........................... 

                  L’Ombre d’Hakkai

 

 

Lorsque Sanzo ouvrit sa porte au petit matin, il eut la désagréable surprise de manquer tomber sur un Gojyo endormi dans le couloir. Il le réveilla d’un coup de pied dans les côtes et lui demanda ce qu’il faisait là.

- Aïe, tu connais pas la non-violence, bonze pourri ? Et pour savoir ce que je fais ici, demande à Hakkai ! Moi, j’abandonne ! Il est incontrôlable ! Je n’ai pas pu discuter avec lui hier soir, tout ce qu’il voulait, c’était de la baise ! Il s’est jeté sur moi et…

- Epargne-moi les détails ! rétorqua Sanzo.

Gojyo se releva difficilement, tout courbaturé.

- J’te jure, c’est plus de mon âge ça ! grommela-t-il en frottant son dos endolori.

- Ainsi, tu n’as pas réussi à discuter avec lui ? A ton avis, qu’est-ce qu’on doit faire ?

- Mais j’en sais rien !!!!!!!! s’énerva le demi-youkai, de mauvaise humeur après une telle nuit.

- On lui rentre dedans ?

- Je te signale que je tiens quand même à lui, même s’il déconnecte en ce moment, alors pas question de « rentre dedans », compris ?!

- Et tu penses le faire réagir comment ? s’impatienta le moine.

Le demi-youkai baissa les yeux, tout penaud.

- Laisse-moi encore essayer ce matin, et si j’y arrive pas… Fais ce que tu veux… J’en peux plus de tout ça….

Devant son air démoralisé, Sanzo eut pitié et lui posa la main sur son épaule, comme pour le réconforter, même s’il ne l’aurait jamais avoué pour tout l’or du monde !

Comprenant le message, Gojyo se dirigea vers la porte de la chambre où Hakkai dormait et frappa doucement.

- Hakkai ! Tu viens déjeuner ?

Il n’osait pas rentrer, de peur que l’ancien humain veuille à nouveau lui sauter dessus. Il ne voulait plus de ça.

Le jumeau pointa bientôt son nez dehors et sourit à Gojyo, comme s’il ne s’était rien passé.

- Bien dormi ?

- C’est ça, fous-toi de ma gueule, grommela Gojyo avant de suivre Sanzo dans les escaliers en direction du petit-déjeuner que Goku savourait déjà.

Ils s’assirent à côté et commencèrent à manger dans le silence. Soudain, alors qu’il portait sa tasse de café à ses lèvres, le demi-youkai sentit une main glisser sur sa jambe en direction de son entre-jambe. Il en recracha ce qu’il avait avalé, posa rapidement la tasse et arrêta la main à temps, alors qu’elle commençait déjà à s’attaquer aux boutons de son pantalon.

- HAKKAI !!! hurla si soudainement le demi-youkai que leurs deux compagnons en sursautèrent sur leurs chaises.

Ce dernier lui renvoya un regard noir, chargé de la même colère qu’il avait ressenti la veille au soir.

- Quoi encore !!

Il avait insisté sur le « encore », reprochant à Gojyo la scène de la veille. Finalement son sourire au réveil n’était qu’une façade. Sanzo et Goku les regardaient étonnés, quoique le moine se doutait de quelque chose. Il attendait impatiemment de voir ce qui allait suivre. Si jamais Gojyo n’assumait pas la discussion, il était prêt à reprendre le flambeau !

Mais Gojyo se positionna face au jumeau afin d’entrer en discussion avec lui. Il était plus que temps.

- Ecoute Hakkai… Ça ne peut plus durer. Il faut que tu me dises ce qui se passe sans quoi….

- Tu me menaces ? répondit froidement le jumeau.

- Non, pas du tout !! réagit tout de suite le demi-youkai. C’est simplement que je ne supportes plus cette situation ! Est-ce que tu peux me comprendre ?

- Pas trop, non. Tant que tu te contentais de coucher avec moi, tout allait bien ! Pourquoi veux-tu absolument parler ? Et de quoi ? Tu m’emmerdes à la fin !

Ce fut Sanzo qui répondit, alors que Gojyo ouvrait la bouche.

- Dis-moi, dit-il d’un ton très doux, tu étais pareil avec Kanan ?

A ce nom, Gojyo frémit, sachant ce q’il renfermait comme souvenirs pour Hakkai. Mais étonnamment, ce dernier ne bougea pas d’un cil, et rétorqua :

- Qui ça ?

Ce fut le déclic pour les trois autres : Hakkai pouvait être dans tous ses états, il n’aurait jamais oublié Kanan…. Signe que….

Gojyo le regarda soudain d’un oeil différent et le jumeau le sentit.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Qui êtes-vous ? souffla le demi-youkai, réalisant l’horreur de la situation.

Même Goku en avait la bouche bée. Le jumeau sursauta à la question de Gojyo.

- Mais enfin, c’est moi, Hakkai !

- Non, ce n’est pas possible ! Hakkai, le vrai Hakkai ne peut pas oublier Kanan ! Qui êtes-vous ?

Le jumeau entra alors dans une colère monstrueuse : il se leva de table, gifla avec violence Gojyo et sortit de la salle en courant. Sanzo s’était lui aussi levé et le rattrapa au dernier moment, alors qu’il allait s’échapper.

- Où est Hakkai ?

- Lâche-moi ! J’ai enfin réussi à m’en débarrasser, tu ne crois pas que je vais te le dire !

Sur ce, il se dégagea de l’emprise du moine et partit dehors. Le moine le suivit mais arrivé dehors, l’intrus fut introuvable. Le moine eut beau le chercher des yeux, c’était comme si il avait disparu subitement, envolé. Il devait s’être glissé dans une rue adjacente, auquel cas il serait introuvable ! Même si le village était petit, il était parsemé de petites rues qui en faisait un véritable labyrinthe. Ils auraient le temps de s’y perdre avant de le retrouver ! Le moine rentra donc dans l’auberge, mécontent d’avoir perdu la seule piste qui aurait pu les mener au véritable Hakkai.

Pendant tout ce temps, Goku était resté assis, la bouche béante. En revenant s’asseoir, Sanzo lui donna un grand coup de baffeur.

- Réveille-toi, baka saru !

- Oui…Oui… Mais qu’est-ce qui s’est passé ?

Gojyo aussi était sous le choc. Il s’était levé quand le jumeau avait fuit mais il n’avait pas trouvé la force de le suivre. La ressemblance était si frappante ! Même maintenant, il avait du mal à réaliser… Comment aurait-il pu croire que…

- Alors ça explique tout…

Il s’était rassis, le corps soudain très lourd.

- Oui, répondit le moine, si Hakkai était bizarre, c’est parce que ça n’était pas Hakkai. Je m’en suis douté ce matin-même.

- Comment tu as su ?

- Il avait commandé une bière au petit-déjeuner ! Hakkai est un accro du thé !

- Fine déduction, monsieur Sherlock Holmes ! répondit ironiquement Gojyo. Je ne comprends pas comment je ne l’ai pas vu, moi ! C’est irréel… Et il lui ressemblait tellement !

- Oui, c’est ça qui me dérange, rétorqua Sanzo. Même avec la meilleure technologie, il est impossible de réussir un tel exploit ! A moins que…

- A moins que quoi ? soupira Gojyo qui se tenait la tête dans les mains, complètement abattu. Peu importe ce que dirait Sanzo, il n’y faisait même pas attention, encore sous le choc.

- A moins qu’il ne fasse partie de sa famille…

- Mais je croyais qu’Hakkai n’avait qu’une sœur ! se réveilla soudain Goku.

- Oui, moi aussi… Il nous l’aurait caché… ? Ou alors il n’en savait rien…

- Ou alors tu racontes n’importe quoi le moine ! répondit Gojyo. Et après tout on s’en fout ! La question la plus importante est : où est Hakkai ? Le vrai Hakkai ! MON Hakkai !!

- Calme-toi, lui dit le moine, ce n’est pas en s’énervant qu’on arrivera à quelque chose ! Réfléchissons, ça vaudra mieux !

- Si tu le dis, soupira de nouveau Gojyo.

Il était réellement abattu : ce qui le minait était surtout de savoir qu’il était resté à côté d’un faux Hakkai sans jamais s’en rendre compte ! Son amour pour l’ancien humain était-il si ridicule ?

- Comment j’ai fait pour ne rien voir… ? Ça me paraît si évident maintenant….

- Hé, Gojyo, atterri !! s’exclama Goku. Arrête de te poser milles questions ! Même nous on a rien vu !! Je te signale qu’ils se ressemblaient comme deux gouttes d’eau ! Même Hakuryu s’y est trompé, et pourtant il le connaît bien !! Alors arrête tes questions stupides et creuse-toi plutôt la tête pour savoir comment on va retrouver le vrai Hakkai !

Même Sanzo fut surpris de l’autorité dégagée par le jeune garçon et un fin sourire se dessina sur ses lèvres. Le singe grandissait….

Sourire qu’il réprima vite pour lancer un regard sévère au demi-youkai.

- Pour une fois, je suis d’accord avec le saru !

- Hé ! réagit le saru en question. J’suis pas un singe ! Tu vas pas t’y mettre aussi Sanzo !

- Trêve de blabla ! A ton avis, à quel moment Hakkai a vraiment changé ?

- Ben je sais plus trop…  Pourquoi ?

- Mais quel crétin celui-là ! s’exclama Sanzo. Je cherche à savoir quand l’imposteur a pris sa place !

- Ah oui…

Gojyo se concentra quelques temps, repoussant de côté toutes les pensées qui le hantaient.

- Ben, je dirai que hier matin, ce n’était déjà plus lui. Mais avant, je vois pas trop… Quoique déjà avant-hier soir, il était bizarre… Je veux dire que quand on a fait l’amour…

- J’ai pas besoin de détail !!! s’écria Sanzo. Bon, d’après toi, c’est avant-hier soir ?

- Oui, je pense…

- On était où déjà ?

- Mais tu sais bien Sanzo, on était au village avec les gens super sympas !!! s’exclama Goku. Celui avec un nom bizarre… Euh… Mioshi je crois !

- Oui tu as raison. Alors Hakkai doit être resté là-bas !

- Mais comment savoir où il est ? Et surtout, j’ai une question qui me trottine dans la tête depuis tout à l’heure… Pourquoi il ne nous a pas rejoint ? demanda Gojyo.

- Je vois à quoi tu penses, mais si Hakkai est mort, nous le saurons là-bas ! En attendant, on ne peut rien dire ! Il se peut qu’il soit tout simplement retenu quelque part ! Arrête d’être pessimiste !

- Quel sermon monsieur le moine ! Parce que toi d’habitude tu es optimiste ? Et puis toi aussi tu es bizarre ! Depuis quand tu t’intéresse autant à nous ? Je ne t’ai jamais vu comme ça ! En temps normal, tu aurais dit : on le laisse cet abruti et on continue !

Gojyo disait cela d’un ton calme mais on sentait la colère y apparaître.

Sanzo réalisa soudain que la compagnie des trois autres l’avait influencé : effectivement, en temps normal, il aurait continué sa route sans se soucier autant pour quelqu’un. Refusant s’admettre devant eux qu’il s’inquiétait pour Hakkai, et qu’en fait, il n’imaginait pas continuer la route sans lui, il afficha une mine sévère et rétorqua :

- Nos avons besoin de lui pour la mission ! Parce que contrairement à vous, je ne l’oublie pas moi !!!

Il se leva alors sans continuer et lança une dernière fois :

- Nous partons le plus tôt possible pour Mioshi. Allez préparer vos affaires !

Une fois qu’il eut quitté la salle, suivi de Goku, Gojyo se prit la tête dans ses mains, démoralisé.

- Pffff, la mission…. Il n’a que ce mot à la bouche cet abruti de bonze !

 

 

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

 

 

Pour Marc, la vie se déroulait paisiblement. En un rien de temps, il s’était parfaitement familiarisé avec la maison et s’y trouvait comme un poisson dans son bocal. L deuxième journée qu’il passa dans sa nouvelle famille ne lui apporta que des joies, même si elles étaient très simples. Il avait l’impression de redécouvrir la vie, et pas une seule fois il ne pensa à essayer de se souvenir. De toute façon, il n’en avait plus trop envie… Il se souvenait encore des larmes de Nathalie quand elle lui avait avoué que le fait qu’il puisse l’abandonner lui faisait peur… Il ne voulait pas lui faire cette peine… Et il ignorait pourquoi, mais il était réellement très heureux d’avoir une sœur !

-Une deuxième sœur …., pensa-t-il soudain.

Il réalisa étonné ce qu’il venait de penser… Il chercha à analyser ce souvenir mais ce dernier s’enfuit tout aussi vite qu’il était venu et il se retrouva avec une impression étrange.

Ainsi, il avait déjà eu une sœur… Il avait une sœur… Mais alors pourquoi elle ne venait pas le chercher ? Ils avaient pourtant signaler à tout le village que si quelqu’un le cherchait, il faudrait l’envoyer à la chaumière…

- Elle ne viendra jamais te chercher, résonna une voix en lui.

 Il ne savait toujours pas pourquoi, mais il en était sûr. Mais le plus important maintenant, c’était qu’il avait Nathalie, une nouvelle sœur à aimer  et à protéger, comme un grand frère.

( Oui, Hakkai la voit comme une sœur, et non comme une amante, pas comme avec Kanan !^^)

Le fil de ses pensées fut coupé par la voix de Nathalie qui le suppliait de venir l’aider. Il courut jusqu’à elle et fut surpris de la trouver, les bras remplis de livres, prête à s’effondrer sous la pile qu’elle tenait. Il l’aida en riant et lui prit la pile des bras, afin qu’elle puisse respirer.

- Je ne savais pas que tu aimais tant lire !

- C’est pas moi, c’est Papa ! Il va rarement au village, mais il en revient toujours avec des tonnes de bouquins ! Il adore ça !

Marc déposa la pile de livres par terre et l’aida ensuite à les classer.

- Si je ne le fais pas de temps en temps, l’armoire va nous exploser à la figure un de ces jours ! dit en souriant Nathalie.

- Tiens, celui-là a l’air intéressant, remarqua Marc, les yeux rivés sur un ancien livre.

- Toi aussi tu aimes lire ?

- Je ne sais pas mais j’ai l’impression que oui, je suis tellement attiré par ces livres !

- Et bien tu peux le prendre tu sais, un de plus ou de moins dans l’armoire ! Et en plus, il l’a déjà lu !

- Merci ! lui sourit Marc.

Et il partit sans demander son reste, le nez déjà plongé dans le livre.

 - Allons bon, me voilà avec deux bouquinistes sur les bras ! s’exclama Nathalie en riant.

 

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo

 

 

Le géant rentra très tôt ce soir-là. Il arriva essoufflé et ferma prestement sa porte à clé.

- Tout va bien ?

- Mais oui, Papa ! Pourquoi ça n’irait pas ? Qu’est-ce qui se passe ?

- Où est Marc ?

- Il est devant la cheminée en train de lire ! Mais qu’est-ce qui se passe Papa ? commença à s’inquiéter la jeune fille.

- Ouf ! J’ai croisé Nathan en chemin, il paraît que de youkais fous rôdent dans le coin ! Il faut absolument que nous fassions attention !

- Qu’est-ce qui se passe ici ? demanda Marc en arrivant.

Le géant reprit son explication puis alla fouiller dans un vieux placard, duquel il sortit un très vieux fusil.

- Je n’aurai jamais cru devoir m’en servir un jour, et j’espère que ce ne sera pas le cas ! Mais avec ces youkais, il faut s’attendre à tout !

 - Qu’est-ce qu’on fait Papa ?

- Rien pour l’instant, je vais aller barricader les fenêtres en haut ! Vous rester ici ! Ne vous inquiétez pas, avec un peu de chance, ils ne passeront même pas ici ! En tout cas, ne faites pas de feu, la fumée pourrait les attirer !

Marc courut aller éteindre le feu qui brûlait dans l’âtre et revint à la cuisine, où Nathalie essayait tant bien que mal de s’occuper. Mais ses mains tremblaient tellement qu’elle lâcha tout pour s’asseoir à côté de Marc.

- Calme-toi voyons Nathalie, tu n’as rien à craindre ici !

- Je sais mais je ne peux pas m’empêcher d’avoir peur ! On m’a raconté tellement d’horreurs au village sur cette bande de youkais ! Ma meilleure amie a été tuée par eux cet hiver ! Ils sont si…. atroces !

- Papa est là, et moi aussi ! Rien ne peut t’arriver ! Et rien ne dit qu’ils viendront ici !

Depuis la veille, Marc avait pris l’habitude de dire Papa au géant, qui le lui rendait en disant fils. Pas besoin de plus, mais c’était déjà beaucoup. A bien y repenser, il avait beaucoup de chance d’être ainsi accepté.

Le jeune homme  prit la jeune fille dans ses bras et la réconforta. Lui aussi détestait les youkais, sans qu’il puisse dire pourquoi. Sa vie était tellement mystérieuse ces derniers temps…

Le géant descendit en les rassurant : tout était barricadé, qu’ils essayent d’entrer !

Et la maison plongea dans le noir : la nuit tombait vite, et sans feu, l’obscurité envahissait la pièce.

Ils restèrent les trois à table, à guetter les bruits extérieurs.

- S’ils ne viennent pas, nous allons nous trouver stupides demain matin, tenta le géant dans el but de les faire rire.

Ce qui ne marcha qu’à moitié. Seul Marc rit doucement, alors que Nathalie se serrait encore plus contre lui, blottie entre son père et son frère. Elle avait réellement très peur.

Tandis que les heures passaient, la jeune fille réussit à s’endormir, malgré la tension qui régnait dans ses muscles, et Marc lui-même commençait à somnoler. Seul le géant tenait, incapable de relâcher sa garde. Il avait deux vies à protéger et face à ça, on ne joue pas !

Soudain, des chuchotements pourtant très discrets de firent entendre. Puis un bruit résonna contre le mur du nord de la maison.

 

A suivre…