignité d’un monarque ne se rachète pas de cette façon… Il réagira sans aucun doute très mal… - Mais, il ne fait pas le poids face à toi, n’est-ce pas ? demanda Hakkai avec espoir. - Il a noué d’autres alliances à côté ce renard… Je ne suis pas sa seule protection comme il cherche à me le faire croire… Et dans ce cas-là, je ne fais plus le poids. - Mais alors… constata Hakkai, une boule dans la gorge l’empêchant d’en dire plus. - Oui, comprit Gojyo, il nous écrasera. - Oh mon dieu… Hakkai avait porté une main à sa bouche, désemparé face à l’ampleur de la situation. Ses propres sentiments semblaient soudain si ridicules… - Mais je trouverai une solution Hakkai, je vais m’y employer de toutes mes forces, je te le promet !! s’exclama Gojyo en prenant ses mains dans les siennes. Il n’est pas question que j’épouse quiconque, si ce n’est pas toi ! Le jeune homme ri en entendant cette étrange proposition. - Le mariage entre hommes est impossible Gojyo, tu le sais… - Je suis roi, je peux changer les lois ! s’écria-t-il en souriant. Ils rirent ensemble devant cette proposition impossible, éloignant les derniers spectres de leur colère… - Non, sérieusement… ajouta Gojyo. Je vais trouver un moyen, ne t’en fais pas… - Je te fais confiance, répondit simplement Hakkai.
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Hakkai se réveilla doucement et profita encore quelques instants de la chaleur des bras de Gojyo contre lui. Il adorait sortir du pays des songes et le sentir contre lui, pour lui tout seul avant que le journée ne le lui arrache… Gojyo remua un peu puis ouvrit difficilement les yeux. La journée allait être dure, mais il devrait faire face, malgré son peu d’enthousiasme. Il s’éloigna d’Hakkai qui réagit en l’attirant contre lui, tirant sur ses bras pour le ramener à la chaleur des draps. - Reste encore quelques minutes… gémit-il faiblement. Gojyo sourit, puis dit ce qu’il ne fallait pas… - Yaone va m’attendre… Il sentit son amant se raidir contre lui et lâcher ses bras comme s’ils le brûlaient soudainement. - Bien… murmura-t-il, la voix emplie de colère. Gojyo comprit qu’il avait dit une bêtise et il se mordit la lèvre tout en se maudissant intérieurement. Pourquoi avait-il dit cela ? Même si c’était vrai, ce n’était pas la peine de l’annoncer ainsi à Hakkai ! Il le prit dans ses bras et chuchota à son oreille : - Ce n’est pas ce que je voulais dire… Hakkai… - Mais j’ai très bien compris, merci ! s’écria son amant en le repoussant une seconde fois. Il se releva rapidement et sortit du lit, les yeux noirs de colère. - Hakkai, attends. C’est simplement que j’ai promis à Yaone d’être avec elle ce matin pour lui montrer un coin de la région, tu sais la cascade aux vœux et…. Il s’empêtrait encore plus et cela l’énerva. - Ne prends pas cela de cette manière ! s’exclama-t-il en voyant Hakkai qui s’habillait prestement en évitant de le regarder. Sa voix reflétait une certaine lassitude et l’attitude du jeune homme amplifiait son énervement. - Mais Hakkai, tu vas me regarder quand je te parle !!! s’écria-t-il. Hakkai se figea et se retourna vers lui : Gojyo regretta immédiatement le moment où il l’ignorait. Son visage exprimait une colère noire et ses yeux un profond dégoût. - Pas la peine de crier Gojyo, j’ai parfaitement compris la place que tient maintenant cette femme pour toi ! Je ne vais pas t’ennuyer plus longtemps, je te rassure. La voix décidée d’Hakkai fit peur à Gojyo et il se leva en sautant du lit pour s’approcher de son amant et le prendre par les épaules. - Non, tu n’as rien compris, cette femme ne compte pas pour moi ! - En tout cas, elle compte assez pour qu’à peine réveillé, tu penses déjà à elle !! constata Hakkai d’un ton amer et belliqueux. Il repoussa Gojyo et se dirigea vers la porte. Le roi voulut l’arrêter, mais le jeune homme réussit à repousser ses tentatives. - Laisse-moi ! cria-t-il. - Tu ne comprends pas Hakkai… ! tenta encore une fois Gojyo. Mais le jeune homme ouvrit la porte et sortit sans attendre plus longtemps, laissant Gojyo seul au milieu de la pièce, poussant des jurons sur sa propre imbécillité…
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Dokugakuji sourit en entendant des domestiques raconter le dîner du roi de la veille : apparemment, sa déclaration avait fait du remue-ménage dans le couple de son frère, et les réparties d’Hakkai cités par un serviteur le firent sourire. Décidément, le petit se défendait bien… Il s’éclipsa discrètement et repartit dans les couloirs, peu désireux de se faire prendre en train d’écouter aux portes des cuisines : cela aurait été d’un ridicule… Il croisa quelques courtisans qui le prirent à part pour discuter d’une rumeur qui courait sur un certain comte peu regardant sur les amants de sa femme, et Dokugakuji s’empressa de confirmer la situation du cocu. Il fit rire les nobles en contant comment lui-même avait entendu la dame se vanter de ses aventures devant son mari qui faisait semblant de rien… Il comptait repartir quand il croisa son frère qui venait vers eux d’un pas pressé. Il se mit sur sa route et le salua d’un petit sourire ironique. Gojyo le remarqua et devant tant de courtisans, il lui rendit son salut : ce n’était pas le moment de montrer leur désaccord. Dokugakuji en profita pour entamer la conversation en le suivant à une distance respectueuse. - Tout se passe bien avec les ambassadeurs ? - Je ne vois pas ce qui pourrait mal aller, répondit distraitement Gojyo qui ne prêtait pas véritablement attention à son frère. - Tant mieux alors… On m’a dit qu’ils étaient venus pour une alliance, et j’ai entendu le mot mariage traîner dans les couloirs, alors je me demandais… Gojyo s’arrêta et se retourna vers son frère. - Tu es au courant ? demanda-t-il d’une voix froide. - Oui. Et qu’en pense Hakkai ? Le roi jeta un regard suspicieux à son frère, mais celui-ci se contenta de lui sourire et Gojyo laissa tomber ses soupçons. - Rien n’est encore sûr Dokugakuji… - Oui, c’est toujours ce que l’on dit, répondit ce dernier. Enfin, je ne suis pas là pour ça : j’ai entendu que tu partais à la cascade aux vœux ce matin, c’est vrai ? - Oui, acquiesça son frère. Pourquoi, tu veux venir ? - C’est à dire que… Oui, j’aimerai t’accompagner… - Fais comme tu veux, ça ne me gêne pas plus que ça, répondit lascivement Gojyo. Il tourna les talons devant la mine réjouie de son frère, préférant ignorer le motif exact de sa venue à la cascade. Les affaires de Dokugakuji ne l’intéressaient plus depuis longtemps…
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Dokugakuji n’avait pas demandé innocemment d’aller accompagner son frère à la cascade aux vœux. Il savait que la princesse Yaone l’accompagnerait, et qu’avec elle il trouverait sûrement Kougaiji… Le jeune homme n’avait pas quitté son esprit depuis la veille. Bizarrement, son baiser le hantait, comme s’il avait aspiré son âme en même temps qu’il avait goûté à ses lèvres. Chaque fois qu’il y repensait, Dokugakuji en avait des frissons : il se trouvait pitoyable, mais il voulait à tout prix revoir le jeune homme. Peut-être y comprendrait-il son erreur, peut-être retournerait-il dans ses bras comme un chiot en quête perpétuelle d’affection. Il ignorait totalement ce qu’il ferait, mais il savait qu’il devait le revoir à tout prix. Il ne l’aperçut pas dans les écuries, tandis que tous sellaient leurs chevaux et se hissaient sur leurs montures. Il suivit les autres courtisans, laissant son cheval se faire emporter par les autres, cherchant des yeux Kougaiji. Il entraperçu une chevelure rousse flamboyante qui disparu dans la masse : son cœur manqua un battement, puis il se reprit, remerciant le ciel que le jeune homme soit là. Il trouverait bien une occasion de l’approcher un peu plus. Cette occasion se présenta lorsqu’ils atteignirent enfin la cascade, après quelques kilomètres dans les champs. Tous descendirent de leurs montures et accompagnèrent le roi et la princesse prés de l’eau, qui tombait à une telle vitesse qu’elle éclaboussait quiconque approchait un peu trop prés. Dokugakuji ne suivit pas le mouvement et il s’écarta légèrement pour mieux chercher Kougaiji des yeux. Quelle ne fut pas sa surprise quand il le vit, debout à côté des montures, en train de le fixer tranquillement, comme s’il attendait qu’il le remarque enfin. Il esquissa un sourire et s’approcha. Le jeune homme l’attendit et le salua lorsqu’il arriva à son niveau. - Bonjour, répondit Dokugakuji. Ton bras va mieux ? - Merci, grâce à vous… - Ce n’était rien… Dokugakuji se sentit si bête qu’il en aurait crié d’énervement : il avait attendu cette rencontre depuis la veille et maintenant qu’il était face à lui, il ne lui sortait que des banalités à faire peur, incapable de trouver quelque chose d’intéressant à dire… Ce fut le jeune homme qui vint à son secours en lui tendant les rênes de son cheval. - On s’éloigne ? demanda-t-il doucement. Dokugakuji lui rendit un large sourire et acquiesça, trop heureux de fuir la foule stupide des courtisans. - Avec plaisir ! Ils montèrent sur leurs chevaux et s’éloignèrent rapidement. Yaone les aperçut partir au loin et sourit. Gojyo le remarqua et soupira : - Je suis désolé, c’est encore mon frère qui fait des siennes… - Non, ce n’est rien, au contraire, s’exclama la princesse. Cela fait si longtemps que Kougaiji est renfermé sur lui-même que je suis heureuse de le voir s’intéresser à quelqu’un ! Le roi haussa un sourcil, vaguement intrigué. - Depuis que sa mère est morte, il était bizarrement muet et il fuyait les autres… J’étais très triste de le voir ainsi mais hier soir, nous avons un peu parlé et votre frère revenait souvent au milieu de la conversation, dit-elle en riant. C’est bien la première personne qui a réussit à la faire sortir de sa torpeur… - Et c’est bien la première fois que j’entends que mon frère peut être utile à quelqu’un ! rit à son tour Gojyo. « Espérons qu’il se conduise bien… » pensa-t-il intérieurement.
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Ils s’étaient éloignés de quelques kilomètres à peine quand Kougaiji arrêta sa monture et se tourna vers Dokugakuji. - Alors, où allons-nous ? - Mais… Je pensais que tu savais où aller, après tout, c’est toi qui m’as entraîné loin des autres ! s’exclama Dokugakuji, un peu étonné mais amusé de la scène. - Je voulais simplement être loin des autres, mais après, à vous de choisir où nous allons. Je vous fais confiance, emmenez-moi dans un endroit que vous aimez bien… - Un endroit que j’aime bien… murmura Dokugakuji. C’était bien la première fois qu’on lui faisait cela… Mais il aimait. C’était si rare qu’on s’intéresse véritablement à lui, et non à l’homme politique que sa naissance avait fait de lui… Il donna un coup à son cheval qui s’élança, Kougaiji le suivant de peu. Il savait exactement où il avait envie d’emmener le jeune homme. Il ne leur fallut qu’un quart d’heure pour arriver là où Dokugakuji voulait aller. L’endroit surplombait la vallée : on avait la vue ouverte sur plusieurs kilomètres, permettant à l’œil de plonger sur les forêts et champs, le palais du roi apparaissait au loin, tel un fantôme gardien. Le soleil donnait à la vue une agréable teinte chaude, réchauffant le doré de blés et le vert des arbres. Dokugakuji descendit de monture et invita son compagnon à le suivre sous l’ombre des arbres pour aller s’asseoir dans l’herbe et apprécier la vue splendide. Sans un mot, ils contemplèrent la vallée. Le frère du roi s’était placé légèrement en retrait et ses yeux dérivèrent bientôt sur les rayons du soleil que les branchages filtraient et qui tombaient doucement sur la chevelure rousse de Kougaiji, jouant avec la couleur. Cette vision était encore plus belle que celle de la vallée : il aurait voulu les toucher pour s’assurer qu’ils ne brûlaient pas mais il se retint. Bizarrement, il ne s’en sentait pas le droit. Pourquoi n’osait-il pas faire ce qu’avec n’importe quel autre homme il n’aurait pas hésité à faire ? Kougaiji se tourna vers lui et lui sourit : - C’est magnifique… Il eut immédiatement la réponse à sa question : parce que le jeune homme semblait trop pur, trop irréel pour que même l’idée de le toucher ne l’effleure. Son sourire était d’une innocence désarmante et ses yeux ceux d’un enfant… Dokugakuji était complètement déstabilisé face à ces yeux-là. - Vous venez souvent ici ? - Oui, quand l’ambiance à la cour devient trop pesante… - Je voulais vous dire… Pour hier… Dokugakuji déglutit : il allait s’excuser, dire que ce n’était qu’une erreur, et il lui faudrait oublier… - Je sais ce que tu vas dire… Ce n’est pas la peine, j’ai compris. Il lui avait coupé l’herbe sous les pieds : il n’avait aucune envie d’entendre ces mots dans sa bouche. Mais Kougaiji se tourna vers lui avec une telle expression surprise qu’il eut un doute. - Vous avez compris quoi ? - Et bien… Tu allais dire que c’était une erreur, n’est-ce pas ? Un moment d’égarement sans doute, et que je ne devais pas en prendre compte. - … - Ce n’est pas ce que tu allais dire ? s’exclama soudain Dokugakuji. - Non. S’il y avait bien un mot auquel il ne s’attendait pas, c’était celui-là. - Ah bon… ? déglutit-il difficilement. Qu’est-ce que tu voulais dire alors ? - Ce n’était pas une erreur… Du moins pas pour moi. Les yeux du jeune homme scrutaient ceux de Dokugakuji, y cherchant ce qui lui permettrait de continuer. Apparemment, il trouva car il reprit : - Ce n’était pas non plus un moment d’égarement, et j’aimerais au contraire que vous en preniez compte… - Je… - Non, attendez, je sais ce que vous pensez. Je ne suis qu’un jeune homme qui sort à peine de l’adolescence et qui s’est amouraché sans vraiment comprendre ce qu’il fait, mais je peux vous assurer que ce n’est pas le cas. Ça peut paraître rapide, sans fondement… Un peu bête même de ma part, mais c’est la première fois que je suis ainsi attiré par quelqu’un et… Je voulais vraiment vous embrasser hier, et j’ai terriblement envie de recommencer aujourd’hui, à cet instant même… Il s’approcha doucement, guettant l’approbation de Dokugakuji, et comme elle ne venait pas, il posa de lui-même ses lèvres sur celles du frère du roi. Léger contact qui les fit frissonner tous deux. Ils se séparèrent, émus de ce qui venait de se passer. Mais le cœur de Dokugakuji se révolta brusquement : pour une fois qu’il battait plus vite que la normale, il n’était pas question de laisser passer cette occasion. Ses mains prirent le visage du jeune homme et le rapprochèrent du sien. Il l’embrassa de nouveau, plus profondément cette fois-ci. Ce baiser les laissa sans souffle et ils s’éloignèrent l’un de l’autre comme si leur contact pouvait les brûler. - Je ne sais pas quoi dire… avoua piteusement Dokugakuji. Kougaiji baissa la tête… Ce n’était pas tout à fait ce à quoi il s’attendait. - Parce que si je rajoute encore un mot, j’ai peur que tu ne disparaisse en fumée et que tout cela se révèle n’être qu’un beau rêve… Le jeune homme redressa la tête et sourit : c’était ce qu’il voulait entendre.
A suivre .... |