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           Souviens-toi de moi

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Ses paupières papillonèrent et lentement, émergeant d’un sommeil qui avait été un peu trop profond, Quatre se réveilla.

La couleur blanche qui l’entourait l’éblouit et il referma précipitamment les yeux en grognant, surpris de tant de clarté. Avec le temps, ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité des rues et à ce noir rassurant de la nuit. Voilà longtemps qu’il ne s’était pas réveillé alors qu’il faisait encore jour.

Il passa ses mains sur ses yeux pour les soulager, avant que le cauchemar horrible qu’il venait de vivre ne traverse son esprit.

Bon sang, plus jamais cela ! Le visage de ce fou furieux qui l’avait séquestré dans son cauchemar était encore imprégné sur sa rétine et il en avait des frissons désagréables…

Mais à vrai dire… Même si ce songe atroce avait hanté sa nuit, il avait l’impression de ne jamais avoir aussi bien dormi ! Son corps était reposé, bien qu’une sensation désagréable commençait à monter en lui, signe du manque qui s’installait. Mais hormis cela, il se sentait vraiment serein et apaisé, comme s’il avait dormi des heures d’affilée sans jamais se réveiller.

Prenant sur lui, il ouvrit de nouveau les yeux, se décidant enfin à réagir. Bientôt le manque serait insoutenable et il valait mieux qu’il sorte maintenant avant qu’il n’ait une crise.

Mais quand il réalisa qu’il n’était pas dans sa petite chambre de bonne, sale et réduite, ni dans son petit lit aux draps usés par le temps et salis par le sang et le sexe, il écarquilla les yeux et sursauta violemment sur les draps.

L’espace d’un instant, il se demanda s’il n’était pas en train de rêver ou s’il n’avait pas une hallucination.

Il était couché dans un gigantesque lit à baldaquin, dans des draps d’une douceur et d’un blanc incroyable. La chambre était spacieuse, immense, dans les tons chauds de l’or et de l’ocre, décorée d’une manière orientale très chatoyante et agréable. Une grande tapisserie s’étalait sur l’un des murs, représentant des cavaliers traversant le désert et tout le mobilier reflétait un certain goût pour l’orient.

Stupéfait, Quatre laissa son regard glisser sur toutes ces merveilles, avant de sentir un souffle chaud sur sa joue gauche. Intrigué il tourna la tête et aperçut une grande porte-fenêtre ouverte. Un voile léger et pratiquement transparent ondulait doucement devant elle, balayé avec douceur par une brise qui venait de l’extérieur.

Il devait rêver… Ce n’était pas possible autrement. Ou bien était-il déjà sorti et il avait acheté sa dose habituelle, qui lui faisait vivre ce moment incroyable.

Totalement perdu mais envoûté par ce décor chatoyant, Quatre se leva, remarquant à peine les tremblements qui agitaient ses mains et ses jambes, et se tenant au lit, il réussit à venir jusque devant la grande porte pour jeter un coup d’œil à l’extérieur. Il trouva la force de marcher sans appui et lentement, il sortit pour assouvir sa curiosité.

La forte luminosité l’éblouit et il porta aussitôt sa main devant ses yeux. Lentement il s’habitua, à grand renfort de grimaces, et quand enfin il pu ouvrir correctement les yeux, le spectacle qu’il aperçut lui coupa le souffle.

A perte de vue, il n’y avait que des dunes de sable, gigantesques, majestueuses, frappées par un soleil dur qui  ne pardonnait pas… C’était magnifique et en même temps… terriblement angoissant.

Où était-il ? Ses tremblements s’accentuèrent et cette fois-ci, il se demanda s’il rêvait réellement… Parce qu’aucun de ses anciens trips n’avait été aussi loin et n’avait été aussi beau.

Un bruit derrière lui attira son attention et il se retourna précipitamment, inquiet de la suite des évènements. Quand ses yeux tombèrent sur la silhouette qui se tenait dans l’entrée de la chambre, immobile et attentive à la moindre de ses réactions, il ne pu retenir un cri de rage.

«  VOUS !!! »

Heero ne bougea pas : de toute façon, il savait que le réveil serait brutal et peu réjouissant. Il s’y était attendu et s’y était préparé, néanmoins le rictus de haine qui balaya le visage du blondinet lui fit mal.

« Où suis-je ? » s’écria Quatre, follement furieux. « Où m’avez-vous emmené ? Pourquoi vous me faites ça, à moi ? Qu’est-ce que je vous ai fait bon sang, pour mériter ça ? »

Il tremblait de plus en plus et remarquant son malaise, le japonais s’approcha, essayant de calmer la situation avant qu’elle n’empire :

« Calme-toi Quatre, tu n’aurais pas dû te lever… »

« JE FAIS CE QUE JE VEUX !!!! »

Jamais encore Heero n’avait vu le blond dans un tel état de nerf et il écarquilla les yeux, le cri de rage le figeant net. Cependant, à ses tremblements et à la sueur qui commençait à couler sur son front, le japonais comprit qu’il ne pouvait pas rester sans agir, alors prenant sur lui, prêt à affronter toutes les insultes, il s’approcha d’un pas vigoureux vers le jeune homme.

Quatre, effrayé par cette proximité imposée, tenta de reculer et de s’enfuir, mais ses jambes trop faibles le lâchèrent et il s’écroula, à bout de force.

Deux bras le rattrapèrent avant qu’il ne touche le sol et un regard froid aux teintes cobalt se posa sur lui. Il se sentit soulevé et incapable de résister, de réagir, il se laissa ramener vers le lit où Heero le coucha délicatement, comme s’il s’agissait de la chose la plus fragile et la plus précieuse qu’il eut jamais eu dans les bras, avant de ramener le draps léger sur son corps.

« Calme-toi, tu n’es pas en état Quatre. »

Il croisa un regard rempli de larmes et l’espace d’un instant, il faillit craquer. Il ferma les yeux un instant, l’émotion le gagnant mais il refusa d’y céder. Pas maintenant, il ne devait pas être faible. Quatre aurait besoin de lui dans les prochaines heures… Les premiers signes ne trompaient pas.

Doucement il passa sa main sur le front brûlant du blond, et il la retira trempée de sa sueur. Les tremblements de ses mains avaient encore augmentés et le blond semblait être au bord de la crise.

« Je vous en supplie… »

La voix était timide, fluette, presque trop faible et Heero baissa son regard vers lui. Il savait pertinemment ce qui tracassait le blond, ce qui était en train de se passer en lui. Mais il n’y céderait pas.

« J’ai besoin… S’il vous plaît… Juste une dose… Je ferai ce que vous voulez… Je resterai ici… Mais donnez-la moi… »

Lentement, sa main passa tendrement sur la joue de l’arabe, un peu trop pâle…

Quatre le suppliait. Heero prit une grande inspiration et son ton compatissant contrasta avec son regard toujours aussi froid :

« Qu’es-tu devenu Quatre ? Regarde ce que la drogue a fait de toi… »

« Je vous en supplie !! » s’écria l’arabe, soudain terrorisé.

L’idée que le japonais l’abandonne ici sans lui offrir de drogue, sans l’aider à combler cette sensation de manque atroce qui menaçait de le dévorer de seconde en seconde, l’horrifiait et ses mains s’agrippèrent au bras d’Heero, ses ongles s’enfonçant dans la chair sans même qu’il s’en rende compte.

« Ne me laissez pas comme ça… Noooon… »

« Je ne peux pas Quatre… Je ne veux pas t’aider à te détruire. Il faut stopper ça. »

« NOOOON !!! » hurla l’arabe, devenu dément.

Le manque était là, de plus en plus puissant, dévastateur, et mû par une force soudain incroyable, Quatre se redressa et tenta d’échapper au japonais.

« Où vas-tu Quatre ? »

« N’importe où… Loin de vous ! »

« Il n’y a rien ici Quatre. Rien que le désert. Tu ne pourras aller nulle part. Ici, il n’y a que toi… Et moi. C’est tout ! »

Le blondinet écarquilla les yeux, sidéré, avant de se mettre à trembler de plus belle. Le japonais, inquiet, tenta de l’obliger à se recoucher mais Quatre était devenu fou et il se débattit de toutes ses forces, griffant et frappant le japonais partout où il pouvait l’atteindre.

«  Laissez-moi !!! Laissez-moi !!! Haaaaaa !! »

« Quatre ! Mais bon sang, calme-toi !!! »

Ils se battirent ainsi plusieurs minutes assez longues, et évidemment, dans son état physique, Quatre était absolument incapable de tenir, si bien qu’il s’effondra rapidement, le souffle court et les yeux exorbités, tremblant de plus belle.

Heero reprit doucement sa respiration mais n’osa pas toucher plus l’arabe de peur de l’effrayer, si bien qu’il s’écarta prudemment, le laissant se reposer. Il retourna prés de la fenêtre et la ferma à clé, avant de mettre la clé dans sa poche, et il repartit à l’entrée, augmenter l’air conditionné, de telle sorte que Quatre ne souffre pas trop de la chaleur.

Puis, en soupirant, il sortit tout en disant :

« Repose-toi Quatre. Je ne suis pas loin… »

Le blond ne répondit même pas, son corps recroquevillé sur lui-même et tremblant comme une feuille morte, haletant comme s’il venait de courir un marathon.

Heero savait pertinemment ce qui allait se passer et il préféra laisser le blond à ses démons intérieurs pour l’instant, même s’il jugeait son attitude lâche et égoïste. Mais voir son compagnon dans un tel état le rendait fou… Il ne savait pas s’il tiendrait longtemps à ce rythme-là, même s’il s’était promis d’aller jusqu’au bout pour sauver Quatre.

Il referma la porte et alla s’installer un peu plus loin dans un fauteuil, attendant… Il ne pouvait faire qu’attendre… Attendre le moment où Quatre aurait besoin de lui… Et où il accepterait son aide.

 …

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Durant de longues interminables, les gémissements d’angoisse et de douleur de Quatre envahirent la demeure… Heero essaya de ne pas trop les écouter au début, sachant pertinemment que le manque était la raison de la souffrance du jeune arabe, mais plus le temps passa et plus il serra les poings, jusqu’à se blesser involontairement avec ses ongles, profondément enfoncés dans ses paumes.

Les gémissements furent bientôt remplacés par des cris, reflet du délire qui s’emparait de Quatre. Il hurlait des choses incompréhensibles mais au milieu de tout cela, se répétait la même chose : il voulait de la drogue. Tout son corps et son esprit en réclamaient… Ils en avaient besoin.

Le bruit de ses pleurs accompagnait le tout et Heero cru qu’il allait devenir fou plus d’une fois.

Il se levait et se dirigeait vers la chambre de l’arabe, avant de se rappeler qu’à ce stade-là, il ne lui serait d’aucun secours… Quatre devait lutter seul contre le poison qui avait rongé ses veines, et il savait parfaitement que la même scène qui avait eu lieu le matin–même entre eux se reproduirait si jamais il entrait dans la chambre. Et il ne voulait pas blesser le jeune arabe involontairement… Alors il essaya de tenir, aussi torturé si ce n’est plus que Quatre.

Le téléphone heureusement lui accorda un peu de repos et il alla décrocher dans la pièce d’à côté, tombant sur un Duo inquiet pour son ami, et qui voulait prendre de leurs nouvelles.

Heero, fatigué mais pour la première fois de sa vie véritablement heureux d’entendre la voix de Duo, répondit à toutes ses questions, se raccrochant à cette petite parcelle d’humanité que possédait le natté, et qui avait pour l’instant disparu chez Quatre.

« T’as l’air fatigué Hee-chan… »

« Ce n’est pas facile tu sais. »

« Il faut que tu tiennes pour lui. Tu es son seul moyen de s’en sortir maintenant. »

« Oui je… »

Un bruit métallique attira son attention et le soldat parfait, les sens en alerte, ajouta rapidement :

« Je te laisse Duo. »

Il raccrocha sans attendre de réponse et courut jusque dans le salon. Il n’y aucun signe de présence, mais un nouveau bruit parvint de la cuisine et cette fois-ci, le japonais sut qu’il devait s’agir de Quatre.

Comment avait-il pu sortir de sa chambre dans son état ? Dire qu’il était tout juste capable de se lever le matin-même…

Inquiet, Heero se rendit jusqu’à la cuisine et il trouva bien le blondinet, agrippé au meuble de toutes ses forces pour ne pas tomber, un tiroir ouvert et fouillant dedans comme un forcené.

Ce n’était visiblement pas le premier tiroir qu’il ouvrait et dans lequel il cherchait, car la cuisine était entièrement dérangée, et le japonais se demanda comment il avait fait pour ne rien entendre !

« Quatre, qu’est-ce que tu… »

Il ne finit pas sa phrase car le blondinet venait enfin de mettre la main sur ce qu’il cherchait, et il sortit un grand couteau de cuisine, qu’il dirigea aussitôt vers Heero, un regard fou posé sur le japonais.

« Laissez-moi… Ne m’approchez pas ! Je vous préviens… Si vous ne m’aidez pas, je… Je vais vous tuer ! »

A suivre….