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                              La Putain du roi

 Gojyo était finalement sorti de son bureau avec un masque sur la figure. Il se rendit au déjeuner comme cela était prévu, de mauvaise humeur et pour cause.

La princesse était déjà là, accompagnée d’une dame de compagnie, ainsi que de quelques ministres. Gojyo s’assit non sans l’avoir salué, froidement. Ses yeux se promenèrent sur les convives et il remarqua soudain l’absence d’Hakkai. Cela le perturba un peu et fit tomber sa mauvaise humeur d’un seul coup. Il avait tant espéré pouvoir le voir ce midi afin de pouvoir au moins lui parler après en privé… Il s’étonna de cette absence, puisque depuis le début, son amant ne manquait jamais un repas en sa présence, et son cœur en fut plus touché qu’il ne le voulait.

Il jeta un regard à Sanzo, lui demandant muettement la raison de l’absence d’Hakkai, mais son ami lui fit comprendre qu’il n’en savait rien.

- Votre Majesté, permettez-moi de vous demander cela, mais cela tient toujours pour notre promenade à cheval cet après-midi ?

La voix de Yaone avait surgie, claire et pure, dans le silence pesant de la salle. Gojyo sursauta et tourna la tête vers elle. Il était vrai que perdu dans ses pensées, il en avait oublié toute politesse.

Il voulut lui dire que la promenade était annulée mais quand il aperçut le visage de Yaone, où deux petits yeux guettaient avec envie son approbation, il était vrai que la pauvre devait bien s’ennuyer toute seule ici, et sa petite bouche tordue dans une moue adorable qui lui semblait destinée, il n’eut pas le courage de le lui dire.

- Oui, soupira-t-il, je vous accompagnerai.

- Merci beaucoup votre Majesté ! s’exclama Yaone.

Son sourire mit un peu de baume au cœur de Gojyo. Cette jeune femme respirait la gaieté de vivre et une certaine fraîcheur dont il avait vraiment besoin en ce moment. Un instant déstabilisé, il lui sourit en retour.

De là où il était, Sanzo observa la scène et fut rassuré. Ces deux-là s’entendraient bien. Il suffisait d’un peu de temps.

- On m’a également raconté qu’il existe une source tout prés d’ici qui exauce les vœux, est-ce vrai ?

Bizarrement, alors qu’il n’avait pas du tout envie de répondre, Gojyo se surprit à lui sourire et à répondre à sa questions, et à toutes celles qu’elle posa sur son pays. C’était vraiment étrange : il aurait dû la détester, si ce n’était elle, au moins tout ce qu’elle représentait, mais il n’y arrivait pas. Son sourire était trop pur pour qu’il la haïsse. Et elle était trop belle.

Au fur et à mesure du repas et de leur conversation, il découvrit à travers elle une jeune femme intelligente, pétillante de vie et qui possédait ce petit quelque chose qui fait qu’on se sentait bien avec elle. Il se détendit petit à petit, touché par l’authenticité de Yaone.

Il ne la voyait pas du tout comme une potentielle conquête, encore moins comme sa femme, même si elle allait finalement le devenir, mais plus comme une amie…  Il en vient bientôt à rire, alors que quelques instants plus tard, il avait envie de hurler.

Il sortit du repas détendu, la princesse à son bras.

De son côté, la jeune femme trouvait le roi charmant, même s’il lui opposait une certaine distance, comme s’il ne voulait pas aller plus loin avec elle. Elle n’avait pas vraiment l’habitude de ce genre de choses, personne n’avait jamais osé lui faire du charme il était vrai, et elle était assez inexpérimentée, mais elle avait une fine intuition et savait vite qui étaient réellement les gens qu’elle côtoyait. Avec le roi, elle se sentait bien, mais comme une sœur se serait senti à l’aise avec son frère, ou une jeune fille avec un ami. Ça n’allait pas plus loin. Elle savait qu’elle devrait l’épouser, et cela ne l’inquiétait plus maintenant qu’elle le connaissait. Peut-être qu’avec le temps, leur amitié pourrait évoluer en amour… Peut-être… Si cette distance qu’il mettait inconsciemment entre eux tombait.

Elle lui rappela la promenade à cheval et le quitta, prétextant qu’elle devait se changer. Gojyo lui sourit puis partit rapidement vers ses appartements, espérant y trouver son amant. Mais la pièce était vide. Il appela un domestique et lui demanda s’il avait vu Hakkai, mais devant la réponse négative, il repartit aussitôt dans le palais à la recherche d’Hakkai. Au bout d’une heure, n’ayant rien trouvé et appelé par un serviteur de Yaone qui était prête pour la ballade à cheval, il abandonna et rejoignit la princesse. Cette situation le mettait mal à l’aise : il aurait vraiment voulut retrouver Hakkai pour lui parler, il en avait réellement besoin, et sa disparition ne lui inspirait rien de bon… Bizarrement, alors qu’il n’y croyait pas, il prit cela comme un présage et ce fut dans une humeur sombre qu’il partit vers les écuries.

Yaone le vit arrivé, le regard sévère et le visage fermé. Son attitude était complètement différente du repas et elle se demanda ce qui avait bien pu se passer entre-temps. Elle lui sourit mais il ne sembla pas la remarquer. Ce ne fut qu’au moment de sortir qu’il prit conscience de la situation et il fit un effort envers elle.

Habituée aux tracasseries d’état avec son père, Yaone réussit rapidement à dérider Gojyo. D’habitude, seuls Sanzo, Hakkai ou Goku réussissaient cet exploit, mais elle mit tellement d’ardeur à cette tâche que ce fut un succès. S’il ne lui répondait qu’à demi-mots au début, elle en vint à lui arracher des phrases plus longues, et enfin une véritable discussion s’installa. Sa curiosité excitée par l’intelligence de la jeune femme, Gojyo se détendit peu à peu et oublia ses soucis actuels pour se consacrer à la promenade. Après tout, la jeune femme n’était responsable de rien, et cela ne servait à rien de se montrer désagréable avec elle, d’autant plus qu’elle était tellement sympathique qu’il n’en avait pas le cœur. De plus, le temps était splendide, et ils passèrent une après-midi agréable. Les courtisans qui les accompagnaient furent ravis de cette entente qui s’installaient entre eux deux et les quelques dames de compagnies qui avaient accompagné Yaone, et qui étaient au courant de leur mariage prochain, furent très contentes de voir que si leur relation commençait ainsi, la suite serait sans aucun doute très satisfaisante.

 

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Si Gojyo était sorti sans voir Hakkai, ce n’était pas le cas de ce dernier qui s’était éternisé du côté des tours du palais, afin d’y rechercher un peu de paix après les révélations de Sanzo.

Ainsi, Gojyo n’avait pas voulu le voir… S’il avait été en pleine réunion politique et secrète, Hakkai aurait compris, mais le repousser pour passer un moment en tête-à-tête avec la princesse, cela le laissait perplexe… Ou plutôt furieux. Il sentait un étrange sentiment l’envahir, remplir son cœur et déborder dans ses nerfs, lui donnant l’envie de frapper sur n’importe quoi. Il ne comprenait pas ce qui le prenait, mais il ne fut pas long à se douter qu’il était habité par la jalousie. Au début, il se méprisa d’avoir aussi peu de confiance en Gojyo et  de supposer des choses aussi absurdes. Mais avec un peu de recul, c’était bien la première fois que le roi ne chassait d’un de ses repas… Ils les avaient toujours pris ensemble.

Mais voilà, une belle princesse arrivait et il devait alors manger avec son frère ! Gojyo avait-il honte ou au contraire son amant le gênait dans de pareilles circonstances ?

Toutes ces réflexions finirent par donner mal à la tête à Hakkai : il partait dans un délire, il était temps pour lui de se calmer. Gojyo lui avait toujours juré son amour, pas plus tard que cette nuit-même d’ailleurs, il était stupide de se conduire et de raisonner ainsi. Non, Gojyo ne lui ferait jamais cela…

Alors qu’il se calmait, il jeta un coup d’œil et aperçut plusieurs cavaliers qui s’éloignaient paisiblement. Il n’eut aucun mal à reconnaître l’étalon royal qui portait son précieux fardeau. Il fut intrigué au début, mais sa curiosité se transforma en colère quand il distingua les armoiries de la princesse Yaone sur les autres chevaux. Non content de passer le repas avec elle, il l’emmenait se balader à cheval ! Et sans lui !

En temps normal, Hakkai aurait compris qu’une promenade à cheval était parfois l’occasion d’ardentes discussions politiques dont l’éloignement du bureau n’était pas celui des esprits, et il savait que dans ces temps-là, sa présence n’était pas toujours bien vue. Et cela était normal. Mais en voyant Gojyo partir avec Yaone, sa jalousie occulta son raisonnement et il tapa rageusement du poing contre le rebord de la fenêtre par laquelle il avait aperçu les cavaliers. 

La présence de la princesse commençait sérieusement à l’énerver, surtout quand elle se montrait aussi pressante envers Gojyo.

Il regarda les silhouettes disparaître au loin, ruminant ses sombres pensées.

 

 

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Dokugakuji se dirigeait d’un pas nonchalant vers le grand salon où il espérait trouver un peu de compagnie pour se distraire. Il croisa dans le couloir quelques jeunes courtisans qui le saluèrent bien bas avant de chuchoter dans son dos, peu gênés de ne pas être discrets. Dokugakuji essaya de les ignorer, après tout ce n’était guère qu’un irrespect de plus envers sa personne. Depuis cette fameuse nuit où il avait reçu la punition de sa vanité, les messes basses sur son passage ou les insultes dans son dos se multipliaient. Son frère et Hakkai n’avaient pas agi légèrement : ils savaient qu’en se vengeant de cette sorte, la punition ne s’arrêterait pas à cette seule nuit : elle s’étendrait dans le temps à travers les courtisans et la cour despotique et lui rendrait très vite la vie insupportable. Le roi n’avait plus d’estime pour son frère, les nobles l’entourant n’avaient plus à en avoir non plus.

Heureusement pour lui, s’il avait perdu un peu de sa dignité, cela n’avait en aucun cas touché sa valeur politique et en tant qu’héritier direct du trône, puisque Gojyo n’avait pas d’enfant, il restait entouré de certains nobles ambitieux. Il pouvait compter parmi eux des amis, mais rien de très sérieux, il savait qu’au moindre problème, ils l’ignoreraient ouvertement. Au moins, ils avaient l’avantage de lui faire passer le temps, qu’il trouvait de plus en plus long dans ce palais mortellement ennuyant. C’était eux qu’il allait retrouver afin de passer l’après-midi entouré de joyeux noceurs qui voudraient bien rire avec lui…

Il traversa plusieurs salles, dont celle qui servait aux entraînement à l’épée. Cette salle était magnifique mais peu décorée en raison de son utilisation : c’était l’endroit où les nobles prenaient plaisir à s’affronter à l’épée pour se prouver leur valeur mutuelle ou simplement pour s’entraîner. On y avait interdit les duels pour plus de commodité. De chaque côté de la salle se dressaient de grandes tables où l’on trouvait divers mets et boissons, destinés à rafraîchir ou soutenir les combattants. Le centre était dégagé pour laisser la place aux duellistes. Lorsque certains se battaient, quelques nobles venaient les admirer et restaient sur le côté, prés des buffets, et discutaient ensemble. Alors qu’il passait entre eux, Dokugakuji fut arrêté par un courtisan qui l’aborda pour lui parler politique. Il s’attarda puisque rien de sérieux ne l’appelait, et ce que le noble avait à lui révéler l’intéressa au plus haut point. L’homme avait des relations, et il savait de source sûre, après s’être frotté aux ambassadeurs et nobles qui avaient accompagné la princesse Yaone, qu’on organisait le mariage entre le roi et la princesse afin de créer une union. Dokugakuji le remercia pour une telle information : le bonheur si rayonnant de son frère, qu’on ne cessait de lui jeter à la figure, allait se briser en mille morceaux. Le pauvre Hakkai allait devoir quitter la cour et lui serait enfin vengé de cette humiliation mordante…

Pendant qu’il réfléchissait aux implications de toute cette histoire, il fut légèrement bousculé. Un combat avait lieu au milieu de la salle d’entraînement, apparemment violent, et sur une embardée des deux combattants, les spectateurs s’étaient écartés pour ne pas recevoir de coup, bousculant au passage Dokugakuji et son interlocuteur.

- Mais, qu’est-ce qui se passe ici ? se fâcha Dokugakuji, qui ne supportait pas d’être ainsi dérangé.

- C’est un des noble qui accompagne la princesse, Monsieur, répondit son compagnon. C’est une lame redoutable et le comte Muffat l’a défié en combat singulier tout à l’heure. Mais je crains fort que ce pauvre comte ne doive déclarer forfait, ce jeune homme est vraiment excellent. 

Comme pour venir confirmer ses paroles, l’un des deux combattants déclara soudain forfait, et posa un genoux à terre pour montrer sa défaite. Il semblait épuisé et reprenait avec difficulté son souffle. Dokugakuji jeta un coup d’œil à la scène avant de quitter son compagnon d’un mot et de se diriger vers la sortie.

Tandis que les deux combattants étaient entourés et féliciter pour leur impressionnant combat, on remarqua soudain la présence du frère du roi. Et un homme ne pu s’empêcher de l’apostropher :

- Monsieur, ne partez pas ainsi, il nous faut quelqu’un pour défendre l’honneur du royaume !

Les têtes se tournèrent tandis que l’on retenait Dokugakuji.

- Qu’est-ce que vous me voulez ? demanda-t-il.

- Le comte Muffat vient de prendre une véritable raclée face à ce jeune homme de l’escorte de la princesse. Il vous faut combattre pour montrer la vaillance des hommes de notre pays ! ajouta l’homme, encouragé par ses compagnons.

Le jeune homme en question reprenait son souffle, après avoir remercié le comte Muffat. On lui avait donné une serviette et il essayait la sueur de son visage, si bien que Dokugakuji ne pu l’apercevoir et il haussa les épaules.

- Demandez à quelqu’un d’autre, je suis occupé… dit-il d’un ton las, comme si tout cela l’ennuyait, ce qui n’était pas loin de la vérité.

- Mais vous êtes l’une des meilleures lames de la cour Monsieur, entendit-il.

Dokugakuji esquissa un geste de refus et fit mine de partir en l’éloignant vers la porte. Les courtisans parlaient entre eux dans un véritable brouhaha mais cela n’empêcha pas une voix claire et nette de se détacher au-dessus de la confusion. 

- Auriez-vous peur ?

Dokugakuji se figea sur place et sourit, le dos tourné à la salle. Il savait qu’aucun courtisan n’oserait dire cela aussi fort alors qu’il était dans la salle, même s’il ne possédait plus la même aura qu’avant. Personne n’aurait osé émettre une telle chose devant lui… Personne, hormis le jeune combattant afin de le pousser à se battre. En temps normal, une telle bravade l’aurait énervé, mais la façon dont il l’avait dit, sur un ton qui ne reflétait nul mépris mais plutôt du défi, le fit sourire. Il aimait l’audace. Il se retourna et scruta le jeune homme, dans un silence de mort : tous les courtisans s’étaient tus en l’entendant et fixaient la scène, curieux de savoir ce qui allait se passer.

- Et de quoi  pourrai-je bien avoir peur ? Eclairez-moi….

Le jeune homme gardait les sourcils froncés, ce qui lui donnait un air plus vieux qu’il ne l’était réellement, et éveilla la curiosité de Dokugakuji. Il adorait donner des leçons aux gens sérieux, et encore plus jouer avec eux… Il se rapprocha doucement, cherchant quelque chose dans le regard de son adversaire, sans trop savoir quoi… Peut-être de la méfiance, ou encore un sentiment de toute-puissance, il cherchait quelque chose qui l’éclairerait sur le jeune homme. Mais ses prunelles ne reflétaient absolument rien, sinon une franchise à toute épreuve et une pureté incompréhensible. Il s’arrêta à quelques pas de lui : toute la salle avait retenu son souffle.    

Le jeune homme leva soudain sa lame et la dirigea vers Dokugakuji, sans menace toutefois.

- Et bien, pourquoi refuser de se battre dans ce cas-là ? demanda-t-il simplement.

Le frère du roi rencontra son regard et s’y accrocha comme pour le tester. Puis il tourna la tête en soupirant.

- Très bien, puisque vous y tenez tant. Gaëtan, donne-moi une lame s’il te plaît.

Un jeune valet courut jusqu’aux épées entreposées dans un coin spécial de la salle et lui rapporta la même lame que celle du jeune homme en face de lui. Dokugakuji retira sa veste, fit quelques mouvements d’assouplissements, histoire de se préparer puis se mit en position d’escrime. Son adversaire en fit autant tandis que les spectateurs s’écartaient par mesure de sécurité.

- Otez-moi d’un doute : j’espère au moins que vous n’êtes pas mauvais perdant ?!

Dokugakuji sourit de ce qu’il venait de dire : ce petit combat lui redonnait son ironie naturelle. L’autre ne broncha pas mais esquissa un très léger sourire qui ne s’attarda pas longtemps sur sa bouche.

Au signal lancé, les deux combattants s’élancèrent l’un sur l’autre. Les épées se rencontrèrent, se cognèrent et lancèrent un gémissement métallique. Les deux mains se crispèrent sur les gardes des lames, évaluant la force de l’adversaire. Bref coup d’œil : aucun ne comptait montrer un quelconque signe de faiblesse. Dokugakuji avait espéré que son combat précédent aurait épuisé le jeune homme mais l’énergie qu’il déploya déçut ses espoirs. Il devrait se fatiguer lui aussi. Ils se reculèrent, et les épées coupèrent l’air violemment avant de se rencontrer de nouveau sauvagement. Nouvelle prise sur la garde, nouveau coup d’œil. Les deux adversaires étaient forts, la partie n’était pas gagnée d’avance. Dokugakuji sentit la puissance de l’inconnu et comprit qu’il devrait déployer toute sa force pour en venir à bout. Les coups se multiplièrent, perdant parfois de la puissance pour plus de rapidité. Le jeune homme était agile, et son visage fermé empêchait de deviner ses mouvements. Dokugakuji était plus musclé, et le sourire constant qu’il affichait déstabilisait son adversaire, comme s’il craignait une blague à tout instant.

Les corps étaient en mouvement au milieu de l’assemblé qui ne disait mot, de peur de les déconcentrer. Et le spectacle était de toute beauté : il était rare d’admirer un tel combat.  

Dokugakuji tenta soudain un mouvement sur la gauche, et son adversaire se jeta dans l’ouverture. Seulement, il avait feinté et l’instant d’après, une large entaille barrait le bras de l’inconnu, qui grimaça de douleur. Mais il se reprit vite et son attaque suivante faillit faire tomber Dokugakuji qui ne s’y attendait pas. Les souffles s’accélérèrent, la sueur apparut sur les fronts, et les épées se firent plus lourdes dans les mains. L’inconnu se dégagea soudain et se recula pour reprendre son souffle, tout en profitant de cela pour se décaler sur le côté de Dokugakuji. Quand celui-ci le remarqua, le jeune homme était déjà à portée de lame et il l’évita à temps en jurant. L’inconnu était un véritable démon et Dokugakuji fut obligé de s’avouer qu’il n’avait jamais connu de combattant pareil, hormis son frère et Sanzo peut-être… Les deux hommes étaient les seuls à pouvoir le battre, mais si cela continuait, il pourrait agrandir sa liste. Sa blessure bénigne ne semblait même pas le faire souffrir et il envoyait coup sur coup.  Le frère du roi se rattrapa à son tour et donna du fil à retordre au jeune inconnu.

Cela devait faire une demi-heure qu’ils se battaient sans faiblir et les courtisans regardaient le spectacle, émerveillés. Si Dokugakuji n’était pas un homme d’honneur, il était cependant un combattant hors pair. Quand au jeune noble, un démon semblait l’habiter et il se battait comme tel. 

Puis, tout d’un coup, sans avertir, les deux combattants s’éloignèrent l’un de l’autre et reprirent leur souffle, la lame appuyée contre le sol en signe de pause. Ils ne se quittèrent pas des yeux et Dokugakuji esquissa un large sourire, reprit timidement par son adversaire.

- Devons-nous continuer ? demanda le frère du roi tout en reprenant sa respiration.

- Je dois vous avouer que je n’en peux plus. Mais si vous voulez continuer, je suis votre homme, répondit fièrement le jeune homme.

Dokugakuji sourit encore plus devant sa détermination, cet homme lui plaisait.

- Non, je crois que la leçon a été suffisante pour aujourd’hui. En tout cas, bravo jeune homme, bravo et merci. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas battu ainsi.

Ils se saluèrent sous les applaudissements du public qui avait apprécié la démonstration de force.

Puis Dokugakuji rendit son épée au jeune valet et s’approcha de son adversaire qui avait repris une serviette pour s’éponger le visage. Il était visiblement à bout de force, mais le frère du roi n’était guère en meilleure position.

- Pourrai-je connaître le nom de celui qui a failli me battre aujourd’hui ? dit-il dans un sourire mi-taquin, mi-curieux.

L’autre releva les yeux et lui répondit calmement :

- Je m’appelle Kougaiji d’Hirment. J’accompagne la princesse Yaone…

- J’avais cru comprendre oui, reprit Dokugakuji.

Le jeune homme conservait un calme olympien, et son visage fermé attira l’attention du frère du roi. C’était comme s’il était trop sérieux pour son âge, trop réservé pour sa jeunesse. Et il ne parlait pas beaucoup, remarqua Dokugakuji : tout dans sa personne l’intriguait.

Le jeune homme supporta son regard un instant avant de faire mine de s’éloigner. Bizarrement Dokugakuji eut envie de le retenir, il avait envie de rester un peu avec lui et de découvrir ce que renfermait cet étrange silence, ce calme trop présent dans sa personne… Ses yeux tombèrent soudain sur la blessure au bras du jeune homme : elle saignait doucement, tâchant sa chemise de rouge.

- Attendez !

Kougaiji s’arrêta et le regarda venir vers lui. Les gens autour d’eux bavardaient gaiement du combat fini, ou d’autre chose, ne se préoccupant plus des combattants en eux-même, et c’est tranquillement que Dokugakuji pu demander au jeune homme :

- Il faut désinfecter cette blessure, on ne sait jamais. Venez avec moi.

Kougaiji lui lança un regard étrange mais acquiesça et le suivit en silence.

 

 

A suivre….