|
........................... .. Souvenirs … Chapitre 5 : Jalousie et œil au beurre noir … Ce furent sans doute les quinze plus longs jours de leur existence… Du moins le pensèrent-ils, puisqu’ils n’avaient aucun souvenir de leur passé. Mais quelque part au fond d’eux, ils étaient sûrs de ne pas avoir connu un tel calvaire depuis trééés longtemps ! Quant à Rose Barclay et JJ, ce furent les plus beaux jours de leur vie. Et sans aucun doute cette fois-ci ! Le pauvre Ryo se débattit avec une envie de plus en plus tenace de frapper Barclay chaque fois qu’il se penchait vers lui pour lui voler un baiser, et Dee sentait son poing le démanger chaque fois que JJ criait avec toute l’énergie qu’on lui connaissait un « DEE SEMPAI » claironnant et exécrable. Et s le premier regrettait ses réactions incontrôlables, le deuxième se demandait encore pourquoi il n’avait pas agi plus tôt et surtout pourquoi il restait avec un type aussi criard ! En clair : tout cela n’avait aucun sens. Et apparemment, seuls Rose et JJ ne s’en rendaient pas compte ou tout du moins refusaient de voir la vérité en face. C’est pourquoi leur retour au commissariat, après quinze jours de convalescence, fit un bien fou aux deux malades. Pourtant, le bâtiment et les visages souriants qu’ils croisèrent ne leur rappelèrent absolument rien, mais au moins purent-ils un peu respirer et voir d’autres personnes que leurs… chers et tendres. Démonstratif, Ted sauta au cou de Ryo, follement heureux de le revoir, sous le regard virant au noir brut de Barclay, qui décidément était de plus en plus possessif vis-à-vis du jeune policier. Drake fut moins expressif, au grand soulagement de leur commissaire, et se contenta de serrer la main au jeune homme, remarquant son grand air étonné et son sourire malhabile et timide. Tout le commissariat avait été prévenu : ils savaient tous pour l’amnésie passagère des deux policiers et personne ne viendrait donc les embêter, au contraire. Chacun semblait s’être mis d’accord pour faciliter au maximum le retour des deux jeunes hommes, et les dossiers difficiles ou délicats avaient mystérieusement disparu de leurs bureaux, leur permettant ainsi de reprendre le travail en douceur sans trop de turbulences. Quant au reste… Seuls Ted et Drake étaient réellement au courant de la liaison entre les deux policiers, et le jour avant leur retour, Barclay s’était fait un plaisir de mettre les points sur les i. En clair, si jamais ils osaient faire la moindre remarque ou évoquer le moindre souvenir du passé de Ryo, et de Dee par la même occasion, ils risquaient très gros ! Le commissaire n’avait pas réellement cherché à cacher le fait que désormais il sortait avec Ryo, et les deux policiers avaient rapidement compris de quoi il retournait, sans oser faire la moindre remarque à leur chef. Il valait mieux ne pas se frotter à Rose lorsqu’il s’agissait du beau métis… La question était beaucoup trop délicate. Ce matin-là, Barclay leur adressa donc un coup d’œil rapide, lourd de signification et après donné un dernier baiser sur le front de Ryo, il leur souhaita une bonne journée et partit travailler dans son bureau, priant de toute son âme pour que tout se passe bien. Ryo adressa un petit sourire gêné au deux policiers qui avaient suivi des yeux la silhouette droite et fière de Rose, et Ted ne pu s’empêcher de remarquer : - C’est moi ou Barclay avait un œil au beurre noir ? Drake pouffa alors que le pauvre Ryo rougissait subitement et baissait les yeux de honte, atterré qu’ils l’aient remarqué. Il fallait dire aussi que la veille avait été très mouvementée et Rose n’était pas arrivé à ses fins, malgré tous ses efforts. Les réflexes de Ryo, malgré son amnésie, avaient encore de beaux jours devant eux ! Il s’assit sagement à son propre bureau et prit le premier dossier qui attendait sagement sur la pile, l’ouvrant avec précaution et une certaine curiosité. Drake s’approcha aussitôt et s’asseyant sur le rebord de la table, il lui dit gentiment : - Ecoute, si tu as le moindre problème, tu n’hésites pas à nous le demander ok ? Ted et moi, on est là pour ça. Ryo releva son regard vers lui et le remercia chaleureusement, ravi de cette attitude envers lui. - Dites-moi… Ca fait longtemps que je travaille ici ? Avec vous ? Drake réfléchit quelques secondes avant de répondre : - Et bien, en fait tu es là depuis environ cinq ans je crois. Ted est arrivé un an après toi et moi et Dee on était là avant. L’évocation de Dee troubla Ryo qui repoussa son dossier et sembla hésiter sur la façon d’amener la question qui lui brûlait les lèvres. Drake comprit aussitôt qu’il avait gaffé et il adressa un regard inquiet vers Ted qui se contenta de hausser les épaules, d’un air de dire que maintenant que le mal était fait, il fallait assumer. - Oui, Dee… Je… Je me demandais si… Si vous pouviez me dire quel genre de relation j’ai avec lui ?... Si cela ne vous dérange pas. Drake écarquilla les yeux et Ted déglutit, mal à l’aise. Alerte rouge ! - C’est-à-dire que… Ca dépend. Barclay ne t’a rien dit ? - Et bien, il est resté très évasif là-dessus. Il s’est contenté de me dire que nous étions coéquipiers mais que nous ne nous entendions pas très bien. En fait, j’ai cru comprendre que Dee ne m’aimait pas et qu’il s’était souvent montré plutôt agressif envers moi ces dernières années. Ted et Drake pensèrent aussitôt que leur commissaire n’était qu’un salaud, mais ils gardèrent cette réflexion pour eux et Drake prit sur lui pour répondre : - Oui, peut-être a-t-il raison mais… Je ne crois pas qu’il faut juger Dee aussi vite. C’est un ami et c’est vraiment quelqu’un de bien. - Hum… C’est aussi ce qui me semblait. Peut-être que notre amnésie nous permettra de repartir sur de nouvelles bases. Alors ça, avec Barclay, c’était moins sûr mais une fois de plus les policiers tinrent leur langue et ils se contentèrent de sourire au jeune homme. Leur amitié leur hurlait de casser cette mascarade mais… Ils savaient que les retombées seraient terribles. Et puis quelque part, il y avait toujours l’espoir que leur amnésie disparaisse : après tout ce genre de choses étaient souvent passager et quand ils retrouveraient leurs esprits et leurs souvenirs, Barclay et JJ allaient passer un mauvais quart d’heure ! C’est donc fort de cet espoir-là que Ted et Drake se mirent au travail. Mais cela fut de courte durée car une tornade humaine, collée à Dee, entra bientôt dans leur bureau, et ils levèrent les yeux au ciel en voyant l’étrange tableau devant eux. Jamais JJ n’avait été aussi proche de Dee, même dans ses plus beaux rêves, et visiblement, cela ne semblait pas enchanter plus que cela le pauvre policier maintenant attribué d’un membre supplémentaire dont les yeux brillants et le sourire béat commençaient à l’agacer. JJ foudroya aussitôt du regard les pauvres Ted et Drake, malheureux témoins dans toute l’histoire, leur indiquant ainsi de respecter son nouveau bonheur sous peine de voir les plus grands malheurs de la terre s’abattre sur eux. Ils comprirent le message et restèrent sagement à leurs places respectives, pendant que Dee allait rejoindre la sienne. Si JJ avait pu tracer son chemin à l’aide de pétales blanches et d’un tapis rouge, il l’aurait fait… Jamais encore ils n’avaient vu leur ami dans un tel état, proche de l’écoeurement tout de même. Et le pauvre Dee était sans doute le plus à plaindre. Même Ryo eut un demi-sourire devant l’attitude excentrique de JJ, qui s’assura que tout allait bien avant de mettre un temps infini à décider de partir en direction de son propre bureau. A la fin, ce fut Dee lui-même qui le poussa en-dehors de la pièce, et il s’empressa de refermer la porte comme s’il craignait que la calamité ne décide de rebrousser chemin. Ted pouffa et ne pu s’empêcher une petite remarque ironique : - Il a l’air en forme ce matin JJ… Dee lui jeta un regard qui hésitait à être méchant, puis finalement il baissa le pavillon noir et abandonna la partie, mettant sa fierté de côté. Oui, il était très en forme… Trop en forme ! Et encore n’en avaient-ils eu qu’un tout petit aperçu en quelques minutes. Lui il supportait cela depuis quinze jours !! - Ne m’en parle pas… C’est une catastrophe. Dee partit s’asseoir à son bureau mais visiblement, travailler ne le bottait guère plus que cela et il s’installa confortablement dans son siège tout en jetant un regard curieux sur la pièce. Evidemment il ne s’en souvenait absolument pas, alors qu’il avait tellement espéré sur ce retour au travail pour que quelques souvenirs ressurgissent… - Dites les gars, ça fait longtemps qu’on se connaît ? - Ouais, une paye même ! répondit joyeusement Drake. Un peu plus de huit ans tous les deux… Ted ça en fait quatre, et Ryo cinq. Dee toisa Drake et se releva soudainement pour venir l’attraper par le col assez violemment, surprenant tout le monde dans la pièce. - Alors POURQUOI tu ne m’as pas empêché de sortir avec ce crétin de JJ ???? POURQUOI ??? Je t’avais fait une crasse ce jour-là, t’as voulu te venger c’est ça ?? Ted éclata de rire alors que le visage de Drake se décomposait et qu’il tentait de balbutier maladroitement : - Ben… Euh… Non… Je… Je sais pas… Dee le relâcha en soupirant : il n’avait pas envie de frapper dés le premier jour un de ses amis, mais bon sang, il mourait d’envie de se défouler sur quelqu’un pour les pires quinze jours qu’il ait passé ! - Réponse éloquente… T’as intérêt à te rattraper pour te faire pardonner. Drake tiqua et s’écria aussitôt : - Hé, t’es majeur Latener ! T’as qu’à t’en prendre à toi-même ! - Et qu’est-ce que tu crois que je fais depuis ma sortie d’hôpital, hein ? Il retourna en ronchonnant sur son siège, sous les yeux amusés de Ryo qui avait suivi toute la scène, et remarquant son bureau vide, il se mit à pianoter des doigts sur le métal de la table. Un genre de petit bruit répétitif et à la longue, franchement agaçant… Angoissant même quand on connaissait l’humeur actuel du policier. Au bout de quelques minutes, Drake excédé se releva en disant : - Je vais chercher des cafés pour tout le monde ! - Je viens t’aider ! s’empressa de dire Ted en le suivant, refermant la porte derrière eux. Un sourire triomphant illumina le visage de Dee pour seule réponse. - Hé, ça faisait longtemps qu’on ne s’était pas vu ! dit-il à l’adresse de Ryo. Le métis lui retourna un grand sourire. C’était étrange, malgré tout ce que lui avait dit Rose sur son coéquipier, il se sentait tellement bien en cet instant avec lui qu’il n’arrivait pas à en croire un seul mot. Certes Dee semblait avoir un langage plutôt cru et peu distingué, et un caractère plutôt passionné mais dans le fond… Ryo aimait ça. Plus il y repensait, plus l’attitude un peu trop coincée de Barclay le mettait mal à l’aise, alors que le naturel de Dee lui réchauffait le cœur. - Oui… Depuis l’hôpital. Dee fit soudain glisser son fauteuil juste à côté de celui de Ryo et avec un regard malicieux, il demanda : - Et comment ça se passe toi avec ton Jules ? - Pardon ? - Ben Barclay… ! T’as réussi à retrouver quelques souvenirs avec lui ? Ryo eut une expression ennuyée et il répondit, un peu gêné : - Pas vraiment… J’ai l’impression de le découvrir chaque jour et ça me fait vraiment bizarre. - Ouaip ! Comme moi. Dee croisa ses bras et balança sa tête en arrière, son regard partant se perdre vers le plafond. - J’y arrive pas avec JJ… J’ai un mal fou à l’embrasser, et je ne te parle pas au lit ! Ryo rougit subitement et baissa la tête, roulant des yeux offusqués, ce que ne tarda pas à remarquer Dee à ses côtés. Il pouffa et lui donna un petit coup de coude taquin : - Ah, je vois que pour toi, il n’y aucun problème apparemment… ! - Ben… En fait… Oh non, c’était pire que de la honte d’avouer cela et pourtant… Aussi rouge qu’une tomate, le policier finit par dire à demi-mot : - Je ne peux pas… m’empêcher… de le frapper… - HEIN ?? s’exclama Dee en sursautant sur son siège. Attends… Quand tu dis le frapper, tu penses… le frapper ? - Ouiii…, lâcha le pauvre Ryo, couvert de honte. - Et il aime ça le petit Barclay ? Le métis releva un visage scandalisé vers son coéquipier, qui pour sa part ne pu s’empêcher de pouffer, drôlement amusé par la situation. - Dee !!! - Hé, je disais ça comme ça… Sous ses petits airs coincés se cache peut-être un masochiste, qui sait ? - Mais… Dee !!!! s’offusqua de plus belle Ryo. A ce moment-là, la porte s’ouvrit et quand Dee vit le visage cerné de lunettes noires apparaître dans l’entrebâillement, il éclata de rire et se plia en deux sur sa chaise. Barclay haussa un sourcil et demanda froidement : - On peut savoir ce qui vous arrive Latener ? - Oh non, rien monsieur le commissaire… Rien… du tout… Mais Dee riait tellement que Rose prit la mouche et il s’approcha de Ryo pour l’inciter à se relever et à le suivre. - Viens, je venais te proposer de prendre un café… - Oui j’arrive. Ryo se releva, souriant en voyant le fou rire de son coéquipier et suivit à contrecoeur Barclay à l’extérieur du bureau. Pour sa part, Rose n’avait pas tellement apprécié retrouver son compagnon aussi prés de Dee, et la jalousie atteignait en lui un point culminant qu’il avait tenté de dissimuler du mieux qu’il pouvait, et heureusement pour lui, le fou rire de Dee l’avait aidé dans ce sens. Il resserra sa main sur le bras de Ryo et repensa au petit sourire qu’il avait eu en sortant du bureau. En quinze jours, il n’avait pas réussi à le faire sourire ainsi une seule fois, et quelques minutes en compagnie de Dee semblaient lui avoir redonné goût à la vie. Non, cela ne se passerait pas comme ça !! Jamais ! Désormais Ryo était à lui… et il le resterait ! … …
|