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                 Souviens-toi de moi

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Ce jour-là, Heero s’était définitivement retiré des mads. Il n’avait pas suivi la voie de Duo, qui s’était engagé dans les preventers à la fin de la guerre, ni celle de Trowa et Wufei qui avait fini par habiter ensemble et qui depuis roucoulaient, heureux.

Non, lui il n’avait pas droit à ce bonheur, alors il était parti. Pas trop loin, mais pas assez prés pour voir Duo débarquer tous les soirs chez lui. Il s’était installé dans une grande ville, s’était acheté un petit appartement et depuis, il n’avait revu personne, restant enfermé chez lui toute la journée.

Duo l’appelait bien de temps en temps, afin d’avoir de ses nouvelles. Mais les réponses courtes de l’ex-soldat parfait finissaient toujours par le lasser et après lui avoir donné des nouvelles de tout le monde, il raccrochait en lui souhaitant d’aller mieux. C’était toujours le même refrain : « Heero, tu nous manques… Tu devrais revenir… Ce n’est pas bon d’être seul… Il faut oublier la guerre et repartir Heero… ». Le japonais ne répondait jamais rien à cela. Il n’y avait qu’une fois où il s’était énervé. Duo avait subtilement glissé dans la conversation le prénom de Quatre, et Heero avait vu rouge. Il lui avait violemment rabattu le caquet avant de raccrocher, furieux. Lui-même n’avait pas compris sa réaction. Il n’avait saisi ce qui venait de se passer que lorsque le combiné avait été reposé sur son socle.

Heero n’avait besoin de personne dans sa vie. Il n’avait pas besoin de les revoir. S’ls étaient heureux, tant mieux pour eux. Lui n’avait pas le droit à ce bonheur. Son seul bonheur… était parti en fumée il y avait quelques années. Mais il ne voulait plus y penser.

Il s’était trouvé un petit travail tout à fait dans ses cordes : non loin de son appartement se tenait une boutique informatique et avec ses connaissances, il avait réussi à se faire engager, au grand plaisir du patron qui avait vu sa clientèle augmenter considérablement. Le japonais avait un véritable don avec les ordinateurs et il savait régler le moindre problème les concernant, si bien que petit à petit le patron, qui se faisait vieux, avait laissé une grande partie de la gestion de sa boutique à Heero, lui faisant totalement confiance. Le japonais l’avait accepté, d’autant plus que ce surplus de travail lui permettait de s’occuper l’esprit.

Sa vie se résumait désormais à son appartement, la boutique d’informatique et les allées et venues entre les deux endroits. Rien de plus.

Et quelque part, cela lui suffisait amplement. Heero n’avait pas besoin d’avoir des amis. Il n’avait pas besoin de rencontrer du monde : ses clients lui suffisaient. Rencontrer qui ? Rencontrer quoi ? La seule personne qu’il aurait voulu rencontrer était officiellement déclarée morte. Alors après ça, la vie pouvait-elle encore avoir un sens ?

Mais de temps en temps, il faisait une entorse à cette règle qu’il s’était lui-même fixer. De temps en temps, il rompait sa petite routine monotone et partait passer la soirée dans un bar, dans un des quartiers chauds de la ville.

Il ne faisait que s’asseoir dans un coin, commandait toujours le même alcool et attendait, son verre à la main. Il regardait les allées et venues, il écoutait les conversations et les rires bruyants… Il se perdait l’espace d’une soirée dans cette atmosphère vivante et palpitante… Cela ne lui faisait pas vraiment de bien. Pas cela ne lui faisait pas non plus de mal. C’était assez ambigu. Il fallait croire que l’espace de ces quelques heures passées dans ces bars souvent miteux, à la foule plutôt louche et à l’alcool douteux, il réussissait à trouver la force de continuer de vivre.

Pourtant, il restait seul dans son coin, il ne parlait à personne. Mais il écoutait. Tout comme auparavant il avait écouté les pitreries de Duo, les cris de Wufei, les pouffements de Trowa et les remarques gentilles de… Quatre. Il avait pour la première fois vécu dans une atmosphère presque conviviale avec les quatre pilotes. Il avait appris ce qu pouvait être un repas ‘en famille’. Il avait découvert la solidarité et l’amitié. Il s’était même surpris parfois à sourire des plaisanteries de l’américain. 

Et il devait admettre que cette ambiance lui manquait. Mais il ne pouvait plus retourner parmi eux. Pas sans lui. Alors il se contentait de l’air irrespirable des bars et de leur ambiance vivante et colorée. Il se contentait de cette vie qui s’agitait devant lui, en s’en rappelant une autre.

Quelquefois, il avait laissé des hommes l’approcher, quelques filles en mal de client, des serveurs un peu trop entreprenants… Mais ça n’était jamais allé plus loin. Il n’avait pas couché avec eux, il les avait à peine regardé. Ils ne l’intéressaient pas. Ce n’était pas eux que ses yeux rêvaient de voir. Et la plupart du temps, agacés par son mutisme, ces derniers s’en allaient d’eux-mêmes.

Ce soir-là était un de ces soirs où il avait besoin de voir les gens vivre devant lui. Un de ces soirs où il n’avait qu’une envie : se gaver de bruits et d’odeurs jusqu’à en être écoeuré.

La nuit était déjà bien avancée mais il savait qu’il trouverait un bar ouvert quelque part. Il en trouvait toujours un.

Ses pas le conduirent dans un des quartiers les plus chauds de toute la ville. Un de ces endroits où personne d’assez sain d’esprit n’oserait aller s’y aventurer en pleine nuit. Mais Heero n’hésita pas une seule seconde. Il ne faisait pas parti de cette catégorie de gens qui pouvaient redouter une attaque nocturne. Pas lui. Pour un peu, il aurait même plaint ceux qui oseraient l’attaquer…

Il laissa la lumière d’un bar l’attirer mais un coup d’œil à travers l’un des carreaux sales l’éloigna aussitôt. Il y avait trop de prostitués, trop de macs ici… Il n’aimait pas cela. Un endroit plus sain lui conviendrait mieux aussi continua-t-il d’avancer d’un pas tranquille, pas vraiment pressé.

Ce furent d’abord les ombres qui le mirent sur ses gardes : furtives, elles longeaient les murs, comme avant une attaque. Mais ce n’était pas lui la proie. Elles le dépassèrent sans même le regarder. Soudain nerveux, Heero ramena les pans de son long manteau sur lui et il se pelotonna dans le col comme s’il avait froid. Il fallait dire aussi qu’on approchait de l’hiver et les nuits se rafraîchissaient singulièrement.

Mais ses yeux n’exprimaient aucune crainte, au contraire. Ils fixaient avec froideur l’endroit où toutes les ombres s’étaient regroupées, à l’angle d’une ruelle sombre et sales, où s’entassaient un grand nombre de sacs poubelles à moitié éventrés, dégageant une odeur nauséabonde qui le fit hésiter quelques instants.

Après tout, tout cela ne le concernait pas et s’approcher encore un peu plus de cette puanteur le répugnait.

Même si tout cela semblait passablement louche, même si certains hommes étaient armés, Heero n’avait pas à s’en mêler. Il n’était pas un justicier et ne l’avait jamais été. Il n’avait été qu’un soldat former pour le combat, rien de plus. Les manœuvres de civils ne le concernaient pas, d’autant plus qu’il n’était même pas sûr qu’ils fassent quoi que ce soit de mal. La curiosité était un vilain défaut.

Il s’éloigna prudemment afin de ne pas se faire remarquer et pour continuer sa recherche, quand un cri de douleur le figea sur place. Croyant avoir mal entendu, il guetta le moindre bruit, mais tout ce qui lui parvint furent les ricanements gras des hommes qui s’était regroupés derrière lui et qu’il cherchait précisément à éviter.

Leur jetant un petit coup d’œil, Heero se rendit compte que la plupart d’entre eux devaient à peine dépasser la vingtaine… Des gamins… Certains approchaient peut-être des 25 ans, mais cela n’allait pas plus loin.

Un nouveau cri lui glaça le sang et il se retourna cette fois-ci alors que les cris se transformaient en paroles distinctes qu’Heero entendait parfaitement.

- Je vous en supplie… Nooon… Arrêtez…

- Ta gueule… sale pute…

- Hé Henry, t’as bientôt fini ?

- Ouais, à qui le tour ?

- Nooon... Pas ça… Pas çaaaa !

Visiblement les jeux de ces gamins n’étaient pas très sains et Heero décida d’intervenir. Pas parce que l’idée d’être un justicier le séduisait mais bien parce qu’il ne pouvait pas laisser cela se faire.

Il s’approcha rapidement et cette fois-ci n’hésita pas une seule seconde à se faire remarquer du groupe. Il posa sa main sur l’épaule d’un des types devant lui et le repoussa rudement tout en s’écriant :

-  Il me semble qu’il vous a demandé de le laisser tranquille !

Il ne savait même pas de qui il s’agissait mais une chose était sûre, Heero ne pouvait pas l’abandonner aux mains de ces brutes.

Certains se retournèrent, le regard noir et l’un d’eux, le bravant, s’exclama :

- En quoi ça te concerne connard ? On t’a rien demandé, dégage d’ici !

Derrière eux, Heero pouvait trés bien distingué les gémissements de douleur et d’autres râles plus graves, provenant sans doute de l’un des agresseurs.

Une tournante… Ces gamins à peine sortis des jupes de leurs mères étaient déjà de véritables racailles. Heero en était dégoûté et un air écoeuré traversa son visage.

De leur côté, furieux que le japonais n’ait toujours pas bougé, certains garçons s’avancèrent vers lui, prêt à en découdre, pensant être suffisamment forts vu leur supériorité numérique. Leur tactique et leur arrogance arrachèrent juste un sourire en coin à Heero qui n’attendit pas que ses adversaires l’attaquent : il leur fonça dessus, utilisant ses poings et ses pieds, frappant tout ce qui était à sa portée, sans se soucier des dégâts qu’il causait.

Après tout, ces abrutis se souciaient-ils seulement de leur victime ?

Très rapidement, le nombre de ses propres ‘victimes’ s’accrut. Ils tombaient comme des mouches au premier coup un peu trop violent du japonais, lui opposant finalement très peu de résistance. La plupart d’entre eux, une fois à terre, filaient la queue entre les jambes sans se soucier de leurs camarades, sauvant leurs propres peaux en oubliant le groupe.

A cette vitesse, le nombre de ses adversaires diminua rapidement et il ne resta plus qu’un petit noyau constitué de quatre irréductibles qui le fusillaient du regard, furieux de voir leur petite distraction être ainsi réduite à néant. Même celui qui violait leur victime s’était relevé, inquiet de la tournure des évènements.

Le regard d’Heero se baissa vers la forme recroquevillée sur elle-même, tapie dans un coin, les jambes dissimulées par quelques sacs poubelles, écartées, du sang coulant sur ses cuisses… Mon dieu… Qui pouvait être assez cruel pour faire cela ?

Mais cela ne fut rien en comparaison du moment où la créature releva son visage vers lui, lançant un regard effrayé sur ce qui était en train de se passer, tremblant en redoutant la suite des évènements.

Si Heero avait eut les joues légèrement rougies à cause des efforts qu’il avait dû fournir, son sang quitta brusquement tout son visage et il resta bouche bée devant le spectacle qui s’offrait à lui.             

Ces cheveux blonds pâles… Ces yeux d’un bleu presque trop pur, qu’il imaginait parfaitement malgré l’obscurité… Ce visage aux traits fins, amaigri par la faim et Sali par la vie des rues…

La peur qu’il lut furtivement dans ses yeux lui fit mal et Heero cru pendant un instant qu’il cauchemardait. Il espérait tellement le revoir qu’il finissait par l’imaginer sur les traits de n’importe quel inconnu. Mais là… Non là, il ne pouvait pas se tromper.

Il avait si souvent caressé ce visage dans ses rêves qu’il ne pouvait pas se tromper.

Les quatre brutes s’avancèrent soudain, et ce fut pour eux le pas de trop. Rendu fou furieux par ce qu’il venait de découvrir, Heero les frappa sans pitié. Il cogna, frappa, abattit toute sa colère et sa peur surtout sur les quatre individus, ignorant leurs cris de douleur et leurs regards effrayés. Ils n’auraient jamais dû le toucher ! Pas lui ! Surtout pas lui ! Ils allaient payer pour ce qu’ils avaient fait.

Ils battirent rapidement en retraite, abandonnant leur proie, les uns soutenant les autres. L’un d’eux avait la jambe cassée, un autre le visage en sang, mais Heero n’en avait cure. Il aurait continué de frapper à volonté, juste pour extérioriser ce trop-plein de sentiments qui l’avait envahi tout d’un coup, s’il ne s’était rendu compte que la victime de ces abrutis n’essayait de s’enfuir, terrorisée apparemment par son accès de violence.

Il se calma aussitôt et repoussant son dernier adversaire, qui s’enfuit avec les autres sans rien ajouter, il se rapprocha doucement de la forme recroquevillée sur elle-même, terrorisée à l’idée que c’était à son tour désormais. 

Bon sang… Il était tellement maigre… Il n’était même plus l’ombre de lui-même.

Ses cheveux autrefois tellement beaux étaient pratiquement devenus bruns avec toute la crasse qui les recouvrait… Ses beaux yeux n’exprimaient plus qu’une peur irraisonnée, ce qui n’était pas étonnant vu ce qu’il venait de subir. Son corps faisait peur à voir, et Heero eut un pincement douloureux alors qu’il le voyait trembler de tous ses membres. Sans doute ne l’avait-il pas reconnu, ou bien était-il trop choqué pour vraiment comprendre ce qui se passait…

Doucement Heero s’accroupit devant lui et ses yeux exprimant la plus grande douceur du monde, il tendit sa main vers la forme recroquevillée et tremblotante :

- Quatre ?

Le jeune homme osa relever son regard sur le japonais, surpris de ne pas être frappé. Heero eut juste le temps de croiser son regard que ses yeux tournèrent dans leurs orbites et le jeune homme s’effondra dans les sacs poubelles, à bout de forces…

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A suivre…