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                Un goût dans la bouche

 

 

Il les avait tué rapidement, comme on le lui avait demandé. Jack avait observé quelques instants les deux corps au sol, baignant dans leur propre sang.

Ce sang d’un rouge si profond…

Et comme chaque fois, rien qu’à la vue du liquide de vie, il déglutit. Pas par peur, ni par dégoût. Juste parce que le temps d’un instant, il avait l’impression d’avoir le goût du sang dans sa bouche. Cette sensation de métallique qui envahissait ses papilles gustatives, qui coulait sur sa langue… C’était très étrange : un peu répugnant et en même temps attirant. Comme si le sang appelait le sang.

Il se frotta les tempes, lassé de tout cela. Il détestait sentir le goût du sang en lui. Même s’il en avait l’habitude.

Il descendit rapidement les escaliers de l’immeuble où il s’était planqué pour abattre les deux hommes. La police ne tarderait pas à arriver, il était temps pour lui de partir.

Heureusement, Roy l’attendait en bas de l’immeuble au volant d’une voiture. Il lu ouvrit la portière et Jack s’assit lourdement en soupirant.

- Démarre, ordonna-t-il simplement.

- Tout s’est bien passé ? demanda Roy tout en s’exécutant.

- Oui… Comme d’habitude.

- Bien.

Une manière comme une autre de prononcer une oraison funèbre.

Jack guetta les voitures qui les croisaient. Celle des flics ne tarda guère à apparaître à l’angle d’une rue : on avait dû les prévenir… Elle fonçait à toute vitesse vers le lieu du meurtre.

Le tueur fronça les sourcils en revoyant dans sa tête les deux cadavres sur le sol… Il avait toujours le goût du sang dans sa bouche.

- Ils ont fait vite dis donc… commenta Roy en voyant la voiture de la police les dépasser.

Ils étaient à un feux rouge et le jeune métis pu à loisir observer la voiture bleue disparaître au loin. Il sentit soudain une main se saisir de sa nuque et l’attirer contre son compagnon.

Leurs lèvres se soudèrent dans un baiser profond, la langue de Jack recherchant avec frénésie celle de Roy.

Ils ne se séparèrent que quand les autres automobilistes commencèrent à klaxonner, impatients. Le feu était passé au vert.

- Moi aussi je t’aime… dit en souriant Roy tandis qu’il démarrait.

Jack sourit lui aussi. Le goût du sang avait disparu en lui… Il n’y avait plus que le souvenir légèrement sucré de Roy sur sa langue.   

 

Owari