|
........................... Sacrifice myself for you … .. Chapitre 6 : Quand la douleur efface tout … … Duo était évidemment revenu voir Trowa dans la boutique. Comme il ne répondait pas à ses sms, il avait voulu en avoir le cœur net. Heero était devenu étrange depuis quelques jours, et tout s’était précipité : il avait fait ses paquets précipitamment quand le japonais lui avait dit qu’il pourrait venir habiter chez lui, avec l’accord de ses parents. Il avait profité d’un moment où son père n’était pas là pour s’enfuir en quelque sorte, mais il savait que Treize ne le remarquerait même pas… Il ne montait jamais dans sa chambre, il se contentait de l’appeler en hurlant des injures. Il ne se rendrait pas compte que Duo était parti et de cela, le jeune homme était presque heureux. Vivre avec Heero dans la même maison, être accepté par ses parents qui étaient vraiment très tolérants et qui l’avaient accueilli chaleureusement, comme une vraie famille, (Heero les ayant mis au courant du danger que Duo courait à rester avec son frère) tout cela avait mis Duo sur un petit nuage dont il n’aurait pas aimé redescendre s’il n’y avait eu Trowa. Depuis ce jour où Heero était revenu furieux, il avait refusé qu’il aille le voir, qu’il l’appelle ou qu’il lui envoie des messages. Duo s’était révolté contre cette idée, ayant peur d’être passé d’un père fou à un amant tyrannique, mais quand le japonais, avec un petit air contrit et désolé, lui avait dit que c’était pour son bien, que son frère ne méritait pas toute cette estime que le natté avait pour lui, tout s’était embrouillé… Que s’était-il passé pour qu’Heero réagisse ainsi ? Qu’avait-il appris sur Trowa qui semblait l’horrifier ? Le natté n’avait pas pu se résoudre à abandonner le garçon qui l’avait aidé depuis toujours et qu’il aimait… plus qu’un frère. Il avait fini par désobéir et par revenir au magasin alors qu’il avait une heure de libre, inquiet et surtout impatient de revoir son frère. Trowa était là, comme toujours, en train de ranger des cartons, et le natté se rendit compte qu’il semblait avoir un peu de mal à se baisser. Qu’est-ce que Treize avait encore fait ? Cet homme n’était pas son père et Duo le haïssait de toute son âme, aussi avait-il du mal à comprendre l’attachement et le lien qu’il existait entre l’homme et Trowa. Pour lui qui n’avait pas connu son vrai père, et très peu sa mère, il avait du mal à saisir l’importance parfois des liens familiaux. Sauf peut-être lorsqu’il s’agissait de Trowa. Il entra dans la boutique et s’approcha, pour la première fois de sa vie mal à l’aise avec Trowa. Ce dernier se redressa en entendant la sonnette et écarquilla les yeux en apercevant Duo. Il lâcha aussitôt les boîtes qu’il tenait et se précipita vers lui pour le prendre dans ses bras, le serrant contre sa poitrine avec force et tendresse. Cela faisait tellement longtemps qu’il ne l’avait pas vu… - Duo… Sidéré mais dans le fond réellement heureux, le natté se blottit contre lui, retenant difficilement son émotion. C’était fou la douleur que pouvaient engendrer quelques jours de séparation entre lui et Trowa. A croire qu’ils étaient liés comme les doigts de la main. - Tu m’as manqué mon frère. - Toi aussi… L’émotion était également sensible chez Trowa qui finit par s’écarter légèrement, et il passa gentiment sa main dans ses cheveux. Mais devant le regard sérieux et peiné de son jeune frère, il soupira et comprit qu’il était temps de passer aux choses sérieuses. Duo n’était pas venu ici pour acheter un paquet de pâtes ou pour se contenter de le serrer dans ses bras. Ils avaient beaucoup de choses à se dire et de points à éclaircir… - Allez viens, ne restons pas là pour parler… Il entraîna son jeune frère à l’arrière de la boutique, où ils ne risquaient pas d’être dérangés. Duo savait pertinemment que Trowa détestait laisser le magasin sans surveillance afin de pallier aux différents voleurs, et s’il l’emmenait ici c’était qu’il avait des choses importantes à lui dire… Dés qu’ils furent entrés, Trowa lui présenta une caisse solide et s’assit sur une autre. Ils se trouvaient dans l’endroit où ils stockaient les réserves pour le magasin et même s’il y faisait un peu froid, Duo était heureux d’avoir cette intimité avec son frère. Il ne prit pas de gant et attaqua tout de suite : - Je ne comprends rien à ce qui se passe Tro’ ! Heero a l’air… de s’être disputé avec toi. Il refuse que je vienne te voir, il a vraiment l’air furieux contre toi tu sais. Qu’est-ce qui s’est passé ? - Je suis désolé. J’aurai dû t’en parler avant mais… J’ai décidé au dernier moment. Pour l’instant Duo, il vaut mieux que tu quittes la maison. Tu as remarqué comme Papa était ces derniers temps ? - Oui… Il est devenu de plus en plus violent. - J’ai peur qu’il ne t’arrive quelque chose un jour ! Si jamais il s’en prend à toi alors que je suis sorti, je ne me le pardonnerais jamais ! Si tu restes chez Heero, je serais rassuré. - Mais… Et toi Tro’ ?!! - Pour l’instant, je gère ses crises, ne t’inquiète pas. Avec moi, il n’est pas… - Comme avec moi. Oui je sais. Devant l’air résigné et un peu contrit de Duo, son frère posa sa main sur son épaule dans un geste réconfortant. - Mais pourquoi Heero est ainsi ? - Je n’ai pas voulu lui dire la vérité alors… je lui ai dit que je ne voulais plus de toi chez nous et que je ne voulais plus te voir. Il l’a mal pris et je comprends qu’il m’en veuille à vrai dire. - Pourquoi ne pas lui dire la vérité Tro’ ? Heero comprendra, il n’est pas comme ça, je te le jure ! - Pour qu’il aille tout dire à la police et que Papa soit arrêté ? Je sais que Papa n’est pas un père exemplaire et qu’il t’a fait beaucoup de mal mais… Je ne supporterai pas de le voir derrière les barreaux. Il a suffisamment souffert comme cela, tu ne crois pas ? S’il te plaît Duo, comprends-moi… Le natté soupira. Comme toujours, son frère trouvait encore des excuses à leur père. Pourtant il savait au fond de lui que Treize n’était qu’un salaud et qu’il ne méritait pas la bonté de Trowa, mais le brun avait l’air tellement anxieux à son sujet que Duo ne voulut pas rajouter une couche à ses problèmes. - D’accords. Je ne dirais rien à Heero. Mais toi, tu me promets de faire attention, compris ? - Oui. Le sourire de Trowa valait tous les sourires du monde en cet instant. Il semblait tellement fier de voir à quel point son petit frère avait grandi… … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo …. Les jours passèrent, un peu vides sans la présence de Duo à ses côtés. Lui qui avait décidé de l’écarter pour le protéger, commençait à regretter amèrement son geste. La dicton ‘loin des yeux, loin du cœur’ lui apparaissait soudain tellement stupide… Au contraire, plus le temps passait, et plus Trowa pensait à son frère. Il ne quittait plus son esprit, ni son cœur. A l’idée même de devoir rentrer dans cette maison où il n’était plus, il retardait volontairement la fermeture du magasin, peu pressé d’aller retrouver son père. Jusque là, il fallait croire qu’il n’avait jamais compris la réelle importance que Duo avait pour lui, et il en faisait le triste constat. Certes, il revenait de temps en temps, échappant à la surveillance d’Heero qui se transformait de plus en plus en chien de garde dés qu’il s’agissait de l’homme qu’il aimait. Mais dans le fond, ce n’était pas plus mal que le japonais devienne ainsi : Trowa était maintenant sûr que son frère était en sécurité, et heureux. C’était tout ce qui comptait. Pour l’instant, il se contentait de ces rencontres volées au temps, de ces instants où ils se retrouvaient enfin tous les deux et déballaient un flot de parole continu tout juste bon à cacher leur émotion. Et justement, Duo lui avait envoyé le matin même un sms lui indiquant qu’il passerait dans l’après-midi… En jetant un coup d’œil sur son montre, Trowa ne pu s’empêcher de tiquer. L’heure était déjà bien avancée et il n’avait toujours pas vu le bout du nez de son frère. A six heures, il commença réellement à s’inquiéter et il prit son téléphone, bien décidé à savoir ce qui se passait. Rester dans l’ignorance était peut-être le pire de tout et il sentit son cœur s’emballer alors que le téléphone de Duo sonnait dans le vide… Il sursauta presque quand on décrocha et toute la tension qui l’habitait tomba d’un coup alors qu’il reconnaissait la voix de son frère : - Trowa ? - Oui c’est moi. Tu avais dit que tu passerais et je commençais à m’inquiéter… Tout va bien ? - Non… Au long soupir qui suivit, Trowa sentit son cœur se serrer et il retint sa respiration pour demander : - Duo… qu’est-ce qui se passe ? - C’est Heero. Ou plutôt ce sont ses parents…. Cette fois-ci il n’y avait plus aucun doute : Duo était en train de pleurer ! Ce qui ne rassura absolument pas Trowa. - Ils ont eu un accident de voiture. Un camion qui les a percuté… Oh Trowa… Ils étaient tellement gentils avec moi, ils m’ont accueilli sans rien dire, ils m’ont accepté dans leur famille et… Trowa pâlit brusquement… Il avait écouté aujourd’hui les informations au poste de radio, d’une oreille plutôt distraite. On y avait parlé de ce camion qui avait perdu le contrôle sur la nationale et qui avait fauché plusieurs voitures en sens inverse, occasionnant beaucoup de morts. Sur le coup, il avait eu une pensée pour toutes les familles qui se retrouvaient soudain orphelines d’un de leur membre, mais… Il n’aurait jamais pu penser que cela les toucherait de si prés. Que parmi tous ces morts, il y en avait qu’il connaissait, ou plutôt, que son frère connaissait. - Duo, je… Comment trouver ses mots ? Comment réconforter son frère si loin de lui, avec comme seul aide ces mots inutiles et sans aucune force ? Il aurait tellement aimé le serrer dans ses bras en cet instant, le réconforter comme il le faisait toujours. Et… Heero… Il revit ses sourires timides et sa gentillesse alors qu’il passait dans sa boutique. Cela faisait longtemps qu’il n’était pas venu, mais Trowa en gardait un bon souvenir, malgré tout ce qui avait pu les séparer. Mon dieu, Heero… Il devait être anéanti. Son frère pleurait toujours au téléphone et il demanda d’une voix blanche : - Et Heero ? Comment… Comment a-t-il réagi ? - Mal… Il s’est replié sur lui-même et je n’arrive plus à le faire parler. C’est terrible Trowa, je… J’ai l’impression qu’il est comme mort : il enferme la douleur en lui et il refuse de la faire sortir. Je… Je ne sais plus quoi faire… La détresse était sensible dans la voix de son frère et Trowa répondit presque machinalement, sans même se rendre compte de ce qu’il disait : - Je vais passer. Je vais venir Duo. - Trowa… Dépêche-toi…. S’il te plaît. … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo …. Trowa était venu, fermant précipitamment la boutique. Il avait trouvé sans problème le chemin jusqu’à la maison d’Heero et avait été accueilli par son frère en pleurs, qui s’était aussitôt jeté dans ses bras. Il l’avait consolé, ne pensant même pas à entrer à l’intérieur. Ce sentiment surprotecteur dés qu’il s’agissait de Duo l’avait étouffé et il avait été incapable de bouger avant de sentir son frère se calmer. Là, Duo avait insisté pour qu’il entre, et il s’était arrêté devant la porte du salon, incapable d’aller plus loin. Heero était assis dans le canapé et son regard perdu devant lui voulait en dire long sur son état psychologique. Il était tellement pâle, et avait l’air tellement désemparé que Trowa sentit son cœur se serrer douloureusement. Du garçon adorable qui lui avait si souvent rendu visite, il ne restait rien, sinon une coquille vide et effroyablement blanche. Duo avait parfaitement raison : Heero était comme mort. Le natté lâcha un grand soupir et baissant la tête, il entraîna son frère dans la cuisine pour lui proposer de boire quelque chose. Trowa n’avait pas le cœur à ça, pas après le spectacle affligeant qu’il venait de voir, mais il accepta et se laissa lourdement tomber sur une chaise. Duo le rejoignit peu après et ils restèrent là pendant de longues minutes silencieuses. - Ils ont appelé à midi… Ils avaient trouvé la carte d’identité de sa mère. C’est Heero qui a répondu. J’ai cru qu’il allait devenir fou, j’ai eu tellement peur. Il tremblait, il bégayait, il était dans un état de nerf épouvantable. Et puis, il s’est assis et ne s’est pas relevé. Oh Trowa, comment cela a-t-il pu arriver ? - Je ne sais pas petit frère… Mais il va falloir être fort maintenant, pour Heero. Il a besoin de toi. - Oui je sais… Ils avaient un peu parlé, mais les mots semblaient tellement dérisoires qu’ils s’étaient vite arrêtés. Duo était très fatigué, ce qui n’était pas étonnant après une journée pareille, et quand Trowa le vit piquer du nez, il insista pour qu’il aille se coucher. Et comme son frère refusait de laisser Heero seul, le brun se proposa pour rester là cette nuit. Le sourire contrit que lui offrit son petit frère le bouleversa et finalement, il l’accompagna jusque dans sa chambre et le borda même, déposant un baiser sur son front pour l’aider à s’endormir. Ce n’est que lorsqu’il voulut s’éloigner que Duo attrapa sa manche et qu’il murmura d’une voix endormie : - Il souffre tellement… Mais je n’arrive pas à percer sa carapace. Il ne veut pas me parler, je… Je ne sais plus quoi faire. - Dors Duo, je m’en occupe, répondit Trowa. Il attendit quelques minutes qu’il s’endorme, ce qui fut rapide. Duo était encore jeune et cette disparition soudaine, plus la douleur d’Heero, incommensurable, l’avaient épuisé. Trowa sortit enfin, éteignant la lumière, et il rejoignit le salon d’un pas silencieux. Heero était toujours là. Terriblement pâle dans la lumière faible du salon. Et la même douleur surgit en Trowa, horrible. Il n’osa pas entrer dans le salon, restant à distance d’Heero. Le jeune homme devait le détester après leur dernière altercation, et nul doute qu’il prendrait mal le fait de le retrouver chez lui aujourd’hui. Aussi dans un soupir, Trowa s’apprêta à faire demi-tour et à retourner à la cuisine, quand une voix grave et lugubre résonna, le figeant aussitôt : - Il a fallu que cela arrive pour que tu viennes me voir Trowa ? Le brun déglutit quand son regard croisa celui d’Heero. Transpirant de douleur et de souffrance, englouti sous la tristesse… Bizarrement, il lui rappela Duo, les jours où tout allait mal. Et instinctivement, il réagit comme il l’aurait fait pour son frère : il s’approcha et s’assit à côté d’Heero, son regard ne quittant pas le sien, avant de tendre les bras pour le serrer contre lui. - Heero… Cependant le japonais ne bougea pas, refusant presque l’étreinte de Trowa et il lâcha, amer : - Je ne veux pas de ta pitié, je n’en ai pas besoin. Je croyais que tu me détestais, qu’est-ce que tu es venu faire ici ? Il y avait tellement de morgue et de douleur dans sa voix que Trowa soupira. - Qui a dit que je te détestais ? Heero… Le japonais se tendit soudain et brusquement, les larmes se mirent à affluer dans ses yeux. Sa tristesse inondant tout, ravageant le semblant de raison et de force qu’il lui restait. Et c’est les larmes aux yeux qu’il releva soudain la tête et posa sa main sur la nuque de Trowa. Sans lui laisser le temps de réagir, il captura ses lèvres dans un baiser violent et douloureux, un baiser urgent et désespéré… … …
|