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........................... Sacrifice myself for you .. … Une silhouette décidément de plus en plus familière entra dans la petite épicerie. Elle hésita quelques instants dans l’entrée, avant de venir rapidement jusqu’à l’un des rayons pour attraper une boîte, un peu au hasard étant donné que le regard de l’individu ne s’était même pas posé sur son achat, et il revint rapidement vers la caisse, où Trowa l’attendait, comme toujours. Et comme d’habitude, le japonais lui sourit doucement. - Je vais prendre ceci. - D’accord. Le ton sec et froid de Trowa fit grimacer légèrement Heero qui ne se découragea pas pourtant et reprit, essayant d’engager la conversation : - Tu vas bien ? - Ca vous fera 2,50 euros. - Trowa…. Mais le japonais eut beau lui envoyer son regard le plus suppliant, Trowa ne se dérida pas d’un pouce et attendit patiemment la monnaie, ne relevant même pas son regard vers lui. Un grand soupir s’échappa des lèvres d’Heero. Combien de fois devrait-il recommencer ce cinéma pour tenter d’avoir ne serait-ce qu’un mot gentil de la part du français…. ? Il n’en pouvait plus. Cela faisait des jours qu’il venait ici, quotidiennement, et qu’il prenait n’importe quoi juste dans le but de pouvoir se rendre à la caisse et s’approcher de Trowa. Mais ce dernier restait sourd face à lui. C’est à peine s’il le regardait d’ailleurs. Il s’était même remis à le vouvoyer, et Heero était bien conscient que jamais ils n’avaient été aussi éloignés l’un de l’autre. Trowa mettait volontairement cette distance entre eux, pour le bonheur de son frère… Au détriment du sien et de celui d’Heero. Parce que le japonais avait beau être heureux et flotter sur un petit nuage chaque fois qu’il était avec Duo, la sensation de manquer de quelque chose le hantait littéralement, quoiqu’il fasse. Trowa l’obsédait, peut-être parce qu’il n’avait pas réussi à l’avoir comme son frère… Qu’il n’avait pas réussi à réaliser ce rêve de serrer les deux hommes qu’il aimait contre lui. La blessure de son cœur s’ouvrait à chaque fois qu’il entrait dans cette épicerie, et elle saignait de plus belle quand il la quittait, à chaque fois de plus en plus déçu. Mais malgré l’attitude froide et distante de Trowa, il n’abandonnait pas. Parce qu’il n’avait pas le courage de renoncer à ses rêves, tout simplement. Il prit quelques pièces et les déposa dans la main tendue de Trowa. Ses doigts effleurèrent la paume mais Trowa resta insensible et rangea le tout dans sa caisse. Heero lui n’avait pas réussi à ignorer le frisson qui l’avait parcouru à ce simple toucher et un soupir de plus lui échappa. - Trowa, s’il te plaît… Arrête ça, arrête de m’ignorer, je n’en peux plus. Le brun leva alors un regard terriblement froid sur son compagnon et lança amèrement, la colère pointant sous sa voix : - Ne venez plus ici, je vous l’ai déjà dit. - Et ça ne m’a pas empêché de revenir Trowa ! Je reviendrais tous les jours s’il le faut, jusqu’à ce que tu me pardonnes et que tu acceptes mon amour !!! s’écria le japonais, emporté. - Taisez-vous. - Non je ne me tairai pas Trowa !!! Je ne me tairai jamais et je reviendrai demain, et après-demain, et ainsi jusqu’à ce que tu acceptes Trowa ! J’aime Duo mais je t’aime aussi et je ne supporte plus de te voir ainsi ! Le brun allait répondre quand la sonnette d’entrée retentit, signalant un nouveau client. Les deux jeunes gens se rembrunirent aussitôt, essayant de dissimuler leur petit rixe à l’inconnu qui venait d’entrer, mais dés qu’il fut passé, Heero murmura entre ses dents serrées : - A demain. - Ne revenez pas. La cruauté de Trowa lui faisait peur parfois et le japonais prit son sac avant de fuir la boutique, encore plus blessé que d’habitude, mais refusant à voir l’évidence. Il ne voulait pas abandonner Trowa, il ne pouvait pas… C’était plus fort que lui. … OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOo …. Il revint ainsi de nombreux mois, torturant psychologiquement Trowa qui s’était promis de résister, et dont le serment devenait de plus en plus dur chaque fois que le japonais revenait. Il en vint même à redouter le son de la clochette qui s’agitait dés que la porte d’entrée s’ouvrait, et il appris à détourner le regard loin de l’entrée chaque fois qu’elle retentissait. Il n’en pouvait plus : à chaque fois, il avait l’impression de fermer son cœur à double tour et de se glacer de l’intérieur, et à chaque fois, il blessait un peu plus Heero, sans vraiment le vouloir. Mais c’était sa manière à lui de se protéger et de se sacrifier pour son frère. De toute façon… Treize ne le laisserait jamais partir, il en avait bien conscience. Mais le sort de Duo ne l’intéressait pas et avec un peu de chance, il pourrait peut-être… quitter la maison pour aller avec Heero, loin de leur fou furieux de père. Cela déchirerait le cœur de Trowa, mais il savait que cela serait nécessaire à l’équilibre de Duo. Ces derniers temps, quelque chose n’allait pas. Treize était pire que d’habitude… Il buvait davantage, frappait plus fort et devenait de plus en plus pervers. Trowa en gardait des marques impressionnantes sur le corps, qu’il dissimulait sous des vêtements amples et longs, mais la douleur était là. Son père était devenu un monstre mais… il restait son père, et contre cela, le cœur de Trowa ne pouvait pas se battre. Il ne comprenait pas ce qui se passait et il commençait sérieusement à avoir peur pour Duo. Pour l’instant, il était à la maison quand les crises de violence s’emparaient de son père et il avait toujours réussi à les canaliser sur lui, mais qu’en deviendrait-il le jour où Duo rentrerait plus tôt ? Où il ne serait pas là ? Et où son père deviendrait fou ? Rien que l’idée qu’il puisse lui faire du mal le torturait et il était de plus en plus persuadé qu’il devait se dépêcher de faire quelque chose avant qu’un malheur n’arrive. Il en allait de la sécurité de Duo. Aussi, quand la clochette d’entrée retentit ce jour-là, Trowa tourna un regard résolu vers la silhouette familière du japonais. Pour la première fois depuis des mois, Heero croisa enfin son regard, alors que le brun s’approchait de lui, et son cœur s’affola. Allait-il lui pardonner ? Lui dire qu’il l’aimait ? Qu’il avait compris que ses sentiments étaient sincères ? - Trowa…, dit-il avec émotion. - Est-ce que Duo peut dormir chez vous… ? - Pa… Pardon ? balbutia le japonais, bien loin de la déclaration à laquelle il s’attendait. - Emmenez Duo. Loin de moi. - Mais attends, qu’est-ce qui te prends Trowa ? Qu’est-ce que tu me racontes ? Le brun prit une grande inspiration, le cœur déjà lourd de ce qu’il allait dire. Mais annoncer ainsi à Heero le danger que courait le natté n’était pas la bonne solution : il risquait de prévenir quelqu’un et cette fois-ci, Treize ne s’arrêterait plus. Non, pour le protéger, il fallait inventer n’importe quoi. - Je ne le supporte plus et vous non plus. Vous me dégoûtez tous les deux alors je veux qu’il dégage le plus vite possible. Sinon… Je vais finir par le haïr. - Attends Trowa, tu déconnes là ! Ce n’est pas possible, tu adores Duo !! Raisonne-toi voyons ! Heero était scandalisé : comment le brun pouvait-il affirmer cela aussi… froidement ? Sans aucun sentiment, hormis cette grimace de dégoût sur son visage ? A quel jeu stupide jouait-il ? - Si tu es fâché à cause de moi, je comprendrais, mais ne fais pas ça à Duo. Il t’adore, il ne parle que de toi et…. - Ta gueule Heero !! Soit tu le prends chez toi, soit je le fous dehors, c’est clair ? La violence et l’amertume de Trowa firent l’effet d’une douche froide à Heero, qui fronça les sourcils, sentant une colère sans nom monter en lui. - Espèce de… salaud !!! Comment tu oses lui faire ça ? Toi... Tu t’es bien foutu de notre gueule hein ?! Il voulut empoigner le français par le col mais ce dernier le repoussa brutalement et fou furieux, Heero lui décocha un coup de poing violent, l’envoyant au sol, avant de le toiser de haut : - Tu n’es qu’une ordure et c’est seulement maintenant que tu montres ton vrai visage. Très bien, sois content, je vais emmener Duo loin de toi. Je vais le protéger de toi. Mais je t’interdis de le revoir, tu m’entends ? Et là-dessus, il fit demi-tour, courant presque pour sortir de la boutique. Trowa en resta quelques minutes sonné, ayant du mal à faire face à ses sentiments. Il savait qu’il faisait cela pour le bien de Duo, qu’il ne songeait qu’à le protéger mais… Il se rendait compte soudain de l’énormité de ce qu’il venait de faire… Et si jamais le japonais lui interdisait de voir Duo comme il l’avait dit, il… il n’y arriverait jamais, tout seul. Il se redressa en tremblant, horriblement secoué et essuya le sang qui avait coulé de sa lèvre ouverte. Son cœur battait à un rythme désordonné et il essaya tant bien que mal de se calmer, mais sans grand succès. Et quand une heure plus tard Duo l’appela sur son portable, il n’osa pas décrocher. Tremblant plus que de raison, il se contenta d’envoyer un sms en disant : « Laisse-moi. Suis Heero, avec lui tu seras heureux. » … …
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