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........................... L’Ombre d’Hakkai
Lorsqu’il avait fui hors de l’auberge, le jumeau n’était pas allé bien loin en vérité. A peine s’était-il engouffré dans une rue déserte qu’il avait ralenti le pas… Au fond de lui, il espérait que le moine le rattraperait. Mais Sanzo avait abandonné… Il n’était décidément bon à rien, on ne prenait même pas la peine de le poursuivre… Il s’était alors appuyé contre le mur, hésitant sur ce qu’il allait faire. Il était sûr d’une chose : il ne pouvait plus retourner aux côtés des trois amis. Le regard surpris puis dégoûté de Gojyo était resté gravé dans son esprit et il avait envie de tout casser chaque fois qu’il y pensait… Pourquoi ? Pourquoi de nouveau on le rejetait ? Il n’était pas assez bien ? Il avait fait quelque chose de mal ? Non, en fait on le rejetait parce que tout simplement, il n’était pas Hakkai… A nouveau… S’il avait été Hakkai, il était sûr que Gojyo ne lui aurait jamais lancé ce regard. Mais ce que le demi-youkai attendait, ce n’était pas lui, pas une simple image d’Hakkai, c’était Hakkai lui-même… A nouveau… Son jumeau devait donc le poursuivre toute sa vie ? Il avait enfin trouvé ce qu’il voulait, le regard attentionné de quelqu’un qui tient à vous, et il venait de le perdre à cause de son frère. Une colère sourde l’avait alors envahi et il avait frappé le mur de toutes ses forces, n’y gagnant que des blessures et aucun réconfort. Il avait ensuite regardé son poing ensanglanté, soudain calmé… Du sang… Finalement, c’était peut-être cela la solution… Il avait eu une enfance malheureuse, à cause de son jumeau. Puis alors qu’il l’avait écarté, son entreprise avait de nouveau échouée… Sans doute parce que son frère n’était pas mort… C’était de nouveau la faute d’Hakkai… Il devait s’en débarrasser… Une bonne fois pour toute. Sa résolution prise, il n’avait pas perdu de temps. Il avait immédiatement rebroussé chemin, repartant là où il avait abandonné son frère la première fois. Il ne savait pas comment il s’y prendrait, mais il connaissait son but. Pendant toute la journée, il avait suivi la route à pied, en parallèle à la route pour ne pas se faire remarquer. Il était tellement obsédé par ses pensées sombres qu’il marchait comme un automate, les yeux fixes devant lui. Il progressa rapidement mais n’arriva que le lendemain matin au village d’où tout avait commencé. Il avait fait vite, il fallait le reconnaître, au détriment de tout repos. Mais il ne s’accorda même pas une pause et partit en direction de la falaise où il avait initialement prévu de se débarrasser de son cher frère. Il refit ainsi en décalage tout le chemin qu’avaient parcouru Sanzo et compagnie quelques heures plus tôt. Il s’engouffra à son tour dans les bois et ne s’arrêta qu’en entendant des voix résonner. Il reconnut immédiatement celle de Sanzo, même de loin. Il s’approcha en faisan attention de ne pas se faire remarquer et les aperçut. Ils étaient là tous les trois en compagnie d’un géant qui leur indiquait la direction d’un village apparemment. Dans leur petite conversation, le jumeau réussit à capter les mots « Hakkai », « village » et « revenir demain ». Hakkai était donc là… Ce qui expliquait leur présence à eux… Ils venaient le rechercher. Aucun doute possible car la voix du géant ressemblait beaucoup à celle qui l’avait interrompu ce fameux jour où il allait tuer son frère. En revoyant Gojyo, le jumeau sentit un sentiment de haine l’envahir. Comment le demi-youkai avait pu le rejeter ainsi ? S’en était intolérable. Il le vit s’éloigner, le poing démangé par une envie de frapper. Mais ce n’était pas son but premier. Une fois son jumeau disparu, il pourrait peut-être tenter de reconquérir Gojyo, mais cela venait après. Il savait que tant qu’Hakkai vivrait, lui n’aurait pas de paix. Il observa avec attention l’intérieur de la chaumière lorsque le géant s’y engouffra, et c’est à peine s’il eut le temps d’apercevoir une jeune fille et son frère, debout dans le fond. Hakkai était donc là… Plusieurs questions lui échappèrent, comme par exemple pourquoi n’avait-il pas suivi le demi-youkai, ou encore que faisait-il ici, mais il s’en moquait. Tout ce qui lui importait maintenant, c’était qu’il savait où il était et qu’il n’avait plus qu’une chose à faire : le tuer une bonne fois pour toute. Il n’avait plus qu’à attendre, comme le fauve guette sa proie. La sienne ne saurait tarder…
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Malgré sa décision, Hakkai eut du mal à s’endormir ce soir-là. A vrai dire, les arguments du moine ne l’avaient pas beaucoup affecté : ils étaient certes convaincants, et terriblement vrais, mais il n’arrivait pas à les trouver suffisants. Peut-être parce que l’avenir ne le préoccupait plus autant… Alors pourquoi n’arrivait-il pas à trouver le sommeil… ? Chaque fois qu’il fermait les yeux, les yeux si tristes de l’homme aux cheveux rouges, de ce Gojyo, venaient le hanter. Il n’y avait aucune raison valable à cela, mais il avait envie de le prendre dans ses bras, de le réconforter, de lui faire oublier sa tristesse… Il n’avait rien ressenti lorsqu’il l’avait vu, parfait étranger à ses yeux, mais lorsqu’il était parti, avait fermé la porte, Hakkai s’était soudain senti très mal… Il avait eu un petit geste involontaire des bras, comme pour le rattraper, mais il n’en avait rien fait. En se retournant dans son lit, il se disait que ce sentiment venait peut-être de l’ancienne amitié qui devait les unir, alors qu’il savait encore qui il était… Mais plus il y réfléchissait, plus il se disait qu’il y avait autre chose… Il ne savait pas quoi exactement, mais il savait que ça existait… L’esprit embrouillé, il ne trouva pas le sommeil, se tournant sans cesse sur lui-même, attendant peut-être un déclic sur ses souvenirs pour que tout devienne clair…
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Le lendemain matin, alors que le soleil se levait à peine, la maison fut réveillée par des bruits insistant contre le bois de la porte. Le géant partit ouvrir tandis que les deux jeunes gens se réveillaient doucement. Il tomba nez-à-nez avec un de ses amis, très énervé. - Qu’est-ce qui se passe Yuki ? Il est tôt tu sais… - Oui, mais Maïto est devenu fou ! Il faut absolument que tu viennes ! - Quoi ? Ne me dis pas qu’il a encore bu… - Ben apparemment, si. Il menace quiconque approche de sa maison avec un fusil. Il a déjà manqué de castrer Koto, je te jure qu’il en tirait une de ces têtes… Tu es le seul à pouvoir le calmer, il faut que tu viennes ! - Bon, bon, j’arrive. Le géant s’empara de sa veste alors que sa fille descendait les marches en le regardant étonnée. - Qu’est-ce que tu fais Papa ? - Je ne serai pas long ma chérie. C’est Maïto qui a recommencé. Ne t’inquiète pas. - Encore ? Mais il n’avait pourtant pas le droit de boire ! - Il faut croire que ce n’est pas ce qui le freine, répondit son père en riant. Allez, à tout à l’heure. Il sortit, laissant la jeune fille seule. Complètement réveillée, elle prépara un petit-déjeuner pour elle et son frère. Ce dernier descendit à point nommé pour manger. - Où est passé Papa ? J’ai entendu frapper… - Il est allé calmer Maïto. - Hein ? s’étonna Hakkai mal réveillé. - C’est un de ses amis, qui a connu beaucoup d’ennuis. Depuis, il a pris l’habitude de boire, et comme il a le vin méchant, cela finit en catastrophe. Le plus souvent, il s’enferme chez lui, armé, et refuse d’entendre raison. Il n’y a que Papa qu’il écoute. Ils sont très amis… - Et bien, ce Maïto doit être un drôle de cas. Ils rirent ensemble, tranquillement assis. La jeune fille reprit son calme et posa la question qui lui pesait sur le cœur. - Alors, c’est bien décidé ? Tu restes avec nous ? Hakkai la regarda en souriant, affichant un air serein même si son cœur était encore chamboulé des questions de la nuit : - Oui, je reste. Pas de souci à se faire ! Rassurée, la jeune fille soupira de soulagement et continua son petit-déjeuner, lançant la conversation sur d’autres sujets. De son côté, Hakkai se contenta de lui répondre un peu vaguement, l’esprit encore perdu dans ses questions. Il n’arrivait vraiment pas à oublier le regard de Gojyo…
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De son côté, le jumeau avait veillé toute la nuit, soutenu par sa folie, qui semblait s’aggraver au fur et à mesure que le temps passait. Il fixait la maison, attendant le moment propice. Qui ne tarda guère. A l’aube, on vint chercher le géant qui partit précipitamment. Une aubaine pour lui. Selon ses calculs, il ne restait donc que la jeune fille et son frère dans la maison. C’était le moment idéal. Car le géant allait fatalement revenir, et au vu de sa carrure, il lui semblait impossible de faire quoi que ce soit en sa présence. Et les trois amis allaient aussi pointer le bout de leur nez, s’il avait bien compris… La jeune fille ne poserait aucun problème, ce n’était que du menu fretin, incapable de lui faire du mal. Il ne restait donc que son frère et lui… Pour un dernier duel. Il attendit un moment, et lorsqu’il aperçut des ombres derrière les fenêtres de l’étage, il su qu’il était temps pour lui d’agir.
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Il entra doucement dans la maison, tâchant à ne pas faire trop de bruit. Il aurait plus de chances s’il le prenait pas surprise. L’intérieur était désert, ses occupants sans doute occupés à l’étage. Il fit un tour rapide, histoire d’être sûr qu’il n’y avait personne d’autre. Il s’arrêta un instant à la cuisine pour s’emparer d’une lame qui traînait sur la table. Un vulgaire couteau à pain… Bah, il ferait bien l’affaire… Il aimait mieux être armé, on ne savait jamais. Soudain un bruit se fit entendre dans l’escalier. Il leva les yeux et croisa ceux de la jeune fille… Qui poussa un cri.
A suivre….
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