...........................

Genre : yaoi, historique

Disclamer : ces perso ne sont pas à moi

 

Bonne lecture !

 

                     La Putain du roi

 

Cela faisait trois jours que les canons ennemis donnaient et personne n’avait eu une minute de répit. A croire qu’on voulait les tuer d’épuisement. Chaque soldat cependant gardait son poste avec courage, même s’il sursautait au moindre bruit d’explosion, et cette vaillance se retrouvait jusque dans l’état-major qui n’avait pas fermé l’œil depuis trois jours et formait plan sur plan pour détruire les armes lourdes ennemies. Malheureusement, aucun de ces plans n’avait encore fonctionné, aussi Gojyo se leva-t-il vivement, exaspéré de voir que la dernière tentative avait encore échoué. Il se mit à tourner en rond sur place devant l’œil médusé de ses généraux qui le suivaient du regard sans oser dire quoi que ce soit.

- Mais bon sang, vous êtes des généraux, entraînés depuis votre prime enfance pour combattre toute sorte d’ennemi, et vous n’arrivez pas à détruire ces maudits canons !! Je pourrais savoir pourquoi ??

Tous baissèrent les yeux, réellement désemparés. Il n’y avait aucune réponse à cette question, aussi attendirent-ils que le roi continue.

Mais ce fut Sanzo qui se leva au grand étonnement de tous, quoiqu’ils le connaissaient bien, et répondit :

- Ce n’est pas la peine de hurler, ça ne fera pas plus avancer les choses ! Reprenons ces plans plutôt que de tourner en rond.

Il dit cela en regardant le roi et ce dernier se sentit un peu ridicule. Il se rassit en grognant quand un messager arriva du palais. Le postier voulut donner la lettre à Sanzo, puisqu’elle lui était destinée, mais Gojyo lui demanda de lui apporter immédiatement. Il espérait secrètement que c’était Hakkai qui s’inquiétait pour lui aussi prit-il la lettre et la dévora-t-il devant tous sans attendre. Mais ce qu’il lu ne le réjouit pas du tout, il devint au contraire très pâle.

- Mon roi, qu’est-ce qui se passe ? demanda l’un des généraux.

Gojyo sursauta à cette voix, jeta le billet et courut dehors.

Tous l’attendirent hurler qu’on selle son cheval avant qu’il ne disparaisse.

Personne ne bougea pendant quelques instants, très étonnés de l’attitude du roi, puis Sanzo se pencha et ramassa le billet.

- Oh non…. furent ses seuls mots après la lecture du billet.

 

 

 

Lorsque Gojyo entra dans la chambre, Hakkai était couché, son frère, Goku et un médecin à ses côtés. Le scientifique s’inclina devant le roi mais celui-ci l’ignora et vint immédiatement auprès du jeune homme couché. Le médecin voulut s’interposer :

- Non mon roi, c’est très contagieux ! Vous ne devez pas approcher !

Mais Gojyo repoussa l’homme qui faisait barrière et s’assit à côté d’Hakkai.

Ce dernier était très pâle et semblait épuisé. Sur son front perlait une fine sueur, symbole de la fièvre qui l’accablait. De temps en temps, une toux sèche le prenait et agitait son corps de tremblements.

Quand il vit Gojyo penché sur lui, une surprise fugitive éclaira son visage.

- Mais que fais-tu ici ? Et la guerre ?

On aurait dit un enfant et le roi lui sourit.

- La guerre peut bien attendre….

Hakkai fut de nouveau prit d’une quinte de toux et Gojyo se tourna alors vers le médecin.

- Qu’est-ce qu’il a ?

- C’est une pneumonie virale, c’est très contagieux votre majesté, vous ne devriez pas rester ici !

- Arrête avec ça, tu m’énerves ! Une pneumonie tu dis ?

- Oui mon roi. Je suis désolé….

Devant l’expression de soumission qui s’afficha sur le visage du médecin, Gojyo ressentit une grande colère.

- Et pourquoi serais-tu désolé, il ne va pas mourir, il n’en est pas question tu m’entends ?!! Va-t’en d’ici, je ne veux plus te voir ! Dehors !

Effrayé devant la fureur du roi, le médecin s’enfuit sans demander son reste.

Puis le roi se tourna vers Goku qui avait assisté à la scène :

- Merci de m’avoir prévenu, je te revaudrai cela !

Le jeune garçon acquiesça mais cela lui importait peu, seule la guérison de son ami comptait à ses yeux, et prévenir le roi lui avait paru si naturel sur le moment que les remerciements de celui-ci lui parurent incongrus.

- Tu peux nous laisser, s’il-te-plaît ? Si cet imbécile dit vrai, je ne voudrais pas que vous soyez infectés tous deux, dit Gojyo en regardant les deux jeunes garçons.

Goku comprit et se retira avec le petit frère d’Hakkai, lui promettant que tout allait bien se passer. Gojyo les regarda partir avec attendrissement : quelquefois l’assurance des enfants a quelque chose de réconfortant. 

Gojyo se pencha de nouveau sur Hakkai, lui passa une main sur son front trempé et chercha à le rassurer.

- Ne t’inquiète pas, je vais faire venir mon propre médecin, il est resté sur le front, celui-là n’est qu’un incapable. Tu vas guérir, ce n’est rien.

Hakkai eut un faible sourire.

- Tu devrais retourner au combat non ? Ne t’inquiète pas pour moi… De toute façon, mort ou vivant, quelle est la différence ?

Très blessé et fâché de voir que son amant le prenait comme cela, Gojyo n’osa pas le frapper, même s’il en mourrait d’envie, mais il se leva et hurla à un domestique qu’on aille chercher son médecin. Puis il revint vers Hakkai et le fixa droit dans les yeux.

- Ne redis jamais cela tu m’entends ? Tu vas vivre, et pas parce que c’est ainsi mais parce que c’est toute la différence !! Parce que je t’aime !!

Il le saisit par les épaules et le secoua, emporté par ses propres paroles.

- Hakkai, tu m’entends, je t’aime !!!! Pourquoi tu refuses de le comprendre, pourquoi tu ne veux pas le voir ? Je devrais te le dire dans quelle langue pour que tu m’écoutes enfin ? Je t’aime !

Ce qui se passa entre leurs deux regards fut bref mais intense. Hakkai en détourna les yeux, incapable de le supporter. Une violente quinte de toux vint mettre fin à leur court échange mais ce qui avait été dit ne pouvait plus s’effacer.

 

 

 

Sanzo arriva le lendemain au château en compagnie du médecin. Gojyo les accueillit avec un sourire inquiet et les conduisit à la chambre.

- Gojyo, il faut que je te parle !

- Plus tard, il faut d’abord que le médecin le voit !

Lorsqu’ils entrèrent, Sanzo constata l’état de santé d’Hakkai. Il semblait fièvreux et respirait avec une certaine difficulté. A chaque inspiration, il était obligé d’aller chercher l’air et celui-ci s’engouffrait dans ses poumons avec un bruit bizarre. De plus, des quintes de toux l’affaiblissaient et lui faisaient mal à voir les grimaces qu’il faisait chaque fois qu’il toussait. Sanzo en eut mal pour lui de le voir ainsi mais il avait d’autres idées en tête.

Quant au médecin, il fut tout de suite saisi de l’état du jeune homme et devina immédiatement quelle en était la cause. 

- C’est une pneumonie avancée ma parole.

Gojyo prêtait oreille à tout ce qu’il disait.

- Oh non, cela fait à peine deux jours qu’il l’a.

- Cette maladie est très rapide au début vous savez. Il suffit de 12 à 36 heures pour que le patient soit dans cet état-là.

- Qu’est-ce qu’on peut faire ? L’autre abruti de médecin m’a dit qu’il était condamné, mais ce n’est pas possible ….!

Le médecin haussa les épaules.

- J’ai déjà vu des patients pourtant en moins bonne forme au départ que votre ami survivre à cette maladie. Mais c’est assez rare… Il faut l’entourer d’énormément de soins.

- J’y veillerais, ne vous inquiétez pas !

- Sûrement pas !! s’écria soudain Sanzo qui était resté silencieux jusque là.

- Et pourquoi donc ?

- Parce que tu es le roi et parce que le pays est en guerre ! Nous avons besoin de toi là-bas, tu ne peux pas rester ici !

- Mais il est malade et a besoin de soins, je ne peux pas le laisser seul !

- Ce n’est plus le moment de faire des caprices Gojyo ! Raisonne-toi bon sang ! C’est la guerre et tu n’es plus un gamin, il y a des choses plus importantes !

- Mais c’est tout raisonné ! Ce n’est pas un caprice Sanzo ! Tu ne comprends pas que je ne pourrais plus vivre sans lui ?! Non, c’est décidé, rejoins l’état-major et dis-lui de se débrouiller tout seul, ils n’ont qu’à continuer leurs plans jusqu’à ce que cela fonctionne ! L’ennemi n’avancera pas plus vite !

- Gojyo, tu ne peux pas faire cela !

Sanzo l’empoigna par le bras afin de le raisonner mais le roi le repoussa rudement.

- C’est non Sanzo, ne cherches pas….

Et il le mit à la porte sans ménagement, usant pour la première fois de sa force avec son premier conseiller et ami. Sanzo se retrouva dehors sans comprendre, mais saisit que Gojyo ne reviendrait pas sur le champ de bataille. Son propre combat se trouvait ailleurs maintenant….

 

   

 

L’état d’Hakkai empira rapidement. Gojyo le veillait nuit et jour, se reposant à peine sur le lit-même du malade bien qu’on l’ait prévenu à maintes reprises que la maladie était contagieuse. Il se nourrissait à peine si bien qu’au bout de deux jours, on l’aurait aisément pris pour un malade lui-même.

Il passait ses journées à côté de son amant, l’aidant dans sa maladie, changeant régulièrement le linge humide sur son front, préparant avec le médecin les médicaments et différents onguents qu’ils pensaient salvateurs, soutenant le corps d’Hakkai quand il était pris de violentes quintes de toux en le tenant fermement dans ses bras et en lui murmurant que cela allait passer, le protégeant du regard même alors que le jeune homme combattait le mal enfoui dans ses poumons.

La chambre du malade était devenu son quartier général et il autorisait très peu de personnes à y entrer, d’ailleurs c’était à peine si Sanzo lui-même pouvait passer la porte sans difficultés. Il venait souvent faire ses compte-rendus au roi, même s’il se rendait compte que celui-ci ne l’écoutait que d’une oreille distraite. A chaque fois il tentait de le raisonner en lui décrivant l’état de désespoir dans lequel ses soldats étaient, privés de leur chef durant la bataille, les problèmes qui envahissaient les officiers et l’enthousiasme qui avait gagné l’ennemi quand il avait appris que le roi fuyait lui-même le combat. Mais Gojyo y restait insensible et répétait qu’il payait assez ses généraux pour qu’ils puissent se débrouiller tous seuls. Personne n’avait réussi à lui faire quitter la chambre d’Hakkai et Sanzo lui-même n’obtint pas plus de résultats. Quand il ressortait de ces entrevues, il éprouvait quelquefois une rancune sauvage contre le jeune homme, mais se reprenait bien vite, sachant que le pauvre n’y était pour rien et que la situation ne tenait qu’à la seule responsabilité du roi.

Mais Gojyo était tout occupé par l’état d’Hakkai et se moquait bien des remontrances de son premier conseiller. Il le comprenait mais ne pouvait se résoudre à quitter celui qui comptait beaucoup pour lui. Ce qui lui était le plus précieux était à deux doigts de la mort, aussi le pays passerait-il après.

Trois jours après, Gojyo en se réveillant prés d’Hakkai où il s’était assoupi de fatigue se rendit compte que les lèvres du jeune homme étaient étrangement devenues bleues. De plus, Hakkai ne se réveillait pas et respirait avec une difficulté plus accentuée que les autres jours. Affolé, il fit appeler le médecin qui couchait juste à côté. Celui-ci prit le pouls du jeune homme, observa la façon dont il respirait et conclut :

- Il manque d’oxygène, ses bronches sont trop encombrées et n’envoient plus assez d’oxygène dans son corps. J’ai peur pour son cerveau… Il faudrait faire réagir son sang pour qu’il véhicule plus d’oxygène, mais…

- N’en dites pas plus, j’ai la solution !  Allez me chercher de l’alcool, je m’en occupe !

Le médecin s’exécuta, il avait appris à ne plus discuter ce que disait le roi depuis longtemps, dépense inutile d’énergie face à un mur en béton armé, et dés que Gojyo eut l’alcool dans ses mains, il le fit sortir et ferma la porte à clef en demandant expressément qu’on ne le dérange pas.

Une fois la porte fermée, Gojyo rajouta un nombre impressionnant de bûches dans le feu de la cheminée principale, créant un souffle d’air chaud qui envahit la pièce. Puis il se mit à genoux dans le grand lit, à côté d’Hakkai et entreprit de le déshabiller. Le jeune homme réagit très peu, toujours inconscient, et il se retrouva très vite nu sous les couvertures, grâce à l’habitude de Gojyo.

Le roi se saisit alors d’un morceau de tissu, versa une bonne dose d’alcool dessus et se mit à frotter vigoureusement le corps de son amant avec. Il frottait si fort et si énergiquement  que la peau devint rouge et garda cette couleur pendant longtemps.

 Le feu réchauffant singulièrement l’atmosphère et lui-même se dépensant sans compter, la chaleur l’envahit et il ne trouva de réconfort qu’en se débarrassant à son tour de ses vêtements.

La scène qui eut lieu alors en aurait étonné plus d’un. Dans le lit étaient deux corps nus, l’un essayant désespérément de redonner à l’autre l’énergie vitale qui lui manquait par des mouvements étonnants, mélange de rudesse et d’amour. De loin, par le mouvement des draps, n’importe qui aurait pensé à une simple scène d’amour entre deux créatures. Et c’était bien le cas, l’amour était bien la cause de tout ceci, l’amour profond qui unit deux êtres par des liens invisibles mais incassables. Car chaque geste de Gojyo était dicté par son amour pour Hakkai, même si pour cela il arrachait parfois des gémissements de douleur à ce dernier. Il absorbait alors cette douleur d’un baiser qui se voulait sincère.

Deux êtres, une danse de la vie….  Gojyo continua jusqu’à ce que ses forces l’abandonnent et il eut le plaisir de s’endormir à côté d’un Hakkai dont les lèvres avaient retrouvé toute leur belle couleur rose et dont la respiration semblait moins difficile. Ce n’était qu’un répit mais au moins eut-il la satisfaction d’y avoir participé un petit peu…. 

 

 

Le lendemain, Hakkai allait un peu mieux et lorsqu’il ouvrit les yeux, il trouva Gojyo  endormit à côté de lui, son corps collé au sien. Il passa son bras autour de lui et l’embrassa doucement sur le front.

Il se sentait en meilleure forme et se doutait que le rêve étrange qu’il avait fait la veille y était pour quelque chose, s’il s’agissait bien d’un rêve…. A vrai dire, il l’ignorait lui-même, mais il avait eu l’impression de sentir des mains sur lui qui lui transmettaient chaleur et force….  En voyant Gojyo à côté de lui, il le soupçonnait maintenant d’en être l’auteur. D’où ce baiser en remerciement…

Gojyo souleva un œil en sentant qu’on bougeait à côté de lui et sourit à celui qui l’entourait d’un bras si tendre.

- Tu es déjà réveillé…. Huummmm…. Comment vas-tu ?

- Un peu mieux, j’ai l’impression que mes muscles ont travaillé toute la nuit, comme si j’avais passé mon temps à courir… Je suis un peu fatigué mais ça va passer… Merci.

- De quoi ? répondit le roi, faisant semblant d’ignorer de quoi il s’agissait.

- Pour ton amour...

Gojyo se retourna alors, montrant son dos à Hakkai.

- Un amour stupide tu veux dire ! Je m’efforce d’aimer quelqu’un qui me refuse de tout son être ! A quoi tout cela rime, tu peux me le dire ? Autant aimer une pierre, ça coûtera moins d’efforts !

Un ange passa, mais il fut coupé en plein vol par un soupir qui se voulait pourtant discret.

- Et si ton amour était réciproque ?

Gojyo accusa le coup et se retourna immédiatement, se retrouvant par dessus Hakkai.

- Tu veux dire que cela serait possible ? J’aurais cette chance ?

Cette fois-ci, le regard d’Hakkai ne se détourna pas.

- Je l’ai longtemps refusé, mais je dois avouer que c’est quelque chose qu’on a du mal à réfréner…  Je n’arrive plus à te détester, je n’arrive même plus à rester indifférent quand tu es là…  Je sens mon cœur gonfler quand je te vois et je ne sais pas si ce sentiment a un nom, mais moi j’ai envie d’appeler cela de l’amour…. 

Très sérieusement, il le regarda en face, conscient de l’importance de ses propos.

- Gojyo, je t’aime.

A ces mots, le roi posa sa tête sur son torse, passa ses bras sous sa taille et le serra à lui en faire mal.

 - Mon cœur va exploser…

- Alors je ramasserai les morceaux et je les enfouirai au plus profond de moi pour toujours. Je t’aime Gojyo.

Ils restèrent collés l’un à l’autre sans bouger, sans parler, laissant simplement la sérénité les envelopper. Plus rien au monde ne comptait désormais….

 

 

 

Lorsque le médecin pu entrer, il constata que la relation entre les deux hommes avaient changé. Les regards qu’ils échangeaient, plus nombreux, reflétaient un sentiment différent. Mais ils se garda bien d’en parler au roi. Il n’aimait pas que l’on intervienne dans sa vie privée.

Gojyo, remarquant enfin qu’il sentait l’alcool à des kilomètres à la ronde, sortit de la chambre pour aller faire un brin de toilette.

Le médecin en profita pour s’approcher d’Hakkai et l’interroger.

- Comment allez-vous aujourd’hui ? C’est rassurant de vous voir enfin éveillé, cela faisait plusieurs jours que vous n’aviez pas ouvert les yeux ! Et c’est quoi ces regards avec le roi ? Vous vous êtes enfin avoués votre amour ?

 Hakkai rougit devant la perspicacité du médecin, mais l’homme se voulait complice, et non accusateur, aussi lui répondit-il avec le sourire.

- Oui, tout va bien, autant avec le roi qu’avec moi-même ! Je me sens un peu mieux et oui, vieux fouineur, s’amusa-t-il, nous nous sommes avoué notre amour.

- Tant mieux, le roi vous aime vraiment vous savez, je ne l’avais jamais vu aussi attaché à quelqu’un, et pourtant cela fait longtemps que je le connais !

Hakkai sourit à ces paroles : oui, il était chanceux.

 

 

 

Malheureusement, sa maladie ne lui avait laissé un répit que pour lui donner le temps d’avouer son amour au roi. Le lendemain, alors que Gojyo était heureux que sa démarche ait porté ses fruits, il trouva Hakkai au réveil plus fiévreux que d’habitude. Inquiet, il le vit tousser avec force et lorsqu’il retira sa main, un peu de sang la colorait en son centre.

Le médecin diagnostiqua la suite normale de la maladie, à savoir des expectorations de sang. Mais cela mit Gojyo au comble de la fureur : il l’avait veillé, lui avait administré tous les soins possibles mais cette saloperie de pneumonie n’avait toujours pas dit son dernier mot. A croire que tous ses efforts étaient inutiles….  Seulement, quand il vit le visage contracté d’Hakkai, il se dit qu’il ne fallait pas baisser les bras, aussi redoubla-t-il d’efforts : il le veilla comme une mère, encore plus attentif au moindre de ses gestes. Il fit rechercher des médicaments dans toutes les abbayes, spécialistes de la médecine à l’époque, il fit venir différents médecins qui avaient fait le tour du monde avant de revenir à la cour, porteurs de techniques nouvelles…. Mais lorsque l’un d’eux lui dit qu’il fallait vider de son sang le jeune homme à l’aide de saignées successives, Gojyo vit rouge et les jeta tous hors du palais, gardant auprès de lui son médecin fidèle.

De jours en jours, la fièvre clouait Hakkai au lit, il crachait de plus en plus de sang lorsque cela lui arrivait, et sa respiration se fit de plus en plus dure. Bientôt, il ne reprit même plus conscience et sombra dans un coma léger.

 Gojyo quant à lui ne mangeait plus, ne dormait plus et attendait, impassible. Il n’avait plus la force de faire quoi que ce soit, à tel point qu’il refusa de recevoir Sanzo, qui venait pourtant lui annoncer qu’il avait enfin signer l’armistice avec le pays voisin, mettant fin à cette guerre absurde. Mais Gojyo se foutait bien de cela : il n’avait plus goût à rien.

Enfin, un soir, alors qu’il était sorti pour satisfaire des besoins naturels et impérieux, il croisa le médecin qui sortait de la chambre du malade. Ce dernier lui annonça d’une mine sévère que la fin était proche, tout au plus passerait-il la nuit, mais cela encore était improbable.

Fou de douleur, Gojyo se précipita auprès d’Hakkai : le pauvre en était au stade final, il suffoquait dans son lit et faisait de prodigieux efforts pour respirer. Il avait repris conscience pour l’occasion mais semblait tellement souffrir que cela était plus un malheur pour lui. Il se débattait tout seul contre la douleur et voir son amant dans un tel état brisa Gojyo intérieurement.

Il s’approcha doucement de lui et le prit dans ses bras pour essayer vainement d’absorber sa douleur. Dans ses bras, Hakkai arrêta de se débattre mais avait toujours autant de mal pour respirer.

A bout de force et d’idées, Gojyo se mit lui parler à voix basse, voulant lui faire savoir qu’il était avec lui.

- Chut, calme-toi, ça va aller, tout va bien aller maintenant….  Je suis là….

Hakkia voulut lui répondre mais il en fut tout à fait incapable. Il suffoquait tellement que même les mots ne voulaient pas sortir.

Alors doucement, sans s’y attendre, Gojyo fit ce qu’il n’avait plus fait depuis des années…..  Il pleura.

Hakkai serré dans ses bras, blottis tous deux au fond du lit, il pleura tout contre son amant.

Il avait enfin trouvé celui qu’il avait cherché depuis toujours, celui qui apaisait son cœur, celui qu’il aimait et qui l’aimait en retour, et il fallait que la maladie le lui arrache.

- Non, murmura-t-il dans ses cheveux entre deux sanglots, ne pars pas, je t’en supplie. Qu’est-ce que je vais faire sans toi ? Je t’aime, tu n’as pas le droit de partir…  Reste, je t’en prie…

La main d’Hakkai se saisit alors de sa tête et l’amena jusqu’à ses lèvres.

Son baiser avait un goût d’adieux qui n’ôta pas les larmes à Gojyo mais les accentua.

Un bruit retentit à la porte : on frappait.

Gojyo l’ignora, tout concentré sur son amant, mais la porte s’ouvrit sur un Sanzo pressé.

Il s’approcha du lit où gisaient les deux amants et remarqua que le roi était en pleurs.

- On m’a dit qu’il en était au stade final…..

Le roi ne releva même pas la tête.

- Prends ça idiot et donne-lui !

La voix était impérieuse et n’admettait pas de contestation. Intrigué et furieux, Gojyo releva enfin la tête et regarda ce que lui tendait son premier conseiller.

- On a tout tenté….

- Mais pas ça ! Donne-lui je te dis ! Je l’avais gardé pour toi ou pour Goku au cas où, mais vu les circonstances….  Mais donne-lui bon sang !!!!!!

Devant le regard confiant de Sanzo, le roi s’empara du petit pot et l’ouvrit.

- C’est quoi ?

- Tu crois que c’est vraiment le moment de s’en occuper ? T’es vraiment crétin quand  tu t’y mets !!!

Impressionné par l’attitude de son ami, Gojyo n’hésita plus et versa le liquide que renfermait le pot dans la bouche d’Hakkai. Ce dernier l’avala tant bien que mal entre deux inspirations.

Gojyo le garda serré contre lui et regarda Sanzo.

- Pourquoi ?

- Parce que s’il n’est plus là, tu es capable de faire une connerie, je me trompe ?

- Merci.

- Arrête de chialer, ce truc est efficace !

Et Sanzo partit comme il était venu.

Au fond de lui-même, Gojyo remercia le ciel de lui avoir donner un ami aussi précieux.

Petit à petit, Hakkai suffoqua moins et sa respiration redevint à peu prés normale, puis il sombra dans un sommeil réparateur.

 

 

 

Deux jours après, le médecin n’en revenait pas, mais la pneumonie avait fui hors des poumons du jeune homme. Ce dernier avait retrouvé une respiration ainsi qu’une température normales. D’ici quelques jours, il pourrait se lever et remanger normalement.

 Quant au roi, il était aux anges. Il avait veillé toute la nuit son amant et quand il avait vu qu’il allait mieux, il s’était endormit et ne s’était réveillé que bien plus tard. Lorsque le médecin lui avait annoncé qu’Hakkai était sauvé, il lui avait sauté dans les bras, puis avait couru jusque chez Sanzo qu’il avait chaleureusement remercié. Depuis la joie ne le quittait plus et il avait même organisé une grande fête lorsque Hakkai avait enfin quitté le lit.

Tout le monde à la cour s’accorda pour dire que le roi avait changé en bien : il était plus ouvert, plus joyeux et surtout semblait détenteur d’un bonheur immense que peu s’expliquaient. Après tout l’important était que le royaume aille bien, et cela était le cas depuis que le roi était revenu à sa tête. La guerre semblait oubliée et le cours normal des choses avaient repris….

 

 

 

A suivre…..