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........................... Souviens-toi de moi … … Pendant longtemps, les sanglots étouffés avaient retenti dans l’appartement, noyant un peu plus le cœur d’Heero. Il était resté à côté de Quatre quelques moments, passant de temps en temps sa main dans les mèches blondes, comme un geste interdit qu’il savourait à petites mesures. Mais à chaque contact, Quatre s’était un peu plus recroquevillé sur lui-même, cherchant à le fuir à tout prix si bien que le japonais n’avait pas insisté. Son ami était trop mal pour qu’il puisse l’aider en cet instant. Il avait surtout besoin de repos et de calme, et peut-être qu’après cela, il pourrait essayer de le comprendre et d’accepter ses intentions qui étaient louables. Pour l’instant, Heero avait préféré s’éclipser, rajustant la couverture sur le corps trop maigre avant de lui souhaiter un bon repos. Quatre n’avait pas répondu, s’enfonçant de plus en plus dans un mutisme qui commençait à effrayer Heero. Car plus que toute autre chose, le japonais ne craignait que la sensation de manque ne commence à s’installer. A en juger par les marques qui ornaient ses bras, telles des décorations morbides, Quatre était devenu un véritable junkie… Un de ceux qui n’envisage plus la vie sans drogue et qui ne pense même plus qu’à travers elle. Heero savait pertinemment qu’à un moment ou à un autre, le blondinet allait commencer à être dévoré par la sensation de manque et ces instants seraient sûrement très éprouvants, autant pour lui que pour Quatre. Parce qu’il était fermement décidé à l’aider à se sortir de toute cette merde. Il était hors de question pour lui d’abandonner un ami à un sort aussi sinistre et misérable. Et surtout pas cet ami-là… Surtout pas Quatre. Il avait fini par s’asseoir lourdement sur un des fauteuils de son salon, fermant les yeux sous la douleur que provoquaient ces sanglots qui malgré l’espace, franchissaient les portes pour parvenir jusqu’à lui. Il avait beau savoir qu’il faisait cela pour son bien, qu’il l’aidait en agissant ainsi… Malgré tout cela, les pleurs de Quatre le bouleversaient et le faisaient culpabiliser. Ce n’était jamais agréable de voir un ange pleurer. Surtout lorsqu’on aime cet ange plus que tout. Il faillit s’assoupir quand des coups brusques frappés à sa porte le firent sursauter. Aussitôt son regard se tourna vers l’horloge au-dessus de son meuble et il grimaça en se rendant compte qu’il devait être prêt de 8h du matin… Bon sang, qui était-ce ? Fatigué, Heero eut quand même le courage de se lever et il vint ouvrir la porte, laissant la chaîne du verrou en place. Quelle ne fut pas sa surprise d’apercevoir trois silhouettes plus que familières dans l’entrebâillement !! Il repoussa la porte pour ouvrir le verrou et ouvrit de nouveau, laissant une pâle ombre de joie traverser son visage en revoyant ces visages amis. - Qu’est-ce que vous faites ici ? Tous les trois ? Sa voix trahissait une certaine lassitude mais les trois G-boys n’en tinrent pas compte et évidemment, une tornade nattée poussa le japonais pour entrer aussitôt en s’exclamant d’une voix un peu trop criarde : - Qu’est-ce qu’on fait ici ? Ben voyons Hee-chan, je suis sûr que tu en as une petite idée ! Et si jamais je suis venu pour rien… Duo tourna un regard meurtrier vers Trowa et Wufei qui n’en tinrent même pas compte. Visiblement, ils avaient été mis au courant des lourdes menaces qui pesaient sur eux durant tout le trajet. Heero haussa un sourcil étonné avant de faire tout de suite le lien avec son voisin qu’il avait aperçu durant la nuit. Aïe… Dire qu’il ne voulait pas que leurs amis voient tout de suite Quatre. Dans cet état, le choc serait rude, comme il l’avait été pour lui. Un soupir lui échappa et il tourna son regard vers Trowa : - Mon voisin vous a prévenu, c’est cela ? - Heero, qu’est-ce qui se passe ? demanda aussitôt le brun, ne s’embarrassant pas de formalités. - Asseyez-vous, c’est une longue histoire… Pour que le célèbre soldat parfait au vocabulaire limité envisage de leur parler d’une ‘longue’ histoire, c’est que l’affaire était sérieuse et même Duo comprit le message. Ils allèrent s’asseoir calmement sur le canapé, leurs trois regards ne quittant pas Heero, attendant patiemment une explication. Et véidemment, Duo craqua le premier, alors que le japonais revenait tranquillement s’asseoir en face d’eux : - On raconte que tu as kidnappé quelqu’un Hee-chan ? Tu sais, si tu es en manque d’affection, je suis là moi ! - Ca m’étonnerait que Zech soit d’accord avec cela ! répliqua sournoisement Wufei. Depuis la fin de la guerre, les deux hommes s’étaient trouvé beaucoup de points communs, dont un particulièrement qui les avait réunis : l’amour. Aussi improbable que cela puisse paraître, ils en étaient devenus inséparables. D’où la mauvaise humeur de Duo : Trowa l’avait fait sortir des bras de son blond préféré et il n’avait pas vraiment apprécié… Surtout pour les lubies d’un japonais asocial. - J’ai retrouvé Quatre. Même lorsqu’il lançait des bombes sur Oz, Heero était plus diplomate ! Parce cette bombe-là leur fit l’effet d’un électrochoc et même Wufei, pourtant si digne et si sûr de lui, en resta bouche bée. - Qua… Qua… Qua… - Quatre, répliqua calmement Heero, finissant ainsi le mot à peine ébauché de Duo. - Ce n’est pas possible… Il était mort. Trowa était sous le choc et il avait du mal à en revenir. Soit Heero était devenu fou et avait enlevé le premier blond qui ressemblait au jeune arabe en pensant qu’il s’agissait bien de leur Quatre, soit… Soit ils venaient d’apprendre la meilleure nouvelle de l’année ! - Yui, cela fait deux ans. Il nous aurait contacté avant s’il avait été vivant. Comment peux-tu nous mentir sur cela, je… Heero ne laissa pas Wufei finir et il trancha rapidement toutes les questions qu’il voyait déjà naître dans leurs yeux écarquillés : - Il est devenu amnésique. - Amnésique ? - Le nom même de Quatre Raberba Winner ne lui dit absolument rien… Trowa soupira et se laissa aller dans le fond du canapé, complètement abasourdi, alors que Wufei tournait son regard sur le côté, gêné d’avoir douté de Yui et encore plus choqué par ce qu’il apprenait. Quant à Duo, il se releva précipitamment et demanda à brûle-pourpoint : - Où est-il ? Où est Quatre ? C’est lui que tu as enlevé ? - Calme-toi Duo. Il dort à côté et je ne l’ai pas enlevé ! Je l’ai ramené ici, c’est différent et… Il n’était pas vraiment décidé à rester ici. - Donc tu l’as enfermé dans ta chambre ! Tu es complètement malade Yui, même s’il ne se rappelle plus de nous, tu n’as pas le droit de faire ça ! Furieux, le natté fut le seul à réagir et il courut aussitôt vers la chambre d’Heero, connaissant l’appartement pour y être déjà venu une fois. Le japonais se leva à son tour, tentant de l’arrêter mais ce fut peine perdue et le natté lui échappa. Il ouvrit brusquement la porte de la chambre et s’approcha du corps qui reposait entre les draps. Heureusement Quatre dormait, complètement abruti après avoir passé des heures à crier et à pleurer. Les couvertures avaient glissé, révélant les deux bras trop maigres attachés à la tête du lit, couverts de marques… Duo s’arrêta net et porta la main à sa bouche pour retenir une exclamation horrifiée alors que Trowa et Wufei, qui avaient suivi le mouvement, s’arrêtaient eux aussi pour contempler l’affreux spectacle en silence. Ce qu’ils étaient en train de voir pour la première fois, Heero lui-même n’y était pas encore habitué. Après avoir connu un blondinet souriant et heureux de vivre, comment pouvait-on encore considérer que le corps qui reposait là, terriblement marqué par la faim et la fatigue, par la drogue et les violences, puisse être celui de leur ami ? Et pourtant… Les traits du visage et les cheveux blonds ne les trompaient pas. Sous le choc, Duo se tourna en silence et il rebroussa chemin, anéanti par ce qu’il venait de voir. Heero, d’un regard appuyé, convainquit le couple de faire de même, sachant pertinemment que cela serait une catastrophe si jamais Quatre se réveillait et les apercevaient tous à son chevet. Tel une marionnette dénuée de sentiments, Duo retourna s’asseoir, les yeux ouverts sur des questions qui semblaient lui faire mal. Mais tout ce qu’il demanda, ce fut un simple mot, qui fit soupirer Heero. - Pourquoi ? - Je ne sais pas… Mais j’imagine que cela ne doit pas être facile de se réveiller sans savoir qui l’on est et où l’on est, et comment pouvoir survivre… - Il est… tellement maigre… Et si pâle. - Tu comprends pourquoi je ne pouvais pas le laisser partir ? Dans son état, il serait parti se droguer et il se serait encore plus détruit. Je ne peux pas le laisser faire. - Oui. Tu as raison. Je vais t’aider, on va l’emmener à l’hôpital et des médecins se chargeront de lui… - Pour en faire une loque humaine, tout juste bonne à prendre ses médicaments pour oublier la douleur ? Non Duo ! - Mais Heero, tu ne peux pas le laisser comme ça ! - Il a besoin de manger et de se reposer. Son organisme a également besoin de se débarrasser de toute cette drogue, et seulement après il ira mieux. Des médecins ne l’aideront pas Duo. Tu crois qu’il se sentira mieux dans une chambre capitonnée, toute blanche, avec comme seule visite celle d’hommes en blouse blanche ? - Mais Heero… Les coupant tous deux, Trowa prit alors la parole. S’il avait pâli en voyant l’état de leur ami, il avait néanmoins eut le temps de reprendre des couleurs et de réfléchir. - Duo, je pense qu’Heero a raison. Quatre a besoin d’aide et je crois que seul Heero peut faire cela. L’envoyer dans un hôpital ne me dit rien, surtout qu’il n’est pas vraiment blessé. Il a surtout besoin de reprendre des forces et de se débarrasser de la drogue. Un peu perdu, le natté se tourna alors vers la dernière personne censée de leur petit groupe et Wufei se contenta d’approuver d’un signe de tête les paroles de son petit-ami. Il savait pertinemment que le japonais était peut-être le seul à être capable de réaliser cet exploit et il lui faisait confiance à cent pour cent. Heureux de cette décision, Heero leur adressa un petit hochement de tête et il se releva : - Je m’occuperai de Quatre ne vous inquiétez pas. Mais je pense qu’il ne doit pas vous rencontrer tout de suite. Il ne m’a pas reconnu et j’ai peur que cela ne soit un choc pour lui… - Oui je comprends. J’étais en train de penser à quelque chose Heero… Je sais que tu tiens beaucoup à ta liberté mais… Si Quatre évoluait dans un décor qu’il connaissait, peut-être que cela l’aiderait à retrouver la mémoire. - Tu ne penses pas à une de nos anciennes planques quand même Trowa ! s’exclama Duo. - Non en fait… Nous avons passé trop peu de temps dans chacune d’entre elles. Je pensais plutôt à une des demeures de la famille Winner. Une demeure où il aurait passé plus de temps… Les traits de Wufei s’illuminèrent soudain et il s’exclama : - Il nous parlait souvent de cette demeure prés du désert… Il disait que c’était là qu’il y avait passé la plus grande partie de son enfance. Heero fronça les sourcils, un peu perplexe : - Vous voudriez que je l’emmène là-bas ? Mais… Je peux très bien m’occuper de lui ici. - Oui Heero, mais je pense sincèrement que cela serait mieux pour lui d’être dans un environnement familier. Ne serait-ce que pour retrouver ses souvenirs et puis… Si j’ai bien compris, il cherche à te fuir n’est-ce pas ? A fuir ce repos forcé que tu lui imposes. Avec un désert comme seul paysage, il n’ira pas loin. A ces mots, Duo se releva, furieux : - Non mais attendez là ! Vous parlez de Quatre, pas d’une bête sauvage ! Vous êtes cinglés de dire ça ! - Duo, on pense avant tout à son bien ! Tu préfères qu’il fausse compagnie à Heero et qu’il aille finir dans la rue ce qu’il a commencé ? Tu veux le laisser s’autodétruire comme ça ? Voyons Duo ! Le natté se calma aussitôt : effectivement c’était sans doute la meilleure solution, et le japonais acquiesça lui aussi, un air grave sur le visage. - Je suis d’accord. Prévenez Rashid mais je veux être seul avec lui. Je ne veux aucun serviteur et aucun domestique ! Je ne veux pas qu’il puisse avoir contact avec l’extérieur par n’importe quel moyen, sinon il serait capable d’amadouer quelqu’un pour avoir ce qu’il veut. Trowa eut un petit sourire et il se releva à son tour, suivi de peu par Wufei : - D’accord je m’en charge. Nous te confions Quatre, veille bien sur lui Heero. Et ne t’inquiète pas pour la plainte de ton voisin, je vais m’en occuper. - Merci beaucoup Trowa. … o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o-o … Heero s’occupa de tout avec Rashid, bien trop heureux d’apprendre que son cher maître Quatre était en vie. Comme ses sœurs étaient mortes dans un attentat durant la guerre, il restait son seul maître et l’homme aurait tout fait pour lui… Il aida Heero à déménager, ce dernier prit des congés chez son employeur et Rashid prépara même un hélicoptère pour l’aider à transporter Quatre. Heero l’avait obligé à boire un puisse somnifère afin qu’il ne fasse pas de scandale durant le voyage. Rashid avait été prévenu et le soir-même, la demeure était fin prête pour les accueillir. Il avait mal accepté le fait qu’il doive attendre pour rencontrer son jeune maître mais il n’avait pas insisté et s’était retiré avec discrétion. Quand Quatre s’éveilla le lendemain, il était dans des draps de satin, couché sur un lit immense et les poignets enfin libres… … … A suivre…
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