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                              La Putain du roi

 

La vengeance du roi fut terrible : tous les membres du complot reconnurent qu’ils s’étaient attaqués à trop gros morceau. Ils ne purent lui échapper et Gojyo les traqua jusque dans les pays voisins auquel il demanda leur extradition. Les dirigeants des pays voisins acceptèrent volontiers, peu enclins à recevoir en leur seins de tels sujets !

Le roi les fit tous exécuter, et provoqua la ruine de leur familles. On pouvait juger le jugement lourd, mais il en allait du bien du royaume. On ne garde pas les brebis galeuses dans son troupeau.

Sanzo participa activement à cette chasse, trop heureux de se venger de ce qu’on lui avait fait subir. Pendant quinze jours, il se changea en un bourreau implacable, qui faisait peur à tout le monde. Ce n’est que quand Goku lui-même en eut peur qu’il se calma. Voir la peur dans les yeux de son petit compagnon fut pour le premier conseiller une véritable douche froide. Il laissa alors le travail aux enquêteurs et partit quelques jours dans un domaine en campagne, histoire de calmer ses nerfs. Goku tint à l’accompagner et le palais parut soudain vide aux yeux d’Hakkai. Au fil du temps, ils étaient pratiquement devenus ses seuls amis aussi se résolut-il à passer quelques jours seul.

Il s’occupait comme il pouvait mais la vie à la cour avait cela de désavantageux : pour quiconque que les mondanités et autres artifices n’intéressaient pas, il y avait peu à faire. D’une manière générale, il avait peu d’amis à la cour et comme le roi était très souvent occupé, le trône obligeant, on surprit le jeune homme en train d’aider les serviteurs et autres valets dans leurs tâches quotidienne. Simple et amical, ne prenant jamais quelqu’un de haut et s’abaissant toujours aux plus humbles, il était devenu leur ami et les serviteurs se faisaient une joie de lui offrir un peu de distraction, quitte à prendre du temps sur leur travail. Au fil des jours, Hakkai découvrit tous les secrets que renfermaient le palais et tout le petit monde qui gravitait autour de lui, discret mais bien présent.

Il se proposa pour aider l’actuel chambellan qui accepta son aide avec joie, étant donné qu’il rencontrait beaucoup de difficultés avec les domestiques. Ces derniers l’avaient pris en grippe et obéissaient plus ou moins bien à ses ordres, ce qui lui valait des remontrances lorsque le travail n’était pas fait. Hakkai, qui avait réussi à développer des liens avec les employés du château, lui fut d’une grande aide. Si bien qu’il ne vit pas le temps passer….

Gojyo quant à lui avait énormément de travail, surtout depuis que Sanzo était parti, aussi passait-il la majeure partie de son temps enfermé dans son bureau avec ses ministres, et il ignora pendant longtemps les activités de son amant. Il ne les apprit que bien plus tard, d’une façon pour le moins désagréable.

Un jour, le chambellan se présenta avec une requête particulière devant Hakkai. Il était débordé ce jour-là et avait à faire dans tous les coins du palais. Mais il avait un travail plus urgent que les autres, qui requérait du tact, et il savait Hakkai talentueux pour cela. Touché, le jeune homme accepta avec enthousiasme, et le chambellan le remercia beaucoup. Lorsqu’il lui demanda ce qu’il devait faire, il eut la surprise d’entendre qu’il devait se rendre chez la reine afin de récupérer une lettre qu’il devrait remettre à la personne désignée par la reine mère. Le chambellan lui faisait toute confiance, et comme il avait véritablement besoin de son aide, Hakkai n’eut pas le cœur de refuser, mais il avait un drôle de pressentiment.

A vrai dire, il n’avait rencontré la reine mère qu’une seule fois, et encore celle-ci s’était mise à genoux devant lui pour qu’il aille rejoindre son fils, chose qu’il avait mal prise à l’époque. Depuis, il ne l’avait jamais revu, elle restait cloîtrée dans ses appartements et ne se montrait jamais à la cour. D’ailleurs, Gojyo n’en parlait jamais, et Hakkai ne chercha jamais à le forcer de lui en parler, mais il trouvait que les relations dans cette familles étaient étranges.

Aussi, ce fut avec un certain mal-être qu’Hakkai se présenta chez la reine : il ignorait tout d’elle et de la réaction qu’elle pourrait avoir à le voir lui et non le chambellan en qui apparemment elle avait placé toute sa confiance.

Il frappa doucement à la porte et ce fut une vieille servante qui vint lui ouvrir. Malgré son air revêche, elle accepta qu’il entre, mais son regard le suivit partout, comme son ombre. Il se dit pour lui-même qu’il n’avait pas intérêt à faire le moindre faux pas, sans quoi elle risquait de lui sauter dessus toutes griffes dehors !

La vieille femme le mena dans un salon et le prévint d’attendre là. Il avisa un fauteuil mais n’osa pas s’asseoir : la reine pouvait arriver d’un moment à l’autre et il aurait été impoli de s’asseoir avant qu’elle ne soit là. Aussi prit-il son mal en patience.

Elle se présenta au bout d’un quart d’heure, et elle amena avec elle dans la pièce une odeur pesante de jasmin qui vint envelopper Hakkai.

Elle était très belle, malgré les rides qui parcouraient son visage, mais sa beauté était froide, presque glaciale, très différente de celle de son fils. Autant Gojyo était le feu, source vive de chaleur, autant elle était la bise glacée du nord, qui refroidissait dés son approche. Son regard était fixe, presque rageur, et tous ses traits semblaient renfermer une colère sourde qui provoquait une drôle d’impression chez son interlocuteur.

- Que faites-vous ici ?

La voix était tranchante comme la glace.

- Je suis envoyé par la chambellan. Il est désolé de ne pouvoir venir et vous prie de me considérer comme votre serviteur.

Il fit une petite courbette et la reine se permit de se détendre, rassurée qu’il ne vienne pas en ennemi.

- Asseyez-vous je vous prie.

Hakkai choisit le premier fauteuil qui avait attiré son attention tandis que la reine s’assit dans une vieille bergère.

- Je ne vois jamais personne de la cour, aussi étais-je surprise de vous voir. Veuillez me pardonner si j’ai été aussi impolie.

Hakkai préféra ne pas répondre et attendit la suite, inévitable.

- Ainsi vous travaillez pour le chambellan ?

- Une façon comme une autre de passer le temps, répondit-il, faisant semblant d’y trouver peu d’intérêt.

Mieux valait jouer sur les apparences, se dit-il.

La reine le scruta pendant quelques minutes, essayant de percer le masque impassible qu’il s’était forcé d’afficher, puis reprit, très directe.

- Comment cela se passe-t-il avec le roi ?

Pris au dépourvu, le jeune homme accusa le coup.

- J’espère qu’il ne vous maltraite pas, il peut être si brutal !

- Oh non, tout va très bien, je vous rassure.

- J’ai été désolée de vous voir poussé vers lui, mais lorsqu’il est en rut, rien ne l’arrête !

Les mots choquèrent Hakkai, qui comprit que peu d’amour devait exister entre ces deux êtres.

Elle s’exprimait avec une sorte de grimace de mépris quand elle parlait de son fils qui ne lui échappa pas.

- Ah, si seulement son frère n’avait pas abdiqué ! soupira-t-elle fortement.

Hakkai ne savait rien de cette histoire mais le nota dans un coin de son cerveau pour le ressortir plus tard avec Gojyo. Il n’avait jamais entendu parler d’un frère du roi… Il pourrait peut-être l’éclairer…

- C’était un garçon merveilleux, et il a refusé d’être roi ! Son destin devait l’appeler ailleurs, mais de là à laisser un tel incompétent sur le trône !

Les mots étaient cruels et sans réflexion profonde, juste dictés par le besoin de faire et dire du mal.

- Majesté, je suis venu pour une lettre….

Il voulait vite partir, mais le regard que lui laissa la reine le refroidit dans son impatience.

- Mes paroles vous dérangent ? Il est vrai que vous n’êtes que son jouet, comment pourriez-vous me comprendre ?!

Retenant à grand-peine son envie d’envoyer balader la reine et sa lettre, Hakkai se força à sourire.

Voyant que rien ne servait de l’insulter, la reine lança un vague soupir, comme si elle le prenait pour un simple d’esprit et appela sa servante qui attendait dans un coin.

- La lettre !

La vieille femme lui apporta et revint à sa place, toujours silencieuse. La reine posa la lettre sur la table devant elle. Elle ne voulait pas avoir le moindre contact avec le jeune homme.

- Elle doit être dans les mains de la comtesse d’Adelba avant ce soir, est-ce compris ?

Hakkai se leva, prit la lettre, fit une courbette et sortit sans demander son reste.

Une fois dehors, il respira très fort pour évacuer sa colère mais cela ne marcha pas comme il l’avait espéré. Tel un automate, il partit délivrer la lettre à la comtesse puis se réfugia dans la petite école du palais, où son frère avait cours. Il aimait y aller, il était prés de son frère et cela avait le don de le réconforter. Il assista à la classe devant la porte, ruminant ses pensées.

 

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Le soir-même, Gojyo revint plus tôt de son bureau. Pendant tout le dîner, il ne dit pas un mot et ne regarda personne, le nez perdu dans son assiette, et Hakkai sentit que la tempête n’était pas loin.

Elle explosa dés qu’ils mirent un pied dans la chambre.

La porte se referma sans bruit et Hakkai se retrouva pris au piège.

- Pourquoi es-tu allé chez la reine aujourd’hui ?

La voix était contenue et renfermait une colère noire qu’Hakkai connaissait peu.

- J’avais une mission pour le chambellan.

- Depuis quand travailles-tu pour lui ? Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?

Hakkai se concentra avant de répondre, conscient qu’il aurait besoin d’une bonne argumentation.

- Comme je n’ai rien à faire au palais, j’ai choisi d’être utile ! Je préfère aider ces gens plutôt que de m’ennuyer ferme à la cour. Je suis désolé si j’ai dû pour cela rencontrer ta mère, mais ce n’était qu’un accident, crois-moi !

- Ce n’est pas ma mère !! hurla soudain Gojyo.

Hakkai sursauta, il n’avait jamais vu Gojyo dans une colère aussi noire !

- Cette chose me hait depuis trop longtemps pour qu’on puisse encore dire que c’est ma mère !!! Elle est venue me trouver après ta visite figure-toi, elle qui ne sort jamais pour me voir, mais là elle avait matière à m’insulter, aussi ne s’est-elle pas privée !!

Hakkai n’imaginait pas que leurs relations en étaient à ce stade, et il ressentit un peu de pitié pour Gojyo, dont il devina soudain l’enfance mal aimée.

- Je ne savais pas qu’elle ferait cela….

- Cela ne l’a pourtant pas gêné, crois-moi !! Elle a été encore plus odieuse que d’habitude !! Je ne te répéterai même pas ce qu’elle m’a dit, ce n’en est pas digne d’intérêt, mais je ne veux plus entendre cela, plus jamais !!!! Aussi vas-tu arrêter d’aider le chambellan, ce n’est pas ta place ! Tu as compris ?!

Comprenant qu’il devait réagir s’il ne voulait pas perdre le peu qu’il avait gagné, Hakkai s’énerva, vexé que son amant le prenne comme cela.

- Il n’en est pas question ! Cela fait longtemps que j’aide le chambellan, et c’est bien la première fois qu’il arrive une telle chose ! De toute façon, que j’aide ou non au palais, ta mère aurait quand même trouvé à redire, vu ce que tu en dis ! Alors arrête de te défouler sur moi, je n’y peux rien si vous ne vous entendez pas ! Je n’ai pas d’ordre à recevoir de toi, à part celui de satisfaire tes besoins sexuels ! Pour le reste, je suis libre !!

Hakkai mit une main sur sa bouche, conscient qu’il avait été beaucoup trop loin. Il ne pensait même pas un mot de ce qu’il venait de dire, mais la colère l’avait rendu aveugle et sourd. Stupéfait, Gojyo le regardait, pétrifié.

- C’est comme cela que tu le vois….. ?

Sa voix était faible et désemparée, et Hakkai regretta aussitôt ce qu’il venait de dire.

- Excuse-moi, mes paroles ont largement dépassé ma pensée, j’ai été stupide ! J’ai cédé à la colère comme un idiot ! Mais la rencontre avec ta mère m’a autant bouleversé que toi, je te prie de le croire ! Elle aussi m’a dit des choses horribles !

Le silence tomba comme une chape de plomb.  

Hakkai tenta une dernière excuse en se rapprochant de Gojyo, qui accepta son étreinte sans bouger.

- Je t’aime….

Le roi enfonça son visage dans l’épaule d’Hakkai et ne bougea plus, submergé par les sentiments.

- Je ne pensais vraiment pas ce que j’ai dit, s-il-te-plaît, dis-moi quelque chose….

- Cette femme a le don pour rendre les gens agressifs…

 

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La nuit qui suivit fut remplie de découvertes pour Hakkai.

Gojyo blotti dans ses bras comme un enfant, tous deux couchés sous les couvertures, le roi lui parla de son enfance, période inconnu de la plupart des gens. Il se livra sans retenue, et le jeune homme fut touché de cette marque de confiance, surtout après les horreurs qu’il lui avait dite, et qui restaient gravées dans sa mémoire.

- Ma mère, après seulement deux ans de mariage, a accouché d’un fils. Elle en est tout de suite tombée amoureuse, il était et de loin son préféré parmi tous. Il était promis au trône et eut droit à tous les honneurs en conséquence. On raconte, du moins c’est ce que j’ai pu entendre dans certaines conversations de boudoir, qu’elle a tout essayé ensuite comme moyen de contraception, elle est même allée rendre visite à des sorcières, mais ça n’a pas empêché que j’arrive. Dés ma naissance, elle m’a détesté : normal, j’étais un rival potentiel pour son fils adoré ! Je ne me rappelle pas avoir reçu la moindre marque d’affection, la moindre parole gentille de sa part, c’est tout juste si elle m’ignorait. Quant à mon père, il était tout le temps parti et ses obligations n’ont pas fait de lui le père idéal. De plus, il était souvent pris par l’éducation de mon aîné, puisqu’il était destiné à la couronne, aussi je ne fut jamais qu’un poids pour eux tous. J’ai vécu en solitaire, avec pour seuls amis ceux de ma classe d’école, que j’ai toujours gardé d’ailleurs. Sanzo en faisait parti, on ne peut pas dire qu’au début il a été un ami formidable, il était trop hautain pour cela, mais au fur et à mesure, je crois que j’ai réussi à gagner son estime et depuis je pense avoir quelque valeur à ses yeux.

Gojyo eut un petit rire.

- Tout s’est chamboulé à la mort de mon père. J’avais 16 ans et mon frère 20 ans. Il aurait dû prendre place sur le trône, mais au dernier moment il a refusé et a abdiqué en ma faveur. Ma mère a toujours cru que je l’avais influencé mais de tous, je peux te jurer que c’était moi le plus surpris. Je n’ai jamais compris son geste…. Peut-être avait-il besoin de vivre sa vie et la couronne n’était pas le meilleur moyen d’y parvenir….

Hakkai déposa un léger baiser sur son front :

- Pourtant, moi je trouve que tu te débrouilles à merveille !

- Merci….  Mais dés lors, ma mère a été encore plus odieuse ! Mon frère est parti et on en l’a plus jamais revu. Je pense qu’il a trouvé son bonheur aux bras d’une fille de ferme et travaille maintenant dans les champs, ou n’importe quoi d’autre…. Comme je n’avais que 16 ans, ma mère a pensé qu’elle pourrait gouverner à ma place, faire de moi son pantin mais je ne me suis pas laissé faire. Quand elle a vu que je ne réagissais pas comme elle le souhaitait, elle s’est enfermée dans ses appartements et n’en ai plus jamais sorti que pour venir m’insulter ! Comme aujourd’hui…

Hakkai fut touché de toutes ces révélations et serra fort le roi entre ses bras pour lui transmettre sa force. Maintenant, il avait droit à un peu d’amour et Hakkai se chargeait de cela….

 

 

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Après cette nuit-là, Gojyo ne reparla plus jamais de sa mère et ne contesta plus le fait qu’Hakkai s’occupe un peu au château.

Cependant, la reine fut rappelée à leur mémoire par son médecin personnel qui vint annoncer un soir au roi, alors qu’il dînait, qu’elle était mourante.

Surpris puisqu’il ignorait tout de sa maladie, Gojyo demande au roi ce qui se passait. Ce dernier lui répondit que la reine mère était malade depuis six mois, mais qu’elle avait toujours refusé qu’on en parle à son fils et qu’elle s’était laissé mourir, loin de tous. Mais ce soir-là, il était clair que son agonie ne durerait plus éternellement. Lorsque Gojyo présenta le souhait d’aller la voir, il fut rabroué devant la porte de ses appartements par la vieille servante qui maintint que sa maîtresse refusait de le voir avant sa mort. Exaspéré, Gojyo s’en alla sans rien dire mais passa la nuit dehors, tourmenté par ses propres démons. En rentrant en pleine nuit, il réveilla  Hakkai qui dormait depuis longtemps et lui fit l’amour très violemment, comme si dans ce geste il essayait de s’arracher lui-même à la mort. Puis, une fois calmé, il s’excusa auprès de son amant et s’endormit d’une souche, épuisé.

Hakkai, quoiqu’un peu surpris de son attitude, le comprenait un peu. Sa mère l’avait toujours détesté mais lui, en tant que fils, n’avait jamais trouvé la force de la haïr autant qu’elle le détestait. Il avait toujours eut l’infime espoir qu’un jour elle l’aimerait un peu, mais cet espoir s’évanouissait avec sa mort prochaine. Jusque là, elle le rejetait de toutes ses forces.

On lui rapporta le lendemain qu’elle était morte dans la nuit, hurlant le nom de son aîné jusqu’à son dernier cri. Gojyo resta silencieux à l’annonce de sa mort mais tint à organiser ses funérailles lui-même. Hakkai l’assista de son mieux mais il se sentit un peu inutile. Sanzo et Goku revinrent exprès pour l’enterrement, qui eut lieu un dimanche, comme la reine mère l’aurait souhaité.

Si Hakkai fut heureux de les revoir, il n’en laissa rien paraître. Pendant toute la cérémonie, assommante, qui eut lieu à l’église, le jeune homme resta derrière le roi, qui était alors de marbre. Il voulut rester sérieux, mais son regard fut attiré par un homme qui tenait une place d’honneur aux côtés du roi, alors qu’il ne le connaissait pas du tout. Pourtant, à force de les côtoyer, les hommes de la cour n’avaient aucun secret pour lui, il les connaissait tous. Mais cet homme ne lui disait rien du tout. Il avait un regard très étrange, un mélange d’assurance et d’envie qui lui faisait froid dans le dos. Cependant, le chagrin était bien visible sur son visage. Sans doute un proche de la reine qui n’avait pas mis les pieds à la cour depuis des années. Pourtant, il était assez jeune…. Et ressemblait assez à Gojyo à y voir de plus prés…

Il tourna les yeux vers Hakkai et le regard noir qu’il lui lança dissuada le jeune homme d’insister. Il tourna les yeux mais sentit le regard de l’inconnu peser sur lui.

Longtemps après la fin de la cérémonie, il sentait encore son  regard accroché dans son dos.

La messe finit et l’on transporta le cercueil jusqu’au cimetière réservé aux rois. Lorsque le cercueil glissa dans le trou prévu à cet effet, Gojyo eut un sursaut involontaire qu’il réprima bien vite. 

Tout était fini.

La cour retourna au palais alors que Gojyo restait quelques instants afin de dire au revoir correctement à sa mère. Hakkai choisit de rester un peu à l’écart avec Sanzo et Goku.   L’inconnu s’approcha du roi et Hakkai eut une drôle d’impression en le voyant s’approcher.

- Sanzo, qui est-ce ?

- C’est Dokugakuji, le frère du roi.

- Le quoi ?

L’homme s’approcha de Gojyo et lui passa un bras sur l’épaule, amical.

- Alors, petit frère, comment va ?

- Tout va bien , je te rassure. Désolé pour Mère, mais elle m’avait tout caché de sa maladie…

- Ce n’est pas étonnant ! Elle adorait les secrets….

Le silence tomba entre eux, les liens étaient difficiles à ressouder.

- J’ai été tenu   au courant de tes derniers caprices…

- Et alors, ce n’est pas moi qui ait abdiqué !

- Oui, oui, tout cela est du passé…. 

L’homme prit une profonde inspiration et enleva son bras des épaules du roi.

- Tu restes longtemps ? lui demanda Gojyo.

- Peut-être….

- Où étais-tu pendant tout ce temps ? Mère n’a cessé de te faire chercher, tu sais…

- J’ai passé mon temps à fuir, et je repartirai, sois-en sûr ! Mais j’ai envie de me replonger quelque temps dans la vie de la cour, juste histoire de m’amuser, répondit-il avec un sourire malicieux.

Sur ces mots, il partit du cimetière, lançant un dernier regard vers Sanzo et Hakkai.

Gojyo resta seul prés de la tombe, silencieux. Le retour de son frère ne l’enthousiasmait guère, ils ne s’étaient jamais réellement entendu… Il avait joué à l’égoïste et lui avait laissé un lourd fardeau royal sur les épaules, l’abandonnant à son sort sans s’en préoccuper le moins du monde….  Peut-être avait-il changé, et Gojyo l’espérait, mais au fond de lui, il aurait préféré qu’il ne réapparaisse jamais dans sa vie, même s’il était son frère.

 

 

A suivre…..