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........................... Disclamer : ces personnages appartiennent à Kazuya Minekura. Genre : yaoi, historique Note : cette nouvelle fic sera un peu de la même dimension que La Putain du roi. Elle se passe dans le Japon féodal, donc essayez de bien vous imprégnez de l’ambiance de cette époque avant de la lire, sinon vous risquez de buter sur certaines choses. En tout cas, j’espère que cela vous plaira, et je vous souhaite une bonne lecture ! …. … La Geisha … Chapitre 1 : Rencontre et déception …. …. Le jeune homme passa délicatement la serviette sur le dos ensanglanté de son ami allongé sur le sol et malgré sa douceur, un gémissement de douleur s’échappa des lèvres du blond. Hakkai grimaça, culpabilisant d’imposer cela à son ami… Mais il devait nettoyer ses plaies avant toute chose et prenant sur lui, il continua son geste. La serviette passa sur les plaies ouvertes, sur la chair mise à vif. Le fouet avait pénétré très profondément la peau, la lacérant sans aucune considération pour la souffrance qu’il faisait naître… Hakkai utilisa la plus grande douceur pour nettoyer les plaies mais quand sa main passa sur une zone sensible, qui avait reçu davantage de coups de fouet, Sanzo sursauta et poussa un cri terrible qui pétrifia le brun. « Mon dieu… Sanzo… » « Continue. » Le ton du blond était froid et même si sa respiration était saccadée à cause de sa douleur, il tentait de rester impassible autant que possible, surprenant Hakkai par sa force de caractère. Si celle-ci était à bénir en cet instant, il ne fallait tout de même pas oublier qu’elle était à l’origine de ces plaies ignobles… Alors Hakkai continua, essayant d’oublier les gémissements de douleur du jeune homme et ses sourcils froncés sur une souffrance qu’il imaginait sans peine pour l’avoir déjà vécu. Cependant, on ne l’avait jamais frappé aussi fort… Ni aussi longtemps. Sanzo avait eut droit à un traitement de faveur, malheureusement pour lui. La serviette fut bientôt reposée dans la petite bassine d’eau, celle-ci étant déjà teintée d’une affreuse couleur rouge assez écoeurante. Hakkai attrapa alors un petit pot de crème et prévint Sanzo : « Cela risque de te faire mal… Mais c’est nécessaire. » « Alors tais-toi et fais-le. » trancha Sanzo, sec. Bien. Il obéit sans rien dire, comprenant parfaitement le mauvais caractère du blond. On l’aurait été à moins, et à vrai dire, depuis qu’il était arrivé ici, jamais encore le jeune homme ne s’était adressé à lui avec respect ou politesse. Il semblait être écorché à vif par la vie et Hakkai, avec sa gentillesse, n’avait jamais osé lui en vouloir ou lui faire la moindre remarque. C’était peut-être à cause de cela que Sanzo appréciait plus ou moins sa compagnie et essayait le plus souvent de rester à ses côtés. En tout cas, le brun avait été le premier à se précipiter à son chevet dés qu’il avait appris ce qu’il lui était arrivé. Le premier… et le seul. Le blond n’était pas vraiment apprécié dans la maison, c’était le moins que l’on puisse dire, et beaucoup de pensionnaires avaient refusé d’aider leur camarade, prétextant qu’ils ne supportaient pas ses airs de grandeur et son attitude hautaine. Les doigts fins du brun étalèrent la pommade avec douceur, mais à nouveau le corps du blond se crispa, révélant une douleur sans nom que seuls quelques gémissements confirmèrent. « Tu n’aurais pas dû provoquer la colère de Dame Gyokumen… Elle est très rancunière tu sais. » « Je n’ai pas besoin de tes conseils Hakkai ! Je refuserai toujours de plier devant cette sale bonne femme ! » Sa voix renfermait une colère mal dissimulée et Hakkai continua en silence, avant d’ajouter finalement : « Tu devrais quand même faire attention… Elle était vraiment énervée ce soir. Tu es le premier à recevoir une telle correction… » « Fous-moi la paix ! » Hakkai n’insista pas. … ҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗ … Le lendemain, force fut de constater que l’état de Sanzo ne s’améliorait pas, au contraire. Une forte fièvre s’était emparée de son corps et Hakkai n’avait pas réussi à le réveiller le matin, l’appelant pourtant de toutes ses forces, si bien qu’il avait pris peur. Cela l’inquiétait beaucoup trop et il demanda la permission de sortir pour aller acheter quelques remèdes en ville. Dame Gyokumen lui lança un regard dédaigneux et remarqua avec acidité que le blond n’avait eu que ce qu’il méritait. Hakkai cru pendant un instant affreux qu’elle allait refusé mais finalement, d’un geste las de la main, elle lui accorda ce qu’il demandait, lui imposant juste de rentrer assez rapidement pour ne pas se mettre en retard dans son travail. Bien trop heureux d’avoir enfin cette permission, le jeune homme se dépêcha de se retirer et il partit dans sa chambre se changer pour sortir. Il enfila un kimono d’un vert discret, qui mettait en valeur ses yeux, et se préoccupant bien moins de son aspect que de l’état de santé de Sanzo, Hakkai se précipita à l’extérieur, prenant avec lui un peu d’argent qu’il avait réussi à mettre de côté. La foule qui envahissait les rues ce matin-là était assez impressionnante et pourtant, ce brassage fit un bien fou à Hakkai. Voilà longtemps qu’il n’était pas sorti et cela lui avait manqué ces derniers temps. Il retrouva avec plaisir les rues étroites de Kyoto, et les petites échoppes sur les côtés où les gens se précipitaient, pressés de dépenser leur argent. C’était vivant, animé par cette joie d’être en vie et de pouvoir en profiter… Les conversations matinales bourdonnaient dans l’air et de bonnes odeurs s’échappaient des cuisines des petits restaurants. Un homme le bouscula légèrement et s’excusa poliment avant de reprendre sa route, et au sabre qu’il portait, Hakkai comprit qu’il devait s’agir d’un samouraï rônin. Il ne portait aucun insigne comme quoi il appartenait à l’une des familles influentes de la ville, et quelque part, le jeune homme envia sa liberté. Lui n’avait jamais eu cette chance de pouvoir quitter sa famille un jour en levant le nez au ciel en se disant que désormais, il serait son seul toit… Pourtant, il savait qu’il aurait aimé cela. Soupirant, il reprit sa route, l’image de Sanzo lui rappelant ses devoirs. Il trouva rapidement une petite échoppe d’herboriste et entra, refermant délicatement la porte pour rester discret. Il s’inclina poliment devant le patron de la petite boutique et demanda aussitôt des remèdes pour une forte fièvre, dû à de mauvaises blessures. L’homme partit dans son arrière-boutique, lui promettant de lui rapporter ce dont il avait besoin, et Hakkai attendit sagement, laissant son regard dériver sur les différentes potions qui s’étalaient sur les rayons en bois de l’échoppe. Certaines étaient d’une couleur peu rassurante et le jeune homme grimaça en imaginant ce qu’elles pouvaient contenir. Le bruit de la porte le tira soudain de ses pensées et il tourna son regard vers l’inconnu qui s’avançait déjà vers le comptoir, pressé de rencontrer l’herboriste. Surpris de ne voir personne, il se tourna alors vers Hakkai, son regard l’interrogeant muettement sur la présence du patron. Deux prunelles rouges sang le fixèrent un instant, insistant peut-être un peu. Mais au lieu de répondre, Hakkai se perdit dans leur contemplation. Jamais encore il n’avait vu un homme aussi beau ! Et pourtant… Il avait déjà rencontré beaucoup d’hommes, surtout avec son métier. Celui-là était différent de tous les autres : le menton haut, le front fier et ces incroyables cheveux rouges qui encadraient un visage aux traits fins mais décidés… Une silhouette mince, vêtue d’un kimono d’un noir de jais, sûrement en tissu précieux vu la façon dont il brillait. Cet homme avait une prestance et une présence qui déstabilisa pendant un instant Hakkai, qui en oublia totalement de répondre. Ce dernier, sans doute amusé par son étonnement, se racla doucement la gorge et demanda poliment : « Excusez-moi mais savez-vous où se trouve l’herboriste ? » « Il est allé dans l’arrière-boutique… Il va revenir, ne vous en faites pas. » Malgré lui, Hakkai avait rougit sensiblement et cela affermit le sourire de l’inconnu, qui s’approcha doucement de lui, sans doute curieux. « Vous êtes nouveau ici ? Je ne vous ai jamais vu auparavant… » « Non, c’est-à-dire que… Je sors rarement voyez-vous. Mais là, c’était un cas d’urgence. » « Oh je comprends. Veuillez me pardonner ma curiosité. » Le regard de l’inconnu pétillait de joie et Hakkai se laissa doucement amadouer, souriant à son tour. Cet homme semblait vraiment bon et gentil, même si son regard ne dissimulait pas une certaine lueur rusée, mais quelque part le brun aimait cela, et il regretta presque le retour de l’herboriste qui lui donna les plantes nécessaires en lui indiquant les posologies. Dés qu’il revint, le jeune homme aux cheveux rouges détourna son regard d’Hakkai et s’éloigna poliment, se contentant de l’observer de loin, lui jetant des petits coups d’œil curieux. Le brun paya, remercia le patron puis sortit, non sans adresser un petit sourire à l’inconnu. Dés qu’il fut sorti, le jeune homme aux cheveux rouges se pressa au comptoir et demanda : « Qui est-ce ? Le connaissez-vous ? » « Non Seigneur Gojyo, j’ignore qui est ce jeune homme. C’est la première fois qu’il entre dans ma boutique… Et vous, vous venez toujours pour les mêmes remèdes ? » « Oui s’il vous plaît… » Il laissa l’herboriste le servir avant de demander brusquement, une idée surgissant en lui : « Les médicaments qu’il a pris… Sont-ils suffisants pour plusieurs jours ? » « Vu ce qu’il m’a exposé, il devra sûrement revenir demain. Cela m’étonnerait que son ami guérisse aussi facilement. A mon avis, il aurait dû consulter un médecin… » Gojyo acquiesça sans même noter les dernières paroles du patron : tout ce qu’il voyait, c’était que le jeune homme était venu ici et non ailleurs, au moment même où lui-même venait… Il aurait mis sa main à couper qu’il s’agissait ici d’un signe du destin ! … ҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗ … Effectivement, le destin décida de s’acharner sur le pauvre Sanzo, dont l’état resta stationnaire le lendemain, et une nouvelle fois Hakkai demanda à sortir à Dame Gyokumen qui accepta sans même lui jeter un regard. Elle avait trouvé la veille une jeune fille magnifique et s’était mise en tête de l’éduquer, ce qui occupait tout son esprit et laissait donc le jeune homme un peu plus libre… Ravi il fila dehors, prenant à nouveau sur ses maigres économies pour payer les soins. Il savait que Gyokumen ne verserait jamais un seul yen pour Sanzo, et lui ne comptait pas laisser son ami dans cet état. Enfin… Celui qu’il considérait comme étant son ami, même si l’attitude de Sanzo était assez équivoque. Il ne s’était jamais montré agréable ou gentil avec lui, et ne cessait de lui rentrer dedans dés qu’Hakkai émettait la moindre supposition. Mais le brun était persuadé que le blond avait un bon fond et c’est pourquoi il se démenait comme cela. Il retourna dans la même boutique et une nouvelle fois, l’herboriste lui donna les plantes appropriées, un peu gêné tout de même que la maladie de son ami empire de cette manière. Au fond de lui il était persuadé que le jeune homme devrait voir un médecin, mais il s’abstint de tout commentaire et laissa Hakkai sortir avec un petit soupir. Les médecins coûtaient cher et tout le monde n’avait pas la possibilité de s’offrir un tel service. Mais à peine fut-il sorti qu’une main ferme attrapa son bras et son regard croisa aussitôt deux prunelles rouges qui n’avaient cessé de hanter sa nuit… Surpris, Hakkai écarquilla les yeux et il ne sut s’il devait s’énerver pour cette impolitesse ou bien se calmer et attendre de savoir ce que l’inconnu voulait. Mais la lueur de joie qu’il aperçut dans les deux prunelles rouges le dissuada de protester et il pencha légèrement la tête de côté. « Bonjour. » « Oh excusez-moi de vous importuner comme cela mais… Est-ce que vous accepteriez d’aller boire un verre avec moi ? » Hakkai écarquilla les yeux, surpris d’une telle invitation. Cela faisait tellement longtemps qu’il n’avait eu aucun rendez-vous de ce genre. En fait… Il n’en avait jamais eu. Et quelque part, cette proposition lui faisait extrêmement plaisir. Il dû rougir légèrement car l’inconnu le supplia des yeux avant de murmurer : « S’il vous plaît… Ne refusez pas. » Evidemment, Hakkai ne pu pas refuser après cela et l’inconnu l’emmena dans un petit salon de thé juste à côté de l’herboristerie, lui promettant qu’il ne lui prendrait pas trop de temps, afin qu’il puisse retourner soigner son ami assez vite. Ils s’assirent et commandèrent un thé et un peu de saké, avant qu’Hakkai ne demande, surpris tout de même : « Pourquoi m’avez-vous invité ? Je ne connais même pas votre nom… » « Alors laissez-moi me présenter : je m’appelle Gojyo. Et si je vous ai invité, c’est parce que… Je n’arrive pas à vous oublier depuis hier. Ne m’en voulez pas pour mon impudence mais… Je n’arrive pas à vous chasser de mon esprit. Quelle sorte de sortilège avez-vous donc usé sur moi ? » Hakkai eut un petit rire délicat et il répondit gentiment : « Le même que vous ayez utilisé sur moi. » « Oh… » La joie était lisible sur le visage de Gojyo et Hakkai profita de ce petit instant que la vie lui offrait. Une vie qui ne lui avait jamais fait de cadeau et qui songeait enfin un peu à lui… Lorsqu’ils se séparèrent, l’un comme l’autre avaient apprécié cet instant, à tel point que lorsque Gojyo lui proposa de se revoir le lendemain, il accepta. Et quand il rentra auprés de Sanzo, un doux sourire illuminait ses lèvres. … ҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗ … Les rendez-vous se multiplièrent, alors que Sanzo pourtant reprenait doucement des forces. Sa fièvre avait pratiquement disparu, même s’il avait parfois des poussées de température assez impressionnantes, et Hakkai avait continué de s’occuper de lui, heureux de voir son rétablissement et en même temps désespéré à l’idée que bientôt, il n’aurait plus d’excuse pour sortir. Parce qu’il avait pris goût aux rendez-vous avec Gojyo. Le jeune homme était charmant et il s’entendait vraiment bien avec lui. Et puis… Il ne fallait pas se voiler les face, parce que certains faits ne trompaient pas : son cœur qui s’affolait quand il le voyait, son envie de le revoir, son désespoir de le quitter et surtout ces sourires qu’il avait lorsqu’il pensait à lui… Hakkai était tombé amoureux. Cela ne le choquait pas, il savait pertinemment qu’il aimait les hommes, mais il n’aurait jamais espéré faire une rencontre comme cela. Ce matin-là, il sortit avec empressement dans la rue et se dépêcha d’atteindre l’herboristerie, où Gojyo l’attendait comme chaque matin. Le sourire du jeune homme lui fit vraiment plaisir et ce dernier l’invita dans un nouvel endroit, un salon de thé qu’il ne connaissait pas et qui avait l’avantage d’offrir des tables éloignées les unes des autres et séparées par un paravent, ce qui leur offrait un peu d’intimité. Gojyo se montra étrangement silencieux ce jour-là et Hakkai essaya de meubler la conversation, jusqu’au moment où le jeune homme aux cheveux rouges se releva et vint s’asseoir à côté de lui. Doucement il releva son menton du doigt et plongea son regard dans le sien. « Tu es vraiment beau Hakkai… » Le brun rougit et baissa les yeux, gêné, mais Gojyo reprit : « Non, regarde-moi s’il te plaît… » Intimité, Hakkai lui obéit mais quand il vit le jeune homme se pencher vers lui, bien décidé à lui voler un baiser, il réagit très mal. Une foule de souvenirs ressurgit brutalement, des souvenirs qu’il avait cru enfouis depuis longtemps. Il se crispa et terrorisé, il repoussa peut-être un peu brutalement Gojyo en s’écriant : « Non !! » Surpris, Gojyo n’insista pas mais son refus le blessa profondément et il murmura : « Pourquoi… ? » « Désolé je… Je ne peux pas ! » Et l’instant d’après, Hakkai avait déjà fui et était sorti précipitamment du restaurant. Gojyo, perplexe et déstabilisé, se mordit violemment la lèvre, comprenant qu’il venait de faire une bêtise… Il appuya son front contre sa main en soupirant et déglutit, une boule d’angoisse dans la gorge. … ҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗҖҖҗҗ … Les jours suivants, Gojyo eut beau attendre devant l’herboristerie, Hakkai ne revint pas. Il se maudit mille fois de ne pas avoir demandé au jeune homme où il habitait. Mais sur tous les sujets un peu trop personnels, Hakkai avait mystérieusement éclipsé toute réponse, évitant de trop se confier, et si Gojyo y avait vu de la coquetterie au début, il avait fini par se poser des questions. Ne revoyant toujours pas le jeune homme, Gojyo finit par sombrer dans une déprime profonde, où il se maudit de tous les noms pour s’être montré si maladroit et d’avoir perdu sa seule chance de pouvoir peut-être être heureux… Hakkai était resté avec lui sans jamais savoir qui il était vraiment, juste parce qu’il l’aimait bien… Cette chance-là ne se représenterait pas deux fois, Gojyo en était bien conscient. Il était tombé amoureux d’un homme qui par miracle ne savait pas qui il était, mais dont lui-même ignorait absolument tout de lui. A traîner sa misère et sa peine toute la journée, son frère Dokugakuji se rendit rapidement compte que quelque chose n’allait pas et quand il le demanda à Gojyo, ce dernier esquissa si habilement ses questions qu’il comprit que cela ne servait à rien, si bien qu’il se mit à tête de remonter le moral de son petit frère. Il lui proposa des parties de pêche, de faire un peu de sport ensemble ou de sortir avec des amis, mais Gojyo refusa pratiquement tout, de plus en plus démoralisé. Et un soir, du bout des lèvres, il lui avoua qu’il s’agissait d’un homme. Dokugakuji connaissait depuis longtemps les préférences sexuelles de son frère, et cela ne le choquait absolument pas, dans la mesure où lui-même préférait également les hommes. Il avait eu la chance de devenir le chef de la famille et avait donc évité tout mariage arrangé, ce qui l’avait toujours soulagé. Et même si les propositions de mariage ne diminuaient pas, Dokugakuji avait toujours refusé. Leur famille était l’une des plus influente de la ville. Depuis toujours, elle avait gouverné dans l’ombre les dirigeants et même si avec le temps leur pouvoir avait un peu diminué, elle n’en restait pas moins une famille crainte et respectée, dont le nom était célèbre dans toute la ville. C’est pourquoi Gojyo avait tellement apprécié ne pas être connu d’Hakkai. Pour une fois dans sa vie, on l’avait regardé et peut-être aimé pour lui-même, et non pour son nom, d’où l’espoir qui avait germé dans son cœur. Espoir qui venait de partir en fumée. Dés que son aîné connut la véritable raison de son désespoir, il s’empressa de prendre rendez-vous dans l’une des maisons close les plus célèbres de la ville, et y entraîna son frère pratiquement de force, lui disant qu’il fallait absolument qu’il oublie cet homme dans les bras d’un autre. Selon lui c’était le seul remède efficace et même si Gojyo n’en avait vraiment pas envie, il se laissa entraîné, se demandant si finalement son frère n’avait pas raison. Il doutait de revoir Hakkai un jour et il fallait peut-être penser à l’oublier maintenant… C’est pourquoi ce soir-là, il entra dans la célèbre maison close surnommé Opium en raison de l’enivrement que causaient les hôtes sur leurs invités, entraîné par son frère qui se dirigea aussitôt vers une petite porte qu’il poussa doucement. « Dame Gyokumen… » dit-il respectueusement. Une femme d’âge mûr se releva et s’inclina poliment en souriant, sachant pertinemment qu’elle recevait des clients de choix. « Seigneurs… Je suis enchantée de vous recevoir dans mon humble établissement. Je vous ai réservé nos meilleurs hôtes, vous ne serez pas déçus... » « Merci beaucoup. » Dans un geste large, elle les invita à les suivre et chacun d’eux fut conduit dans une salle : ils se séparèrent en souriant et Gojyo entra en soupirant dans la chambre spacieuse que son frère avait réservée pour lui. Il s’agissait véritablement d’un établissement de luxe car rarement Gojyo avait vu un tel confort et une telle beauté dans la décoration. Finalement Dokugakuji avait peut-être raison : ici, il prendrait du bon temps et oublierait Hakkai. Il défit le haut de son kimono et se mit à l’aise. La porte derrière lui s’ouvrit et un serviteur déposa un plateau de thé sur le sol, accompagné de saké, avant de refermer discrètement et de s’éloigner. Gojyo alla le prendre et le porta sur la petite table, avant de s’agenouiller devant elle, à la façon japonaise, pour se servir un bol de saké. Il fallut quelques minutes avant que la porte ne s’ouvre de nouveau et qu’une voix résonne dans son dos : « Bonsoir Seigneur… » Gojyo arrêta net le bol de saké devant ses lèvres et il le reposa rapidement pour se retourner, stupéfait. Il croisa deux prunelles vertes qui s’écarquillèrent de surprise quand elles le reconnurent. Hakkai ! Hakkai n’était qu’un… vulgaire prostitué ! Une pute de luxe ! Son Hakkai lui avait menti depuis le début, il avait joué avec lui et… Il lui avait refusé la seule chose qu’il offrait à tous les autres ! Gojyo sentit soudain la colère l’embraser et il s’exclama d’une voix froide et sèche : « Hakkai ! » Le brun déglutit et sa main qui tenait encore le pan de la porte se mit soudain à trembler avant qu’il ne murmure d’une voix blanche : « Gojyo… » … …
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